De la causalité esprit-matière...

Bonjour et bienvenue sur ce blog
Si vous refusez comme moi la nécessité scientifique d'un monde absurde ; Si vous n'acceptez pas que le hasard soit considéré comme une cause agissante ; Si vous tentez d'imaginer que notre monde (non restreint à l'univers observable) est déterministe, tout en préservant le libre arbitre et sans faire intervenir de façon triviale le Dieu de la religion mais quelque chose qui y ressemble ; Si ce que je vous dis là vous parle ; Alors soyez les bienvenus : nous sommes sur la même longueur d'onde pour tenter d'imaginer, ensemble, autre chose réconciliant ce que nous proposent la science et la religion d'aujourd'hui dans leur opposition manichéenne.
Patrice Weisz
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42 la preuve ontologique de Gödel

 

 

Kurt Gödel image

 

Dieu se prouve logiquement

Kurt Gödel, dont les théorèmes d'incomplétude que nous avons vu n'ont pas encore finis de faire trembler la communauté scientifique, était croyant. Il était à la fois mathématicien et philosophe, et sa spécialité était la logique. En étudiant les arguments du philosophe Leibniz, il a construit une preuve logique de l'existence de Dieu, qui ne fut publié qu'à titre posthume en 1987.

Cette preuve, difficile à comprendre , laisse perplexe les mathématiciens et logiciels de notre époque qui se méfient toujours des résultats de Gödel car il ne se trompait jamais.

Pour la comprendre, il faut connaître quelques rudiments de logique modale.

La logique usuelle est celle du Vrai ou Faux :

Une proposition dans cette logique est soit Vrai, soit Fausse.

Socrate est un homme = VRAI

Tous les hommes sont mortels = VRAI

Donc Socrate est mortel = VRAI

Mais attention aux sophismes :

Les poissons vivent dans l'eau = VRAI

La baleine vit dans l'eau = VRAI

Donc la baleine est un poisson = FAUX

En logique modale, on parle de possibilité, de nécessité et d'existence. Donc les énoncés sont du type : il est possible que..Il existe x tel que..etc..Il est nécessaire que x existe, etc..

Il existe plusieurs type de logiques modales :

- la logique modale classique :

Ses modes sont :

nécessaire

contingent

possible

impossible

C'est celle que j'ai utilisé pour formuler les 4 attitudes face à Dieu dans un chapitre précédent :

il est possible que Dieu existe

il est impossible que Dieu n'existe pas

- la logique modale épistémique :

connu

contestable

exclu

plausible

...

- la logique modale temporelle :

toujours

un jour

jamais

demain

désormais

etc..

Les résultats que l'on va pouvoir tirer de ces logiques (les théorèmes) dépendent des axiomes qui y sont pris comme point de départ.

Par exemple un axiome courant : Si A est un théorème, alors la négation de A est aussi un théorème.

Muni de cette initiation, voyons maintenant la construction de cette preuve ontologique de l'existence de Dieu par Monsieur Kurt Gödel :

1ère version en notation symbolique :

Ax 1. ∀{[φ(x)→ψ(x)]⋀ P(φ)}→P(ψ)
Ax 2. P(¬φ)↔¬P(φ)
Th 1. P(φ)→◊∃x[φ(x)]
Def 1. G(x)↔∀φ[P(φ)→φ(x)]
Ax 3. P(G)
Th 2. ◊∃x G(x)
Def 2. φ ess x↔φ(x)⋀∀ψ{ψ(x)→□∀x[φ(x)→ψ(x)]}
Ax 4. P(φ)→□P(φ)
Th 3. G(x)→G ess x
Def 3. E(x)↔∀φ[φ ess x→□∃φ(x)]
Ax 5. P(E)
Th 4. □∃x G(x)

avec :

□ : Nécessaire.
◊ : Possible.
⋀ : Conjonction.
→ : Implication matérielle.
↔ : Implication matérielle stricte (iff).
ess : Essentiel à.
P : Positif.
E : Existe.
∃ : Il existe au moins un.
∀ : Pour tout.
φ, ψ : Propriétés.
x : Variable (causa).
G : Dieu (God-like).

En langage clair cela donne :

Axiome 1 : Toute propriété strictement impliquée par une propriété positive est elle-même positive.
Axiome 2 : La négation d’une propriété positive n’est pas positive.
Théorème 1 : Une propriété positive possède nécessairement au moins une valeur vraie.
Définition 1 : Quelque chose est comme Dieu si et seulement si cette chose a pour propriétés essentielles celles et seulement celles qui sont positives.

Axiome 3 : Il y a quelque chose comme Dieu qui est positif.
Théorème 2 : Il est possible qu’il y ait une chose comme Dieu.
Définition 2 : Une propriété φ est l’essence d’une chose si et seulement si pour une propriété ψ, cette chose est nécessairement causée par la première propriété.
Axiome 4 : Si une propriété est positive, elle est nécessairement positive.
Théorème 3 : Si quelque chose comme Dieu existe, Dieu est l’essence de cette chose.
Définition 3 : Il existe une chose si est seulement si pour toute propriété de cette chose, son essence est cause de son existence.
Axiome 5 : L’existence est positive.
Théorème 4 :
Il y a nécessairement une chose qui est comme Dieu.

Je laisse les détails de cette démonstration logique aux spécialistes.

Une excellente explication de la démarche de Gödel se trouve à l'adresse : http://www.tribunes.com/tribune/alliage/43/odifreddi_43.htm,

intitulée "une démonstration divine" de Piergiorgio Odifreddi, traduit par Jean-Marc Lévy-Leblond et publié dans le le N°43 de la revue Alliage.

En conclusion, Gödel arrive à démontrer logiquement les points suivants :

Si "être Dieu" est une propriété positive, alors Dieu existe et est unique. Ici Dieu est défini comme un être possédant toutes les propriétés positives, qui elles-mêmes appartiennent aux entités du monde, mais qui ne possède pas la propriété de ne pas être lui-même. Donc Dieu fait partie du monde. Et comme Il contient toutes les propriétés positives du monde, il est immanent.

Gödel a réussi ici a construire une preuve logique de l'existence de Dieu sur autre chose que l'infini ou la perfection, en évitant l'écueil d'une définition paradoxale.

Une autre façon peut-être moins abstraite de construire une preuve de l'existence de Dieu est de se poser la question :

Le monde peut-il s'être créé lui-même ?

Répondre par l'affirmative, c'est donc trouver une explication physique ou scientifique à tout, y compris aux lois guidant la construction de la matière. Que l'univers soit sorti du vide « tout seul » est une chose. Mais pour que la matière primordiale puisse se combiner à partir du vide énergétique, cela nécessite qu'il y ait au préalable des règles de combinaisons. Et ces règles, même au niveau le plus rudimentaire, avant toute structure spatio-temporelle, avant même toute possibilité de mesure, doivent s'inscrire dans quelque chose, en tant que principe primordial.

Mais ce principe primordial, cette règle initiale, est inscrite quelque part dans le monde en tant que force ou configuration géométrique. Cette loi de départ minimum s'est alors déterminée elle-même dans une auto-suffisance créative.

Car si elle n'est pas dans le monde, alors le monde ne se suffit pas à lui-même et donc est issu d'un principe créateur en-dehors du monde.

Mais si ce principe est dans le monde, alors qu'est-ce qui en est le support et d'où vient-il ? Si l'univers n'existe pas encore, qu'il n'y a que le vide, alors le principe primordial doit laisser son empreinte dans les configurations possibles du vide, c'est à dire dans les associations énergétiques possibles.

Il y a donc un principe primordial d'association, avant l'existence de l'univers dont l'origine doit être justifiée.

Car même en évoquant le pur hasard agitant sans fin le vide jusqu'à la création de la première particule , le fait qu'il puisse se passer quelque chose, suppose une autre chose de nature différente, rendant possible le fait qu'il se passe quelque chose. Il faut donc justifier l'origine de cette autre chose.

En d'autres termes, l'auto-création de l'univers est pensable si les règles intervenant dans son auto-création sont antérieures à celle-ci. S'il n'y a pas de règles, alors la toute première organisation est la conséquence de l'existence de propriétés minimum d'assemblages énergétiques. Mais ces propriétés, sans même être des lois sont déjà quelque chose qui n'est pas rien, et donc qui vient aussi de quelque part. Mais il faut alors justifier l'origine de ces propriétés, ce qui ne peut qu'amener le raisonnement dans une récurrence sans fin, ou à poser une origine située hors du monde aux règles permettant son arrivée.

Il ne s'agit pas ici du paradoxe de la cause première, mais de l'impossibilité de penser à la venue spontanée d'un principe créateur existant à l'intérieur du monde, avant même que celui-ci ne soit créé.

Dans le livre passionnant, mais un peu difficile d'accès "Cosmos et Contexte", Mario Novello, un astrophysicien brésilien, spécialiste de la cosmologie et de la gravitation, fait allusion au fait que dans la théorie du Big-Bang, quanq on se rapproche de l'instant primordial, la matière n'est pas encore créée. Or la géométrie de l'espace-temps dépend de sa courbure qui dépend à son tour de la matière présente. Avant que la matière soit créée, d'après les calculs effectués en relativité générale, la force de gravitation suffit à définir la géométrie de l'espace-temps. Donc l'espace-temps se générerait dans une forme d'auto-suffisance (en interaction avec lui-même) pour développer sa structure, lui permettant ainsi de sortir de rien et d'avoir une géométrie sans encore de matière.

En conclusion :

Le fait de constater que le monde existe impose la nécessité logique :

Soit d'un principe créateur extérieur au monde,

Soit de poser le monde comme s'étant auto-créé.

On retrouve alors ici la dualité complémentaire de la transcendance et de l'immanence.

Car poser l'univers comme s'étant auto-créé, même s'il n'est doué d'aucune spiritualité et qu'il n'est que de la matière qui s'auto-organise « seule », c'est d'une certaine façon aussi lui conférer un statut divin.

Car si, par définition, on appelle :

Dieu, le créateur de l'univers,

et que le créateur de l'univers, c'est l'univers lui même, alors on peut appeler Dieu cet univers.

Et si l'on admet un principe créateur extérieur au monde matériel, alors ce principe est aussi de statut divin, car également créateur de l'univers.

Dieu est donc inévitable, ou alors il faut changer sa définition!

La cosmologie dualiste n'a pas besoin de Dieu comme hypothèse mais le revendique comme conclusion logique.

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41 - L'inévitable Vie

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Adam et Eve de Lucas Cranach

La panspermie, évolution ou création ?

Dans les années 50, un certain Monsieur Stanley Miller réalisa plusieurs expériences de laboratoire pour tenter de recréer les composants essentiels à la vie : les acides aminés.

En mettant dans une bouteille en verre une préparation composée d'ammoniaque, de méthane, d'hydrogène et de vapeur d'eau, qu'il voulait identique à la composition de l'océan primitif de la terre, telle qu'elle était il y a 3 milliards d'années, et en bombardant d'éclairs électriques simulant les terribles orages régnant à l'époque des origines, puis en laissant bouillir ce mélange gazeux à 100°C pendant une semaine, il réussit à recréer quelques briques entrant dans la composition de tous les organismes vivants.

41- acideanime_thumb[2]

Il montra ainsi que quelques acides aminés (3 sur 20) pouvaient avoir vu le jour, uniquement à partir de la composition des éléments peuplant la terre à ces époques reculées.

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Cette découverte renforça bien évidemment la thèse que la vie aurait pu apparaître sur terre "par hasard" grâce à la conjonction heureuse de la présence simultanée de plusieurs éléments.

Il s'agit de la thèse évolutionniste.

 

 

Stanley Miller

Hélas cette expérience a été très critiquée depuis, et même Miller a fini par se rendre à l'évidence que les conditions qu'il avait retenu pour simuler l'ère primordiale n'étaient pas réalistes. Et que, en changeant ces conditions, il devait paradoxalement retenir comme composition un nouveau mélange destructeur pour l'apparition éventuelle d'acides aminés.

De plus les acides obtenus lors des premières expériences, que l'on appelle "droitiers" ne sont pas ceux que l'on trouve dans la nature : ils sont incapables de fonctionner dans la composition des organismes vivants.

Depuis ces expériences ont été abandonnées malgré quelques tentatives infructueuses mais aussi plus réalistes en 1998.

Les scientifiques n'ont pas encore trouvé la recette de la vie en laboratoire et sont apparemment très loin de l'approcher : la vie parait d'un complexité inabordable par quelques simulations.

Prenez un ensemble de petites pièces d'horlogerie, mettez-les dans une boite, agitez-la boite pendant très longtemps, (le temps que vous voulez) puis ouvrez-la : il y a peu de chances que vous soyez en face d'une pendule parfaitement montée et prête à donner l'heure !

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Horloge astronomique de Besançon, composé de 30.000 pièces mécaniques

Les évolutionnistes  pensent qu'il s'agit simplement d'une question de temps : une fois que toutes les conditions sont réunies, la nature pratique des milliards de tentatives durant des millions d'années jusqu'à ce qu'il y en ait une de durable, dont la pérennité survivra aux autres et pourra ainsi se répandre par la sélection naturelle.

Si l'on revient à l'exemple de la boite, les évolutionnistes ont une croyance :

dans un durée de temps très longue, tout arrive, et donc le remontage spontané de l'horloge peut arriver.

On pourrait tout à fait mettre dans cette boîte un œuf cassé et espérer qu'il se recolle au bout d'un moment, "par "hasard"...

Cette croyance s'explique par le raisonnement sur le hasard :

- le monde évoluant globalement du moins probable vers le plus probable, tomber sur une structure vivante " par hasard" est très improbable, mais non nulle puisque nous sommes là.

Et dans un intervalle de temps très long, ce qui n'a qu'une très petite probabilité d'apparaitre survient malgré tout.

C'est la définition même des probabilités : si un évènement a une chance sur un millions d'apparaitre, sur un million de tentatives il devrait apparaitre une fois, donc sur un milliard de tentatives, il est certain qu'il doivent nécessairement apparaitre au moins une fois ce qui n'est pas très contraignant, puisqu'il devrait en moyenne apparaitre mille fois.

L'une des rares lois auquel réponde le hasard est la loi des grands nombres :

Sur un nombre suffisamment grand de tirages, le rapport entre le tirage moyen d'un nombre et le nombre total de tirages correspond à sa probabilité.

41-grand nombres_thumb[2]

En termes plus accessibles, sur 900 tirages des chiffres 1 à 9, si leur probabilité de sortie est identique (1 chance sur 9) alors la moyenne des sortie sera de 100 par chiffre.

Dans la réalité, ce résultat se confirme de façon étonnante.

On obtient des valeurs comme 102, 98, mais pas 1 ni 500. En statistiques, notamment pour les sondages, on sait précisément fixer le nombre de tirages ou d'échantillons à retenir pour que le résultat obtenu soit fidèle à une précision donnée, par exemple à plus de 95%.

Si l'on joue à pile ou face, rien n'empêche en théorie de tirer 500 fois de suite Pile, mais en pratique cela n'arrive jamais (les plus grandes suites continues répertoriées ne dépassent pas quelques dizaines). Seuls quelques casinos ont eu la chance de voir des séries consécutives de rouge ou de noir de plus de quinze, ce qui reste très faible.

Les probabilité répondent à des règles arithmétiques qui sont des règles abstraites dans lesquelles le temps n'intervient pas.

Si je construis, en collant à la suite la série des 900 chiffres successifs de notre exemple de tirage, pour ne constituer qu'un seul grand nombre, et si je compte alors le nombre de 0,1 ,etc.. qu'il contient, j'obtiendrais strictement par construction la même valeur que mes résultats de tirage.

Dans ce cas, on voit bien qu'il y aura autant des uns que des autres, car cela provient du système même de la base 10 dans laquelle on compte.

En effet dans ce système, il y a autant de 1 entre 10 et 19 que de 2 entre 20 et 29 (soit 11 ; 10 pour les nombres 20 à 29 plus un pour le nombre 22 dans lequel deux 2 se suivent).

Il n'y a pas de relation de chronologie entre les nombres, simplement une relation d'ordre croissant (on les classe du plus petit au plus grand).

La succession des nombres ne suit donc pas un ordre temporel mais un ordre croissant.

Pour notre exemple précédent, pour trouver de façon certaine la suite "11" (ou "22") dans notre chaîne de chiffres, il faut prendre le nombre constitué de l'assemblage de tous les groupes de deux chiffres possibles, soit 100 groupes (de 00 à 99) donc un nombre de 200 chiffres :

N="00010203040506070809101112131415161718192021222324252627282930313233343536373839404142434445464748495051525354555657585960616263646566676869707172737475767778798081828384858687888990919293949596979899"

soit environ 10200, plus grand que le nombre de particules dans notre univers observable (1080).

La probabilité que 1 sorte deux fois de suite est de 1/10 x 1/10 soit 1/100, c'est pour cela qu'il y a 100 groupes dénombrés.

L'arithmétique peut définir des nombres de taille gigantesque sans problème car ils n'ont aucune réalité physique, ni spatiale ni temporelle.

Les nombres sont des constructions imaginaires et n'ont pas besoin de pouvoir être écrit pour exister.

Par contre quand ces nombres servent à modéliser notre monde, il faut s'en méfier, car le monde a des contraintes physiques, de taillle, de nombre, d'âge que les espaces mathématiques n'intègrent pas.

La loi des grands nombres est donc d'une certaine façon une sorte de conséquence interne de la logique arithmétique de constructions des nombres, mais peut difficilement être un argument pour justifier un quelconque darwinisme possible des premiers balbutiements de la vie sur Terre.

On voit effectivement plus haut que l'on manipule des nombres devant lesquels le nombre de secondes s'étant écoulées depuis le Big-Bang reste totalement dérisoire.

La durée définie par l'âge de l'univers est très faible pour justifier tout résultat basé sur une explosion combinatoire d'essais aléatoires successifs.

On peut réduire ce temps en imaginant une explosion combinatoire à la fois dans le temps et dans l'espace, mais cela ne change rien comme j'ai pu le montrer dans le chapitre sur l'ADN, car les ordres de grandeur ne sont toujours pas les mêmes.

Il y a là une inconsistance des durées que les matérialistes et les partisans du darwinisme primitif doivent justifier.

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C'est en effet, le point d'achoppement sur lequel bute l'évolutionnisme en ne se basant que sur le hasard aveugle pour justifier l'avènement de la vie.

Une astuce consiste alors à dire que la vie s'est développée sur une autre planète et serait venu inséminer notre Terre. Cette théorie, la panspermie, est loin d'être fantaisiste, d'autant plus que depuis que l'on arrive technologiquement à mettre des télescopes directement dans l'espace, il ne se passe pas une journée sans qu'un astronome annonce la découverte d'une exo-planète. Ces exo-planètes sont situées en dehors de notre système solaire, et donc tournent autour d'autres étoiles que notre soleil, mais paraissent aussi banales que ne le sont notre Terre et notre Soleil.

Parallèlement à cette recherche, on examine également les conditions de vie possible sur ces planètes lointaines en fonction de certaines caractéristiques comme la température, la masse, le rayon de leur orbite, la composition de leur atmosphère éventuelle, etc. pour trouver de bonnes candidates, en se servant de la notre comme étalon (mais il y a peut-être mieux...).

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La molécule interstellaire de propylène :

Cette molécule a été découverte dans l'espace en dehors de notre système solaire, dans le nuage sombre de TMC-1, par une équipe hispano-franco-allemande de l'observatoire de Paris.

Sa composition est CH2CHcH3 et possède donc 3 atomes de carbone, on la trouve en proportion abondante dans ce nuage dense qui s'avère très riche en longues chaines carbonées.

Le propylène est un produit chimique organique, il est le plus simple des hydro-carbures et s'utilise en industrie chimique.

Mais sans aller jusqu'à imaginer d'y trouver des civilisations extra-terrestres, ou des petits hommes verts, le fait que certains atomes, comme le carbone, source de toute vie connue, puisse s'y être formé et puisse en être sorti simplement soit au cours de catastrophes planétaires (chocs avec de gigantesques astéroides) ayant fait s'envoler dans l'espace cette poussière de vie, soit en ayant été transporté dans la glace formant les comètes croisant notre système solaire, est un élément très crédible pour justifier cette origine extra-terrestre de la vie sur Terre.

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La comète de Halley : elle est venue en 1986 et reviendra en 2061

Néanmoins, la panspermie ne résoud pas le problème de l'inconsistance des durées, à moins de l'extrapoler à tout l'univers infini.

Effectivement, si l'âge de l'univers parait trop faible pour qu'il ait pu abriter sur une seule planète tous les essais nécessaires à expliquer la découverte par hasard de la vie, lorsque que l'on considère ces tentatives effectuées en même temps sur des milliards de milliards de planètes dissiminées dans tout l'univers, et en admettant que l'ordre de ces tentatives n'intervienne pas, en admettant également que les flux d'échanges de matière soient suffisants et aient été causalement possibles sur ces distances intergalactiques, alors l'avènement de la vie est possible par panspermie aléatoire.

Car on peut postuler que l'infini spatial de l'univers permet d'y voir se passer, ça et là, tous les cas de figures à tester dans un temps record !

A partir de là que penser alors du phénomène de balbutiement de la vie, à l'échelle de l'univers et en des milliards d'endroits à la fois ?

Peut-on encore dire que c'est un évènement hasardeux car hautement improbable ?

Ou plutôt en constatant qu'il en devient banal, à l'échelle de l'univers, ne doit-on pas en déduire qu'il est inscrit dans l'ordre des choses ?

Que la vie apparait alors comme inévitable et n'a pas surgit spontanément, mais est plutôt issue d'un long processus d'organisation globale de l'univers, comme les étoiles. Nous voyons des étoiles partout, donc nous pouvons en déduire que la naissance des étoiles est inscrite dans l'évolution de l'univers, sans évoquer ni hasard ni miracle.

La vie apparait aussi comme inscrite dans l'auto-organisation de la matière, et donc n'a rien ni de hasardeux, ni de miraculeux, mais correspond à une évolution normale de l'univers.

Cela ressemble à une thèse créationniste qui reste alors la plus facile à argumenter et la plus logique.

Si la vie est inscrite dans les lois de la nature, c'est donc qu'elles contiennent un principe créateur.

Mais dans la version "faible" qui est exposée ici, il ne s'agit pas d'une genèse biblique mais bien d'un processus physique d'organisation, guidé par les lois de la nature.

41- ColereDeDieu_thumb[1]
La Genèse ?

Le principe créateur à l'origine de la vie n'est pas un  principe de création spontanée, mais un principe d'évolution progressive, de structuration "économe" du monde, l'amenant du vide à la conscience en vertu du principe de moindre action.

 

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Le crâne de Toumai aurait 7 millions d'années.(Tchad)

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40-Le principe d'autonomie causale

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Principe d'évolution et liberté d'action

 

 

 

 

Elephant Man, merveilleusement interprêté par John Hurt dans le film magnifique de David Lynch, résonne encore au fond de ma mémoire : "I am not an animal, I am an human being !

Il eut cette une réplique triste et désespérée pour tenter d'échapper au traitement injuste que lui faisait subir son tuteur vénal, alors que la maladie monstrueuse qui le frappait était déjà un calvaire plus que suffisant.40-elephantman

Le sens de sa réplique n'était pas de dire que l'on a plus le droit de frapper les animaux, bien évidemment, mais qu'il avait le droit à l'auto-détermination de sa vie.

Cette phrase est le cri de la liberté.

Mais la liberté est-elle une réalité, une illusion ou un idéal ?

Dans un monde gouverné par des lois physiques, comment l'émergence de l'autonomie est-elle possible ? Le concept de liberté pose le problème de la place de l'homme dans la nature. Une nature gouvernée par des lois en apparence implacables, dont la causalité physique parait sans appel.

Sur le plan historique, la liberté c'est le progrès social, c'est sur son autel qu'ont été sacrifiées bon nombre de vies. L'homme a toujours refusé l'asservissement de l'homme par l'homme mais aussi par les éléments naturels, les déterminismes en tous genres.

La liberté est-elle la plus grande illusion de l'homme sur lui-même ou peut-elle trouver scientifiquement sa place dans nos représentations ?

Tout homme a le sentiment d'être un agent actif dans le monde, c'est-à-dire de pouvoir agir par sa volonté sur les choses qui l'entourent. Ce sentiment fondamental de ne pas être une machine actionnée par des forces déterminées est présent chez chaque individu. On se sent responsable de nos actes, juridiquement et physiquement.

Bien sûr l'éducation, le conditionnement social, le bagage génétique inné, notre mémoire, donnent une direction à nos choix qui sont imprégnés d'influences extérieures et intérieures. On ne décide pas "en toute liberté" entre deux choses, car la majorité du temps une chose nous convient mieux que l'autre, et donc finalement le choix s'impose de lui-même.

La vraie liberté n'est-elle pas de faire le choix illogique, le moins rentable, le plus dangereux, le moins moral, celui que l'on ne devrait pas faire ? Car le devoir moral ou financier est un déterminisme, et à se titre n'est pas représentatif de ce qu'est la liberté.

Les hommes qui nous gouvernent, surtout les libéraux, font souvent le choix du "moindre mal" économique : ils optimisent ainsi des flux financiers (balance commerciale, salaires, etc). Mais avons-nous besoin d'hommes pour faire des opérations et des soustractions, là où un ordinateur sait beaucoup mieux compter ? Le choix du moindre mal économique est-il un choix politique ? Ne répond-t- il pas simplement au diktat des chiffres et donc à un devoir ? "Libéral" sous entend "libre" mais le devoir d'économie n'est-il pas plus une contrainte déterminante qu'une liberté ?

Les anciens croyaient au destin, au fatalisme, aux cause finales qui justifiaient nos actions présentes en fonction de projets à venir pas nécessairement déjà connus.

La physique moderne ne croit plus à cette inversion des causes et présente une image du monde entre hasard et nécessité. La nécessité c'est le destin engendré par une succession de causes physiques suivant des lois invariables dans l'espace et le temps.

Le hasard c'est ce qui n'est pas causal, ce qui n'est pas déterminé, l'inexplicable physiquement, l'improbable.

Mais où se situe alors, dans le monde ainsi peint par la physique, la volonté de l'homme, celle qui lui permet d'envoyer des fusées dans l'espace, de construire des machines de plus en plus complexes, celle qui lui permet de créer ?

Comment imaginer une Dame Nature souveraine et seule maîtresse des choses qui n'entre pas en contradiction avec la volonté agissante de l'homme qui en prend le contre-pied ? Comment résoudre ce dilemme ?

La science propose une représentation du monde dans laquelle seul l'aléatoire échappe aux déterminismes, mais comment se résoudre à penser que la liberté de l'homme serait alors une sorte de roulette de casino, faisant sortir tel choix ou tel autre en fonction des états quantiques des particules constituant son cerveau ? Et que ces choix résulteraient nécessairement de processus mentaux qui seraient conditionnés par des forces physiques extérieures ?40-foetus1

Lorqu'on observe la nature, on voit que les organismes les plus élaborés sont également les plus autonomes, donc ceux qui ont la liberté la plus grande. Il y a donc un rapport entre l'auto-organisation de la matière et l'autonomie de systèmes.

Plus un système est complexe, moins il est prévisible, donc moins il est déterminé et plus il est autonome.

Nous avons déjà vu des systèmes bien déterminés qui évoluaient de façon imprévisibles : il s'agit des système chaotiques (voir l'effet papillon), tirant leur imprévisibilité de l'instabilité engendrée par d'infimes variations dans leurs conditions initiales, aux limites de nos systèmes de mesure.

Mais il y a la grande famille des systèmes complexes, ceux dont on ne peut pas modéliser mathématiquement le comportement :

Malgré le fait que l'on connaisse parfaitement leurs composants élémentaires, leur comportement est totalement imprévisible : on ne peut que l'expérimenter ou le simuler sans aucune possibilité de l'anticiper. En général, ces systèmes complexes sont composés d'un grand nombre d'éléments simples ayant un grand nombre de relations entre eux.

40-dfil_fourmis_2Une colonie de fourmis peut construire sa fourmilière, alors qu'aucun des individus fourmi n'en connait les plans. Les colonies de fourmis sont d'un certain point de vue des systèmes complexes montrant des propriétés d'autonomie que l'on qualifie d'émergentes.

Il en va bien sûr de même pour la vaste colonie de neurones contenues dans notre cerveau : l'intelligence de celui-ci n'est pas localisable, ni coupé en petits morceaux contenu dans chaque neurone : les systèmes complexes ne sont pas réductionnistes, c'est à dire que l'on ne peut pas déduire les propriétés de l'ensemble à partir de l'étude détaillée des composants. Le tout est plus que la somme des parties. Ils sont donc l'écueil actuel de la science qui ne sait expliquer les propriétés émergentes autrement que par une illusion de second ordre.

La science dit que les propriétés des composants sont des propriétés de premier ordre, c'est-à-dire causales (répondant à des interactions physiques) alors que les propriétés de nature hollistiques sont de 2e ordre donc logique ou explicative mais pas causales. Les neurones interagissent physiquement entre eux et le mental y trouve son siège. Les propriétés mentales sont donc  des propriétés émergentes, globales, mais non causales, car elles ne peuvent pas être plus que les liens causaux déjà actifs de leurs composants. C'est là où le physicalisme échoue totalement.

Il ne peut rendre compte de l'autonomie de l'homme qui lui permet de s'arracher à ses déterminismes physiques.

Le physicalisme ne peut rendre compte de nos pensées ni de nos actes.

A moins de reconnaître un vrai statut d'existence aux propriétés émergentes :  la conscience, une propriété émergente des systèmes complexes ? Cette assertion matérialiste a déjà été discutée ici. Comment une qualité différente (la conscience est immatérielle) peut spontanément prendre naissance dans un système matériel , sans y avoir déjà été là, même de façon rudimentaire ? Introduire l'émergence de la conscience au sein de systèmes de matière revient  pour tout matérialiste dur , à scier a branche sur laquelle il est assis !

La liberté serait-elle une propriété émergente des systèmes complexes ?

Un peu de thermodynamique..

Le premier principe de la thermodynamqiue est le principe de conservation d'énergie.

"Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme" comme avait dit Lavoisier.

Le second principe est un principe d'évolution :

Toute transformation d'un système thermodynamique s'effectue avec augmentation de l'entropie globale incluant l'entropie du système et du milieu  extérieur. On dit qu'il y a création d'entropie.

Ces principes sont des principes empiriques issus de notre observation du monde.

Ces deux principes associés aux forces de la physique, conduisent à l'auto-organisation de la matière, et donc à la création des systèmes complexes.

Les systèmes complexes hautement structurés comme le cerveau ont donc demandé de produire beaucoup d'entropie  pour arriver à leur niveau d'organisation. Ils sont des concentrés de néguentropie (inverse de l'entropie) ou selon la théorie de la communication de Shannon des systèmes à contenu hautement informatif :  il y a un grand fossé entre un ensemble de particules totalement désordonné comme un tas de poussières ayant une entropie maximale et donc un point de stabilité structurelle important, et le cerveau humain dont l'architecture est hautement improbable et se pense difficilement comme le résultat du simple hasard. 

Le cerveau avec ses 100.000.000.000 de neurones et ses 50.000 connexions synaptiques par neurone, soit ses 40- neurones50.000.000.000.000 de connexions synaptiques représentent le plus haut concentré d'organisation qu'il nous soit donné d'observer, sans compter la subtile machinerie microscopique de chacune de ses cellules, les milliards d'ions Calcium, potassium, etc.. qui transitent dans les échanges d'influx nerveux à des vitesses du millionième de seconde, les cellules gliales en nombre trois fois plus important que les neurones et le bain permanent de milliards d'hormones , apportant chaque seconde des informations nouvelles de toutes les parties du corps.

Le cerveau, issu d'un processus darwinien ou conséquence anthropique du principe de moindre action est là, devant nos yeux, à la fois siège du solide cogito fondant le monde sur la seule certitude valable, celles de nos pensées, mais aussi source de notre volonté agissante et de notre imaginaire.

Digression :

Comment la science, produit du cerveau humain, peut-elle croire qu'elle puisse elle aussi être engendrée par la représentation matérialiste et mécaniste du monde qu'elle défend ? N'y a-t-il pas là un paradoxe ?  La physique nous donne une représentation du monde dans laquelle tout est conséquence des lois mécaniques de la physique, y compris nos idées et donc en conséquence la physique elle-même qui en surgit...

N'est-ce pas là une fois de plus la rencontre avec ce qui ressemble aux théories  "gödéliennes" ayant la capacité à se représenter elles-mêmes ?40-godel_et_einstein

Le génial mathématicien Kurt Gödel  en a déduit que tous les théories suffisamment élaborées pour pouvoir y faire de l'arithmétique (et donc s'y auto-représenter par codification) contenaient des énoncés qui ne sont pas démontrables et dont la négation n'était pas non plus démontrable. La physique est donc l'une de ces théories. Il en résulte que c'est une théorie dans laquelle il y existe des énoncés indécidables (ce n'est pas la seule d'ailleurs, comme le montre Gödel qui applique ses théorèmes d'incomplétude à bon nombre de célèbres théories mathématiques).

Les systèmes complexes, hautement organisés sont donc riches en néguentropie : ils sont ceux qui ont aussi le plus grand degré de liberté. Ceci est une évidence, car plus un système est simple, moins il a de paramètres internes et externes et donc plus la causalité "naturelle" des lois peut guider son évolution.

Inversement, plus un système est complexe, plus son nombre de paramètres augmente et donc moins il réagit linéairement aux variations de conditions externes. L'influence d'un élément interne peut agir sur un autre élément qui lui-même va interagir avec le premier, créant ainsi une boucle de rétro-action qui modifie l'ordre des causes : chacun des éléments est alors cause et effet de l'autre, ne permettant plus d'y voir un déroulement déterministe et séquentiels des enchaînements causaux. Le système acquiert donc une forme d'autonomie par rapport au déterminisme causal.

Cela m'amène donc à formuler un principe d'autonomie causal :

Le degré d'autonomie causale d'un système complexe est inversement proportionnel à son entropie.

Corrolaire : La liberté d'un système est la conséquence de son auto-organisation.

En termes plus simples : les systèmes complexes sont comme des boites noires, ayant des entrées et des sorties physiques, mais dont le fonctionnement intérieur ne répond pas au déterminisme physique : la nature du rapport de cause à effet entre l'entrée ( les stimulis sensoriels) et la sortie (la réaction comportementale) est d'ordre explicatif mais pas d'ordre physique : On ne peut pas considérer par exemple le cerveau humain comme une mécanique d'horlogerie où la réponse (le mouvement) est la conséquence d'un processus matériel qui de proche en proche propage une force des premiers éléments jusqu'aux derniers.

La chaine de causalité physique y est donc rompue, sans pour autant que la chaine de causalité explicative le soit.

Toutefois, en regardant cette boite noire de l'extérieur, la clôture causale est maintenue, ce qui fait que sur le plan de l'observation, le système complexe est un système purement matériel mais indéterministe, donc doué d'autonomie.

Prenons un exemple :

Quelqu'un me donne l'ordre de lever mon bras : je suis obéissant et donc je m'exécute et lève celui-ci.

Sur le plan de l'explication logique, l'enchaînement des causes et des effets est le suivant :

La cause : l'ordre de lever le bras

l'effet : le bras qui se lève.

Sur le plan de l'explication physique : l'ordre formulé est une signal sonore faisant vibrer l'air et dont la vibration est captée par mon oreille interne. 40- oreille interne

 

Par un mécanisme subtil de transformation de ce stimuli auditif en influx nerveux, l'ordre est alors propagé sous forme d'une séquence électrique jusqu'à mon cerveau. Cette séquence informative vient alors bouleverser les charges électroniques des neurones et modifie ainsi leurs états. Mais de là n'en découle pas de façon déterminée une réponse systématique. Car celle-ci dépend de l'état du circuit synaptique(qui n'est jamais deux fois le même, car le temps s'écoule, des cellules meurent, etc.), de pulsions intérieures (frustation par rapport à l'obéissance, servilité ou rebellion, inconscient), et de mille autres paramètres qui forment l'ensemble des causes réelles de la réponse à venir, dont la prédiction est peut-être probable mais aucunement "physiquement" certaine.

Sur le plan physique la réponse du système est considérée comme aléatoire, c'est-à-dire impossible à prédire. La complexité de l'enchevêtrement des causes, à elle seule, justifie de la non-prédicabilité essentielle du système. Néanmoins , le système se met dans un état qui engendre une réponse. Mon système d'interprétation symbolique prend alors par exemple, la décision de lever le bras, et en retour un signal est alors transformé de l'influx nerveux en influx musculaire via la jonction neuro-musculaire de mon bras.

40--Synapse_diag3

  1. 1- Axone
  2. 2- Jonction
  3. 3- Fibre musculaire
  4. 4- myofibrille

 

Ca c'est vu de l'extérieur. Mais vu de l'intérieur, c'est moi qui est décidé de lever le bras et de ne pas désobéir, donc l'action est une conséquence déterminée par ma décision qui est est la cause. Deux interprétations différentes pour un seul phénomène.

Donc il y a là quelque chose d'essentiel à remarquer : dans cette expérience, la réponse du système, sur le plan scientifique est attribuable au hasard, alors que sur le plan mental elle est attribuable à ma volonté. La science en reconnaissant la nécessité d'introduire l'indétermination dans le monde des phénomènes, permet du même coup à la volonté humaine d'y acquérir de l'autonomie est d'agir sur le monde physique. Il n'y a là aucune contradiction scientifique.

L'action de la volonté humaine est alors causalement possible dans le monde matériel où elle prend la forme d'une réponse physiquement aléatoire.

Le principe d'autonomie est un principe qui rend possible le libre-arbitre humain au sein d'un monde régit par le hasard et la nécessité.

Ce principe fait partie des quelques éléments justifiant la nouvelle cosmologie dualiste qui est proposée ici. En restant purement matérialiste, il n'est pas possible de justifier ce principe. Car quelque soit la complexité d'un système, il sera toujours soumis au déterminisme des lois physiques, et en ce sens son destin sera joué d'avance sans autre possibilité de divergence que les aléas du hasard insondable.

Par contre en ré-introduisant l'esprit comme dualité à la matière, sans pour autant parler de deux substances différentes mais comme l'endroit et l'envers d'une même entité, alors il prend tout son sens et donne un cadre suffisamment large pour que la liberté de l'homme puisse trouver sa place. Cette représentation du monde en permettant de réintroduire l'homme en tant qu'acteur, complète la vision trop mécaniste transportée par la physique actuelle. La notion de hasard cache peut alors cacher aux matérialistes l'action physique de l'esprit humain. Ce qui ne veut pas dire non plus que chaque fois qu'il y a hasard il y a l'action de l'esprit humain, car cela dépend de la nature du hasard dont on parle.

Les systèmes complexes, par le fait qu'ils ne sont pas modélisables mathématiquement par un système d'équations représentent la limite infranchissable de la physique matérialiste. Cette limite est une limite qualitative, et non momentanée : d'une certaine façon ces systèmes sortent du cadre habituel de la physique qui ne peut utiliser les méthodes existantes pour les aborder. Les propriétés émergentes comme l'autonomie sont incontestables et évidentes bien qu'inexplicables scientifiquement car ne provenant pas de propriétés causales de la matière.

Le principe d'autonomie causal que j'introduis ici est un principe physique, bien que non reconnu scientifiquement, qui permet d'introduire le libre-arbitre dans le monde, sans pour autant remettre en cause les lois de la physique habituelles. Il est un complément nécessaire au physicalisme pour pouvoir rendre compte de la réalité de l'existence de notre bien le plus cher : la liberté.

Patrice Weisz

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39- Les Unités Naturelles

39-Planck

Unités de Planck...

Unités de Dieu ?

 

 

 

 

Quand j'étais en terminale, nous avions eu à étudier un texte d'un grand physicien, prix nobel, M. Max Planck. Il s'agissait d'un texte philosophique évoquant 3 mondes :

le monde des idées

le monde sensible

le monde réel.

Max Planck donnait là sa façon de concevoir comment articuler le monde qui nous entoure.

Dans le 1er Monde, celui des idées (inspirée des Idéaux platoniciens) Planck mettait les représentations, les modèles mathématiques. Mais contrairement à l'idéalisme de Platon, ces Idées n'étaient ni des essences, ni des entités éternelles réelles vivant dans un monde hors de portée. Ce monde des idées était simplement dans sa conception celui sortant de l'imagination des hommes et dont les hommes des arts ou des sciences se servent pour expliquer le fonctionnement des choses.

Dans le second monde, le monde sensible (accessible par nos sens) résidaient les phénomènes observables. C'est ce monde-là dont s'occupe la physique à défaut de pouvoir atteindre le 3e. Ce monde est celui que l'on voit, que l'on sent et que l'on touche. Il est pour bien des gens le seul monde réel. C'est celui des observations et des mesures ; c'est celui des expériences et des faits scientifiques.

Dans le 3e monde, le monde réel il y a ce qui engendre les phénomènes que l'on observe. C'est celui des forces de la physique, celui de la nature profonde des êtres, c'est le monde au-delà de nos représentations et des apparences. C'est ce monde-là que je trouve le plus intéressant...

La démarche scientifique devient alors de construire des modèles (issus du 1er monde) en cohérence avec les mesures extraites des phénomènes (du 2e monde) pour tenter de comprendre et d'approcher le fonctionnement du 3e monde.

Mais toutes les attitudes de pensée sont possibles et certains scientifiques, les physicalistes, ne reconnaissent pas l'existence du 3e monde, arguant que la réalité est restreinte au monde des phénomènes. Et qu'il n'y a rien d'autre que ce que l'on peut observer et mesurer : "Je ne crois que ce que je vois". Ces gens ne sont donc pas "réalistes", car il ne reconnaissent pas l'existence d'un monde réel différent de celui de nos représentations humaines.

Max Planck n'est pas du tout devenu célèbre pour ses textes philosophiques mais bien pour ses travaux remarquables en physique. Il a fait ainsi des découvertes extraordinaires qui ont totalement révolutionné le XXe siècle.

Il est très connu notamment pour sa constante, pivot central de toute la physique moderne des quantas (petits paquets).

h = 6.62606896 x 10^34 J.s qui relie l'énergie d'un photon à sa fréquence.

h comme toutes les constantes de la physique est une valeur mesurée (contrairement aux constantes mathématiques qui ne sont pas empiriques mais calculées)

h définit ainsi ce qu'il y a de plus petit dans notre univers. h permet de définir, sous sa forme réduite h (h barré) ce que l'on appelle le quantum d'action ( la plus petite quantité de mouvement possible).

Mais h définit également la plus petite longueur d'onde possible et donc la plus petite distance possible :la longueur de Planck

h est une donnée empirique que l'on ne s'explique pas. On ne peut que constater sa valeur qui nous renvoie, soit à un arbitraire absolu, soit au principe anthropique, soit à un grand horloger l'ayant ajusté précisément.

h fait partie d'un petit ensemble de constantes qui sont les paramètres de notre monde. En changer un, c'est reconfigurer le monde autrement, et vraisemblablement nous en éradiquer. Chaque fois que les astro-physiciens tentent de trouver des modèles mathématiques d'univers, il reprennent les valeurs précises de ces constantes, car sinon, ils obtiennent des univers mutants dans lequels l'homme ne peut se frayer une place.

C'est un peu comme de modifier l'ADN d'origine d'un ovule fécondé : avec un peu de chances vous obtiendrez un mutant, mais dans la majorité des cas votre chimère ne sera pas viable.

Pour notre univers, Dieu seul sait quelles valeurs il faut prendre pour que cela marche et que l'univers évolue jusqu'à nous..Et ça marche puisque nous sommes là en train d'en débattre.

Max Planck a eu l'idée de refaire le système d'unités existant de la physique (le kilogramme, le mètre, la seconde), qui ne s'explique qu'historiquement (le kilogramme étalon aurait pu être plus léger ou plus lourd) en utilisant les unités naturelles, les données de notre monde. Une unités, en physique, n'est qu'un rapport entre un étalon et une valeur observée. Si on élimine les étalons, et que l'on ne prend que des données empiriques du monde, comme h ou c la vitesse de la lumière, alors les équations se simplifient.

Par exemple :  E=mc2 devient E=m, car c étant l'unité son symbole n'apparait plus dans les formules. Du coup les mesures ne s'expriment plus avec des unités, car les étalons de référence ont disparu mais sont des grandeurs simples, des ratios. Ainsi par exemple dans ce système, on ne dit pas une longueur de 3 millimètres mais une longueur de x, x étant le nombre de fois la longueur de Planck. La "seconde" provient d'un vieux système sexagécimal (base 60) et dodécimal (base 12) pour faire un nombre entiers d'heures de minutes et de secondes dans une journée complète, correspondant à une révolution complète de la Terre autour de son axe. L'histoire aurait pu retenir autre chose comme étalon de temps. Quand on exprime en secondes les grandes lois de l'univers, on voit bien que la mise en relation, par exemple, du temps de rotation de la terre et de la vitesse de la lumière n'ont rien à voir ensemble, et ne peuvent donc déboucher sur des formules ou des valeurs simples.

Dans le système des unités naturelles, les durées ne sont plus en secondes mais en multiples du temps de Planck, ce qui correspond mieux à la nature profonde du monde observable. L'arbitraire humain de nos anciennes étalons est alors éliminé, ne laissant apparaître qu'un système dans lequel les grandes équations de l'univers deviennent absolus, car étant uniquement des rapports entre des valeurs qui appartiennent au monde et non définies par l'homme. Ce passage en unités de l'univers, simplifie les équations et met en évidence les rapports profonds définissant la structure de l'univers.

Mais ce passage, loin d'améliorer quoi que ce soit dans la compréhension laisse l'homme de science devant un mystère encore plus grand. Car ces données sont comme des axiomes : elles ne viennent de nulle part d'explicable. Ces valeurs sont là et il faut faire avec, sans espoir de les expliquer un jour. h, c,etc.. sont premières au monde et éternelles. Les paramètres de l'univers se constatent, ils sont les conditions initiales incontournables de l'univers, qui injectées dans les modèles de lois du mouvement permettent d'en modéliser l'évolution jusqu'à nous. La physique n'explique rien : elle ne fait que décrire de façon de plus en plus précise ce qu'elle constate et dont l'origine reste mystérieuse. Elle répond au "Comment ?" mais non au "Pourquoi ?".

La constante de Planck cache encore bien des mystères :

Quand on relie h, c la vitesse de la lumière et G la constante de gravitationnelle on obtient alors la plus petite durée possible, le temps de Planck ! L'unité de temps n'est donc pas première mais dépend de 3 constantes fondamentales.

Le temps est donc une conséquence de la gravitation, de la vitesse de la lumière et de la constante de Planck. Le temps n'est donc pas une dimension indépendante : le temps est un paramètre lié aux unités naturelles. Cela est une confirmation de plus que le temps que l'on mesure n'est pas absolu. Le temps n'existe pas en tant que contenant : il est un simple rapport liant la distance géométrique entre deux phénomènes. Si "c" était une distance et non une vitesse, alors le temps serait la longueur causale séparant les deux phénomènes.

Naturellement, on dérive la vitesse à partir du temps et de la distance, mais dans notre monde physique, c'est le temps qui est obtenu à partir de la vitesse et de la distance. La durée qui s'écoule est l'intégrale de la variation de vitesse par la variation de temps. Une durée est donc une somme de petits temps de planck multipliée par une distance. C'est donc une aire, une surface et non une ligne simple.

.39-Henri_Bergson .

On retrouve ici l'intuition de Bergson qui associe le temps de la conscience de l'homme à une somme de moments discrets, d'instantanés, dont notre esprit recrée la continuité.

Le temps physique n'est ainsi plus continu. Il s'écoule par petits paquets comme l'énergie. Ou plus exactement on ne peut en mesurer l'écoulement que par petits bonds successifs.

Qu'est-ce que le temps de Planck ? c'est le temps que met ce qu'il y a de plus rapide (la lumière) à parcourir la plus petite distance possible (h la longueur de Planck).

temps de Planck : tp = 5.39121 x 10^-44s soit env. 10^-43s.

Même si l'on peut mathématiquement diviser par deux la durée de Planck, la durée ainsi obtenue ne peut correspondre à rien de physiquement existant, car rien ne peut se passer de mesurable dans ce micro-intervalle. La résolution du monde physique s'arrête aux valeurs de Planck.

C'est à partir de 0+tp que l'origine de notre univers peut s'expliquer. Les modèles de la physique actuelles ne peuvent pas remonter avant le 0 du temps du big-bang mais sont également impuissants à expliquer ce qui s'est passé entre ce 0 et ce petit miliardième de milliardième de seconde qui a suivi. Car le temps de Planck est insécable, comme s'il s'écoulait tout d'un coup. Au passage, au moment du temps de planck, la taille de l'univers dans le modèle du Big-Bang était minuscule, réduite en une petite tête d'épingle dont le diamètre ne fait que la distance de Planck, soit bien plus petit qu'un simple atome...

Planck a montré ainsi que notre univers n'était pas continu mais discret,  que la température du thermomètre n'augmentait pas de façon continue mais par petits paliers brusques ! (problème du rayonnement du corps noir).

Ainsi est née la physique quantique (la physique des petits paquets), qui fixe une limite de précision aux mesures pouvant être faite dans le monde.

Einstein propose une vision du monde dans laquelle la géométrie de l'espace et du temps sont continus au sens mathématique. Cette continuité allant nécessairement avec un déterminisme, et une causalité absolus. L'espace-temps d'Eintein est un modèle mathématique lisse et simple, il correspond à une structure d'espace vectoriel dont les axes ont la continuité de R, l'ensemble des nombres réels. On peut alors y découper des distances et des temps aussi petits que l'on veut.

Planck propose à l'opposé une vision du monde physique discrète dans lequel tout progresse par petits bonds. Tout est quantifié (l'espace, le temps, l'énergie) et de plus cela introduit la probabilité, l'aléatoire dans les phénomènes. Toutes les valeurs ne sont pas possibles, car conditionnées par un découpage selon la constante de Planck. Ce découpage fixe les valeurs possibles du modèle des particules élémentaires, ainsi que le pas du grillage du monde observable.

Donc deux visions s'opposent alors : celle d'un monde déterminisme et lisse et celle d'un monde indéterministe et "rugueux". C'est encore l'enjeu de la physique actuelle d'unifier ces deux visions portées par les grandes théories que sont la relativité générale et la physique quantique. Il s'agit alors de trouver la théorie de la gravitation quantique, qui permettrait de penser une force de gravitation par petits paquets (les gravitons).

Curieusement, on peut malgré tout imaginer, que ces deux visions sont superposées : on peut considérer au niveau macroscopique que par exemple la matière est continu alors qu'elle est visiblement discrète au niveau microscopique car constituée de particules élémentaires. On peut tout aussi y voir un monde des phénomènes discret et indéterministe et une réalité sous-jacente continue et déterministe.

La constante de Planck introduit l'indéterminisme dans le monde par l'intermédiaire du principe d"incertitude (ou principe d'indétermination) d'Heisenberg qui stipule que pour une particule massive donnée, on ne peut pas connaître simultanément sa position et sa vitesse. Ou en d'autres termes, si on connait avec beaucoup de précision sa position alors on aura une grande incertitude sur sa vitesse.

Ce principe est à l'origine de cet hybridation conceptuelle qui est la dualité onde-particule, qui fait que tantôt on considère les particules comme des petites boules et tantôt comme des ondes pour pouvoir expliquer correctement leurs comportements.

L'introduction de cette indétermination fondamentale est à l'origine du concept de barrière de Planck (ou de réel voilé) :

Ne pouvant pas connaître la réalité avec précision, il y a une limite à notre connaissance (par la mesure ou par les sens) du monde. C'est comme s'il y avait un voile composé de petits paquets, qui nous cachait la réalité. En comparant avec les points d'une image, le monde sensible est alors composé d'une mosaique de pixels (ne se voyant qu'à la loupe) qui ne nous donne qu'une représentation approximative du monde réel.

Mais si tout ce qui est phénoménal est discret, alors la causalité aussi doit être discrète ? Le monde phénoménal est alors un maillage fin dont les petites mailles du filet ont la longueur de Planck. Lorsque l'on fait une mesure, celle-ci tombe nécessairement sur l'un des noeuds du filet et donc on ne peut ni voir ni mesurer ce qu'il y a dans les trous. Ce qui fait que la trajectoire causale reliant les effets et leurs causes passe également par la structure du maillage. Or la causalité du monde ne peut se définir qu'à partir d'un observateur. Donc de sa possibilité d'observer et de sa précision. Du coup, les modèles mathématiques, les théories explicatives, permettent de relier uniquement certains points du monde entre eux. 39-maillage

La sphère de causalité d'un évènement (son passé causal) contient alors un nuage d'évènements-causes qui sont localisés sur les noeuds du maillage discret du monde des phénomènes.

Mais alors rien n'interdit d'imaginer des structures causales passant à travers les mailles du filet qui nous seraient invisibles.

On peut donc voir le monde sensible comme un grillage ou un filet tendu plongé dans la mer du monde réel. Chaque observation chaque mesure se fait sur ce grillage, et  le grillage est tellement fin qu'il nous donne l'illusion d'une surface continue et homogène. Mais il laisse passer toute l'eau de la mer. Quand on est dans l'eau, on ne voit pas l'eau, on ne peut que toucher le filet que l'on voit en face de nous et qui nous arrête. On baigne dans le monde réel, mais on ne perçoit de façon phénoménal que le monde physique. Le flux du monde réel nous est inaccessible par nos sens et il n'est pas mesurable par nos instruments, car pour cela il faudrait pouvoir les en sortir, mais ils en sont pétris de la même façon que notre corps contenant nos sens physiques.

Le monde réel est partout et dans tout, ce qui le rend indétectable.

En d'autres termes, les évènements phénoménaux sur lesquels sont bâtis les théories physiques  et constituant le monde observable ne seraient qu'un sous-ensemble visible de tous les évènements se produisant dans le monde. La science relie alors ces phénomènes entre eux par des modèles mathématiques continus qui n'intègrent pas ce qui au-delà de la barrière de Planck. Et si mon esprit, qui n'a pas d'étendue, passe à travers les mailles du filet de la mesure, il ne peut donc pas être observé tout en étant tout de même là.

Mon esprit agit sur mon corps, mais ne fait pas partie de la sphère de causalité physique de celui-ci, car il n'est pas mesurable à cause des limitations fondamentales existant dans le monde des phénomènes. Ma volonté est une cause réelle du déplacement de mon bras, mais non une cause physique au sens observable. Elle est là présente et agissante comme une force, mais indétectable par l'observation car étant entre les noeuds du filet.

La théorie des supercordes transporte une vision pas très éloignée de celle-ci, en ajoutant dans son modèle 7 petites dimensions enroulées dans les trous laissées par les mailles du filet afin d'expliquer la déperdition de la force de gravitation qui en y passant perd de sa puissance. Cette théorie, en imaginant une structure géométrique de l'espace-temps plus fine permettra peut-être d'unifier les deux grandes visions de la physique actuelle. Mais à mon avis, la science n'aura jamais fini d'ajouter des dimensions à ses modèles de plus en plus complexes pour tenter de circonscrire de façon de plus en plus fine le flux a-dimensionnel de la réalité. Quelque soit la complexité du maillage du filet, la forme plate ou en bosses et en creux de ses mailles le flux impétueux de l'eau passera toujours à travers, et la constante de Planck sera toujours là posant une limite à la distance minimum séparant chaque noeud.

Faisons une analogie grâce à la distinction entre un signal numérique et un signal analogique.

En traitement du signal, pour pouvoir traiter un son, on l'échantillonne, c'est à dire que l'on mesure sa valeur un grand  nombre de fois par seco39- échantillonnagende

 

 

 

 

 

Si on a mesuré sa valeur un nombre suffisamment grand de fois par seconde, donc avec une période d'échantillonnage très courte, on démontre alors que mathématiquement, et sous certaines conditions (critères de Nyquist) on peut quasiment reconstituer la courbe d'origine à partir des valeurs discrètes obtenues et de sinusoïdes simples: on dit alors que la courbe résultante est presque-partout égale à la courbe d'origine.

Ce qui est intéressant, c'est cette notion de presque-partout qui permet d'approximer une courbe continue avec des valeurs discrètes reliées par des courbes mathématiques. Mais le résultat ne sera pas identique, si par exemple, mon son d'origine contient une fréquence F très élevée et que je ne peux échantillonner à une fréquence supérieure à la moitié de F. A la restitution, soit j'aurais une courbe reconstituée qui contiendra des recouvrements (des fréquences parasites) soit la fréquence F n'existera plus.

La longueur de Planck est d'une certaine façon la période d'échantillonnage mesurable du monde.

Le monde est un flux analogique et continu mais qui ne transmet un flux d'informations mesurables que de façon discrète.

La représentation du monde reconstituée par notre système neuro-psychologique est alors presque partout égale au monde réel. Et c'est dans le petit écart qui les sépare que tout se joue, car c'est dans cet interstice que peut se glisser l'esprit et agir sur la matière de façon totalement indétectable scientifiquement. 39-portrait3d07

 

La matière et l'esprit sont là, ensemble car ne faisant qu'un, mais la nature de l'esprit le rend invisible à toute mesure physique, car caché par la barrière de Planck.

 

 

L'esprit c'est ce qui remplit les trous laissés par les mailles du filet tendu de la causalité matérialiste.

 

Patrice Weisz

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38-Le temps propre

38-temps propre

intervalle de temps propre en relativité générale

La lumière est éternelle...

Est-il possible d'être hors du temps ?

J'ai déjà abordé la notion de temps en relativité : le temps est relatif à la vitesse de l'observateur (voir le paradoxe bien connu des jumeaux de Langevin ne vieillissant pas à la même vitesse).

Le temps est aussi une modalité de notre entendement : c'est une connaissance à priori , non tirée de l'expérience (non empirique) mais faisant partie de notre façon de nous représenter le monde. Einstein a fusionné le temps et l'espace dans un continuum espace-temps indissociable dans lequel les objets se déplacent en suivant des géodésiques. En relativité générale, la masse courbe l'espace (et le temps) donc l'espace-temps est formé de collines et de vallées. La gravitation n'est pas vue comme une force de propagation mais comme une déformation de la géométrie du continuum.

Et qu'est-ce qui donne sa forme à l'espace-temps ? C'est encore le principe de moindre action !

Les particules s'y déplacent en se laissant "glisser" le long de ces pentes et suivent des trajectoires optimums. On peut alors définir le temps propre de chaque entité en faisant le rapport entre la longueur de leur trajectoire entre deux points de l'espace-temps et la vitesse de la lumière.

Pour simplifier on prend des particules légères, ne marquant dans l'espace-temps qu'une déformation négligeable. Le soleil, lui, suit un déplacement complexe car au fur et à mesure qu'il avance, sa grande masse courbe l'espace-temps et donc modifie également sa trajectoire à priori. Les particules légères, quant à elles suivent les géodésiques sans les changer véritablement.Ces géodésiques sont calculées en minimisant leur temps propre pour aller d'un point à un autre. On retrouve ainsi le principe de moindre action qui fait prendre le chemin le plus court mais dans l'espace-temps à 4 dimensions. Le principe de moindre action minimise l'énergie cinétique (lié à la vitesse) et maximise l'énergie potentielle. La quantité de mouvement globale restant bien évidemment constante.

Le principe de moindre action cherche donc le repos, comme une bille qui dévale une pente jusqu'à se stabiliser dans un creux.

La condition d'être d'une particule est donc de trouver le repos. Et cela est valable en chaque instant pour toute les particules contenues dans l'univers : donc l'univers lui-même cherche mécaniquement le repos, ou plus exactement, tenant compte de sa quantité de mouvement initiale et éternelle, il cherche une configuration potentiellement la plus stable !

L'auto-organisation de la matière est simplement une reconfiguration permanente des particules cherchant un état de plus en plus stable, mais ceci dans le continuum espace-temps (et non simplement dans l'espace). Pourtant les structures élaborées sont moins stables que les éléments simples (tout retombe en poussière), alors pourquoi cette augmentation de complexité locale ?

Parce que le principe de moindre action est un principe local et non global, ce qui fait que l'optimum local n'est pas nécessairement l'optimum global.

(La bille qui glisse peut s'arrêter dans un petit trou avant d'atteindre le bas de la pente).

Et les structures complexes comme les organismes vivants représentent des éléments de stabilité locaux que les particules rencontrent sur leurs chemins et qui peuvent être suffisants pour les arrêter. Donc une stabilité provisoire peut ainsi être obtenue. Mais il suffit qu'un objet massique courbant l'espace-temps passe à proximité pour que leurs géodésiques se déforment et que, en conséquence, les états intermédiaires qui étaient stables ne le soient plus, car les collines et les vallées ont changé.

Malgré tout, le hasard n'intervient nulle part dans ce modèle de la relativité générale, car tous ces mouvements sont comme les milliards de millards d'engrenages d'une vaste horloge, les mouvements des uns dépendants de la position des autres et réciproquement.

Si une particule se déplace à la vitesse de la lumière sur sa trajectoire, alors son temps propre ne change pas :  le temps propre ne s'écoule pas pour elle ! Elle acquiert donc le statut de l'éternité ! Car son temps s'est arrêté: elle ne vieillit pas.

Donc on obtient ce résultat remarquable : les particules voyageant à la vitesse de la lumière (les bosons) sont éternelles (ex : les photons de la lumière) donc en dehors du temps !

En physique classique, l'influence d'un corps sur un autre se transmet instantanément ; en relativité, l'influence d'un corps met un certain temps à se propager,car la propagation se fait au plus vite aux 300.000 km/sec de la vitesse de lumière. Cette effet se traduit toujours par le changement de trajectoire du corps influencé.

Si l'on garde en tête le modèle standard, tout est composé de particules élémentaires. Donc toute interaction se réduit à un changement de trajectoire de ces particules élémentaires.

Rien ne se perd, rien ne se crée : tout bouge !

On observe des corps devenus gazeux se volatiliser, on voit de la matière se former, des cristaux, toutes sortes de choses merveilleuses ou horribles apparaissent ou disparaissent, vivent ou meurent, mais en fait il n'y a que des changements de positions de particules quasi-éternelles, engendrées par des champs d'interaction modifiant leurs trajectoires dans le continuum.

Et en agissant par équivalence, on voit que la nature profonde des particules est le mouvement pur. Car la matière n'est rien d'autre qu'une forme particulière de l'énergie (e=mc2), et l'énergie n'est rien d'autre que la mesure unifiée des différentes formes de mouvement. Donc la matière est mouvement.

si l'on voit alors ces particules comme des ondes ou des éléments vibratoires (cordes, supercordes, etc.), c'est à dire du mouvement pur, le monde est alors un enchaînement de déplacements de petites quantités de mouvement pur.

Et du mouvement qui se déplace, n'est rien d'autre encore que du mouvement !

la causalité physique en relativité, est une propagation de la force électromagnétique ou force forte/faible par l'intermédiaire de bosons, à l'intérieur d'un espace-temps courbé par l'influence des masses en présence. Cette vitesse de propagation étant limitée, dans un laps de temps donné, certains objets trop éloignés ne peuvent être atteints par cette influence : ils sont donc en dehors de cette sphère d'influence. De la même façon, si l'on considère l'avènement d'un évènement à un instant donné, il n'a pu être l'effet que de certains évènements antérieurs contenus dans son cône de passé. (la surface de ce cône représentant en chaque instant la distance maximale d'où pourrait provenir l'influence causale.

On appelle ce cône, le cône de lumière dont

l'équation est la suivante : c²t² = d²38-Cone_de_Lumière

Si on prend dans l'espace-temps deux évènements à une certaine distance, deux cas se présentent :

soit ils sont reliés causalement :

une particule non massive en voyageant à la vitesse de la lumière peut les relier dans l'intervalle de temps les séparant, et alors ils sont nécessairement chronologiquement toujours ordonnés de la même façon quel que soit la vitesse ou la position de l'observateur.

Soit ils ne sont pas reliés causalement :

dans ce cas aucune chronologie absolue n'existe entre eux : ces deux évènements ne sont pas ordonnés dans l'absolu ! On peut donc les considérer l'un dans le futur de l'autre ou à l'opposé dans son passé sans que cela ne change rien.

L'implication de ce dernier résultat est particulièrement remarquable : les zones de l'espace-temps qui sont en dehors de notre sphère de causalité sont aussi en dehors de notre temps.

C'est le principe de causalité relatif.

Sur la figure ci-dessus, il suffit de prendre un évènement situé au même niveau que notre présent (le point de jonction des deux cônes)  pour bien comprendre qu'alors il ne fait trivialement pas partie ni de notre passé "causal" ni de notre futur causal. Mais n'étant pas dans notre passé causal, il n'est pas observable. Pour autant il est bien là, mais en dehors de notre espace-temps causal.

Cet évènement (qui peut être un très gros objet comme une galaxie) est en dehors de notre monde phénoménal et pourtant il est bien réel ! Il est invisible, indétectable, donc scientifiquement il n'existe pas car il ne revêt aucune réalité empirique. Reste-il alors dans la classification des objets "matériels" ?

Selon comment on imagine l'univers, on peut se dire que l'extérieur du cône est bien plus vaste que son volume interne, et donc que le monde contient beaucoup plus d'entités inconnus que connues mais nous ne pouvons néanmoins dire si elles sont dans notre passé ou dans notre futur : elles sont indépendantes de la chronologie de notre monde.

La limitation de la vitesse de la lumière peuple donc notre monde d'un en-dehors causal réel mais inaccessible !

Patrice Weisz

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37-L'univers comme volonté

Une puissance unique37- schopenhauer

sans raison et sans but  ?

La philosophie a cela d'imprévue, qu'après avoir passé des journées entières à cogiter sur un sujet délicat, vous trouvez, au détour d'une page, un auteur l'ayant déjà clairement exprimé de façon admirable il y a déjà plus d'un siècle !

Cela vient de m'arriver avec Schopenhauer que je découvre aujourd'hui, et qui publia  " le Monde comme volonté et comme représentation" en 1818. Sa conception du monde est si proche de celle que je défend ici, sans l'avoir connu au préalable que je ne peux m'empêcher de le citer :

"Le monde comme représentation, c'est à dire au point de vue auquel nous le considérons uniquement ici, a deux moitiés essentielles, nécessaires et inséparables. L'une est l'objet; ses formes sont l'espace et le temps, d'où la pluralité. L'autre moitié c'est le sujet; elle ne se trouve pas placée dans le temps et l'espace, car elle existe entière et indivise dans tout être percevant." 

...car le monde, par cela même que nous ne pouvons nous le représenter qu'au moyen de formes à priori, n'est que phénomène; par conséquent ce qui n'est applicable qu'en vertu de ces formes ne peut être appliqué au monde même, c'est à dire aux choses en soi..

Je considère toute force de la nature comme volonté. Le concept de volonté est le seul, parmi tous les concepts possibles, qui n'ait pas son origine dans le phénomène, dans une simple représentation, mais vienne du fond même, de la conscience immédiate de l'individu...

(...) Volonté, par où je désigne l'essence de toutes choses, le fond de tous les phénomènes.

Tout comme Kant, Schaupenhauer distingue la connaissance a priori de la connaissance a posteriori. L'espace, le temps et le principe de causalité sont des connaissances a priori, c'est-à-dire provenant du sujet connaissant. Ils ne sont pas dans le monde, mais sont des modalités de notre entendement. Les lois de la physique, par contre sont des connaissances a posteriori, c'est à dire tirées de l'observation que le sujet connaissant fait du monde.

Mais on ne peut pas observer sans oeil, on ne peut pas toucher sans mains, donc on introduit dans l'observation du monde que l'on fait notre connaissance  a priori. Les lois de la physique ne décrivent plus alors le monde tel qu'il est"en-soi" mais tel qu'il est dans la représentation que je m'en fais( "Le monde est ma représentation").

Nous évoluons donc au milieux d'apparences créées par nos modalités de connaissance et n'avons aucun moyen de connaître

le monde réel, mis à part notre corps. Notre corps est alors la porte d'accès au monde réel, qui n'est que volonté. La volonté est l'essence de toute chose. La volonté est donc en dehors de l'espace et du temps et ne répond pas à la causalité. La volonté n'appartient pas au monde des phénomènes mais est à l'origine de tous les phénomènes.

D'après Schaupenhauer, La volonté est une puissance unique sans raison et sans but qui caractérise l'essence du monde.

Effectivement pas facile de trouver des raisons à la direction que prend le monde, si le principe de raison même est en nous et non dans le monde.

Dans cette vision qui n'est ni matérialiste, ni dualiste, finalement on ne trouve pas grand chose dans le monde "en-soi", on ne sait pas si le vrai monde est totalement vide, rappelant la vacuité bouddhiste, car n'étant qu'une sorte d'envers de nous-même, avec notre conscience réduite en un point sans dimension. Ou s'il est remplit d'une sorte d'énergie donnant forme à tous les objets que nous nous représentons dans le monde.

Son approche, qui oppose sans ambiguité, le monde des phénomènes répondant aux lois de la physique et à la causalité qu'on y projette, à l'essence du monde (sa réalité en dehors de tout observateur) caractérisée par la "volonté" à l'origine de tout ce que nous nous représentons me convient bien.

Néanmoins, pourquoi présenter une vision de l'univers fondamentalement absurde issue d'une "volonté" qui n'a d'autre objet que de se battre avec elle-même à travers toutes les unités (individuation) phénoménales en perpétuelle lutte. Le monde est ainsi décrit comme le théatre d'un combat permanent sans issue possible et répétitif d'où ne sort que souffrance. Schaupenhauer était une sorte de précursseur des théories darwiniennes prônant le "struggle for life". La "volonté" fait ainsi naître des entités phénoménales dont le seul objectif est de survivre.  Dans la théorie de la sélection des espèces, effectivement, la primeur est donné à l'espèce plutôt qu'à l'individu. Ce qui compte, c'est que l'espèce survive dans son combat avec les autres espèces, et peu importe l'individu. Mais ce raisonnement est aussi valable entre les espèces, si ce qui compte alors est de préserver non pas l'espèce, mais la vie.

Mais que dire d'une "volonté" sans objectif ? Et pourquoi avoir choisi ce terme contenant implicitement une notion d'intentionnalité si c'est pour lui ôter in fine tout but ?

Pourquoi ne pas être moins nihiliste et reconnaître alors que la "volonté" de Schaupenhauer cherche l'harmonie, l'équilibre, et que cet état "stable" passe par des combats de jeunesse permettant de mettre en place les conditions nécessaires à l'obtention d'un tel état. Si la volonté est l'être-en-soi, le monde réel, l'Esprit, et que cette volonté est également en chaque homme, se traduisant dans notre capacité à agir volontairement sur le monde, pourquoi la présenter comme un combat vain et sans espoir d'avancée ? Ne faut-il pas lire malgré tout dans l'histoire du monde une construction plutôt qu'une reproduction sans fin des mêmes combats ?

Le monde est-il un perpétuel recommencement (un "éternel retour" cf Nietzsche) ?

Effectivement si seul le présent existe, car l'essence du monde est a-temporelle et le temps une simple modalité de notre entendement, alors comment penser le présent, rempli de souvenirs du passé ? Comment concevoir une réalité phénoménale dont l'enchaînement des causes ne serait qu'une illusion de notre entendement ? Et dans quoi s'inscrirait notre naissance et notre mort ?

Il me semble que la science, à travers les modèles de big-bang a enfin posé les jalons de l'historicité de l'univers, et que désormais on ne peut concevoir le monde comme simplement un renouvellement récurrent de formes à l'apparence différenciée. Effectivement le big-bang ne parle que du phénoménal, et donc que penser de cette historicité du monde si le temps lui-même n'est qu'une de nos manières de se le représenter ?

Le big-bang met un point de départ à l'espace et au temps, donc à la causalité et à la venue de la matière. Donc une origine au monde phénoménal. Ce qui voudrait dire alors qu'avant il n'y avait que la volonté pure, l'essence du monde comme totalité du monde.

Mais si l'espace et le temps sont des modalités de notre conscience, quel est alors ce temps et cet espace "absolus" dont on parle pour expliquer nos origines qui étaient là bien avant que soit né le premier observateur ? Sont-il eux aussi simplement des façons d'expliquer les choses sans aucune réalité ? Pourtant comment interprêter les faits d'observation astronomiques qui retracent de loin en loin l'histoire du big bang si le temps n'est pas ?

Notre présent est réduit à un point de notre conscience. Tout ce qui nous entoure appartient au passé, superposé en pelures d'oignons, ou plus exactement et un flux continu centripète d'informations venues du passé avec un décalage temporel proportionnel à la distance. Ceci est dû à la finitude de la vitesse de la lumière.

Ce qui veut également dire que les deux extrémités d'un bâton sont liés causalement avec un léger décalage temporel correspondant au temps que met la lumière à parcourir la distance les séparant (6.66 10^9 secondes pour un bâton de 2 mètres). Mais que penser alors d'un objet dont la continuité matérielle est formée par une succession de molécules situées de proche en proche dans des temps différents ? Car la transmission des forces assurant la cohésion de l'ensemble est elle aussi soumise à la vitesse limite de la lumière. Donc il y a un retard "causal" dans l'interaction de chaque molécule et sa voisine.

Et un objet qui n'est pas dans le même temps qu'un autre est-il toujours dans le même espace "absolu" ? L'espace englobe-t-il tout, y compris le passé, ou est-il restreint au présent donc à un seul point ? Mathématiquement, en faisant le parallèle avec la géométrie, en chaque point du temps il y a un espace différent, tout comme en chaque point d'une ligne passe un plan différent.

Si on garde l'analogie mathématique, alors en chaque instant, l'espace ne peut contenir que le présent, qui lui-même est réduit à un seul point à cause de la limite causale. Donc l'espace "absolu" du temps présent est vide à part la présence en un point d'une conscience sans dimension ! Mais ce raisonnement peut se tenir en n'importe quel instant : l'espace "absolu" sera toujours vide.

Seul l'espace relatif à notre conscience est rempli car il intègre dans une vaste illusion de simultanéité le présent et le passé "causal".

Du coup, il est vain de parler d'absolu quand on évoque l'espace ou le temps : ils sont tous deux nécessairement liés à la conscience d'un observateur qui explique le monde causalement à partir de son point de vue "central". Notre conscience est ainsi le point de départ incontournable à tout explication de la création de l'univers. L'univers est anthropique : il ne peut donc s'expliquer sans qu'il puisse produire un homme doué de conscience pouvant le penser. Le monde est bien ma représentation !

Que le big-bang soit solitaire ou multiples, cyclique ou unique, cela ne change rien : la volonté a produit du phénoménal. Et notre appartenance au monde en tant que corps et volonté en est la preuve.

Si le monde n'était que matière nous n'aurions pas de volonté : nous ne pourrions agir sur le monde ni être conscient de quoi que ce soit.

Si  le monde n'était que volonté nous n'existerions pas : nous n'aurions pas un corps-objet localisable dans le temps et dans l'espace.

Le monde est alors nécessairement composé de cette dualité, que Schaupenhauer appelle volonté et phénomènes.

Mais à partir du moment où il met le principe de raison dans les connaissance à priori, Schaupenhauer ne peut alors évidemment trouver une quelconque raison à la volonté. Pourtant le monde phénoménal répond à des principes : le principe de causalité n'est pas empirique il est donc "à priori". Par contre le principe de conservation d'énergie est empirique il est donc "à postériori" car tiré de l'observation. Ce qui ne veut pas dire non plus qu'il appartient au monde "en-soi" car il est la résultante de notre entendement et de la réalité phénoménale. Ce principe qui sous-entend que l'univers contient une grande quantité constante d'énergie pouvant se présenter sous une forme ou sous une autre s'impose à nous en tant que mécanisme incontournable du monde phénoménal. Mais il sous-entend également que derrière toutes les formes qui nous sont donné de percevoir, il y a une quantité immuable sans historicité car constante, à l'origine des phénomènes.

L'énergie est là sous une forme ou sous une autre mais est toujours là derrière le phénomène. L'énergie est là, en dehors du temps et de l'espace. Elle est éternelle, c'est pour cela qu'elle se conserve. L'énergie est la mesure unifiée des différentes formes de mouvement. En fait c'est la quantité de mouvement qui se conserve. Et le mouvement est ce qui donne la forme aux phénomènes. Le monde en-soi est un mouvement perpétuel pouvant prendre successivement différentes formes phénoménales.

Le monde en-soi est effectivement une puissance unique faite de mouvements purs. Mais ces mouvements donnent forme au monde et construisent quelque chose, au moins nous, faits d'esprit et de matière.  Notre présence au monde et un passage obligé de ce monde-là, qui serait autre si nous n'étions pas là, donc nous sommes au moins un but provisoire. Nous somme peut-être une étape intermédiaire, mais sûrement pas un hasard. Car notre venue est inscrite dans l'auto-organisation apparente de la matière.

L'avènement de l'homme tient plus de la fatalité que du miracle...

Patrice Weisz

 

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36- La différence ontologique

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La distinction entre le réel et le phénoménal 36-oiseaux

 

 

 

 

 

 

Quittons un moment le point de vue scientifique concernant la matière et l'esprit pour aborder la question du point de vue philosophique.

Pour reprendre les termes de la métaphysique chers à Martin Heidegger, on pourrait poser :

l'être en-soi : la réalité du monde

l'étant : le monde phénoménal

en tant qu'équivalence conceptuelle à la vision cosmologique qui est proposée ici.

J'ajouterais l'être-là : par exemple un homme. L'être-là est doué d'existence, et d'un être intérieur (soi).

Du point de vue philosophique, la question à laquelle je tente de répondre pourrait se poser en termes métaphysiques de la façon suivante :

Quelle différence ontologique peut-on faire entre l'être et l'étant ?

L'être de l'étant est-il l'être lui-même ou simplement un paraître  de l'être ?

L'être existe-t-il ?

L'étant existe-t-il ?

Si exister est apparaître en tant qu'être-là pour l'autre, alors l'étant existe.

Si exister est être en dehors de tout paraître, alors l'être existe.

Mais il faut bien trancher. Donc on peut dire de l'être qui n'apparait pas qu'il n'existe pas, bien qu'il soit. L'être est, mais en dehors de toute existence. Car l'existence est un paraitre apparaissant pour soi et non en soi. Rien n'existe en soi. Exister c'est apparaitre dans le continuum espace-temps. Le continuum espace-temps est relatif à soi et n'existe pas non-plus en soi. Donc l'existence est relative et non absolue. L'étant est là pour celui qui l'observe. C'est celui qui observe qui construit l'étant lui apparaissant. Donc l'étant n'existe pas en soi. L'étant est un paraitre modal relatif à soi. Je n'ai pas pour autant une vue sollipsiste du monde, car l'étant tel qu'on le voit existe même quand on ne l'observe pas.

Disgression :

Ce n'est pas mon imaginaire qui crée la nuée d'oiseaux traversant le ciel à tire-d'ailes. Ces oiseaux traverseraient le ciel même si je n'étais pas là. Par contre c'est moi qui discerne ces formes rapides dans le ciel et qui les nomme. C'est moi qui leur attribue des propriétés descriptives par rapport à ma façon de les percevoir (ils sont noirs, ils sont petits, etc..). Ces propriétés n'ont de sens que pour l'humain qui partage mon langage. Mais ce ne sont pas des propriétés en-soi. L'être de ces oiseaux ne m'est pas accessible, seule leur apparence l'est à travers ma perception.

Ces oiseaux, tels que je les vois, font partie de l'étant que je perçois du monde. Ils font aussi partie de l'être en-soi mais sous quelle forme ? Sont-ils encore des oiseaux ? Ou simplement un composite de petites vibrations très serrées dans le vide qui se propagent comme une vague à la surface de l'eau ?

Imaginez d'être plus petits que les atomes et de vous faufiler à travers la matière, que cela soit de l'air ou un animal à plumes, les objets que vous définiriez seraient-ils encore les mêmes ? Vous passeriez de l'air à l'intérieur de la plume de l'oiseau sans sentir de réelle différence, juste un changement de paysage. Quels seraient alors vos objets quotidiens ?36-atomes

Maintenant imaginez d'avoir la taille d'un milliards de milliards de galaxies et de regarder la mécanique des cieux en embrassant du regard des milliers d'années-lumière. vous verriez des assemblage de matière dont les composants seraient les galaxies elle-mêmes, prenant la place de nos atomes habituels. Les objets qui vous apparaitraient seraient nécessairement différents. Peut-être verriez-vous des assemblages particulièrement actifs se déplaçant à des vitesses impressionnantes, Des formes se feraient et se déferaient, dans un bouillonnement tout ce qu'il y a de plus vivant....

Le changement d'échelle d'espace ou d'échelle de temps aménerait inévitablement une représentation du monde autre. Ce qui montre que la représentation que l'on se fait du monde est relative à notre condition d'être humain ici et maintenant...

L'être n'apparait pas en tant qu'être-là. L'être cause l'étant relatif à soi mais ne se localise pas dans le continuum en tant qu'existant.

Postuler que l'être de l'étant est l'être lui-même c'est donc ramener le monde à son paraitre pour soi et non lui reconnaitre un statut ontologique en-soi. C'est considérer le regard de l'homme comme absolu et non subjectif. Mais le regard de l'homme ne peut être absolu car il est limité par sa finitude. Or l'être ne peut se penser qu'infini car le poser fini pousse nécessairement à l'englober dans un être plus grand et donc à le redéfinir de plus en plus grand à l'infini.

Donc l'être en soi ne peut être circonscrit par le regard de l'homme.

Donc l'homme ne peut voir l'être en-soi mais le voit en tant qu'étant qui lui apparait.

Donc l'être de l'étant ne peut pas être l'être lui-même : l'être de l'étant n'est qu'un paraître pour soi de l'être en soi beaucoup plus vaste.

Le paraitre de l'étant est relatif à la spécificité de l'être-là (un homme) conscient du monde. Il n'y a pas qu'un étant pour tous mais une multitude d'étants pour chacun, autant que d'être-là contemplant le monde. 

L'être-là n'est qu'un paraitre pour l'autre car faisant partie de son étant relatif. L'être-là n'est pas un être pour l'autre.

Mais l'être-là est aussi un être en-soi pour soi. "Je" existe mais "Je" est aussi pour moi. "Je" est à la fois un étant et un être. En tant qu'étant il existe, mais en tant qu'être il est simplement, car en dehors du continuum. Mais quand l'étant de "Je" meure, l'être de "Je" se fond dans l'être en-soi. Il continue à être mais n'est plus localisable par son étant dans tout continuum espace-temps. Il n'est plus alors un étant existant pour-soi mais simplement une partie de l'être en-soi. En cessant d'exister, il n'est plus un étant et perd sa forme. Il ne constitue plus un être en-soi mais reste constituant de l'être en-soi. Les constituants de l'être en-soi sont éternels. Le continuum espace-temps a un commencement permettant l'avènement de l'étant et donc de l'existence des être-là.

L'être en-soi cause l'étant dans son rapport à l'être-là. L'être en-soi est infini et apparait en étant de mille façons selon le regard qu'on lui porte. L'être en-soi est, même si il n'y a aucun être-là. L'étant n'existe que pour les être-là et ne se conçoit pas en dehors de tout être doué d'une conscience du monde. L'étant existe mais il n'est rien si ce n'est une représentation du monde pour un être-là. L' étant n'est alors qu'une image.

L'étant n'est pas.

Donc il existe bien une différence ontologique essentielle entre l'étant et l'être et l'un ne peut pas se résumer à l'autre.

Patrice Weisz

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35- Penser l'immatériel

 

 

35-univers

Plus de 100.000 étoiles visibles sur cette photo de la Voie Lactée prise par la NASA

Le Très Grand

Univers de la non-matière

Faisons un peu vagabonder notre imaginaire dans les abîmes de la géométrie, afin d'essayer de ressentir le vertige de l'infini, et de tenter d'approcher la réalité à couper le souffle du vrai grand monde...

Imaginez un espace-temps infini plongé dans un grand univers au nombre de dimensions infini.

Imaginez que l'espace avec ses trois dimensions et le temps, la quatrième, soient simplement dans le même rapport aux dimensions de l'univers que ce que sont les 4 premiers nombres (1,2,3,4)  à  l'ensemble infini des entiers naturels.

Les 4 dimensions sont-elles réelles ?

Imaginez que le grand univers réel ait autant de dimensions qu'il existe de nombres entiers, mais que nous ne pouvions en connaître que le début : 1,2,3 et 4  car nos sens et notre entendement sont très limités. Que nous ne puissions compter plus loin que 4 comme un petit enfant qui, au-delà, se retrouve avec l'esprit confus et tantôt continue au hasard, tantôt reboucle au début de sa petite suite avec fierté.

Imaginez maintenant que, comme nous l'avons vu pour les univers fractals, qu'il soit possible que l'univers réel ait des dimensions s'exprimant sous forme de fraction 4,5 ; 14,2, etc..., ou que la longueur du mètre ici soit différente de celle du mètre là-bas, ou que le temps ne s'écoule pas pareil partout, ou qu'il existe une dimension qui soit à la fois un peu d'espace et à la fois un peu de temps....

Imaginez maintenant que l'univers réel ait autant de dimensions qu'il y a de nombres réels dans l'ensemble R.

Mathématiquement on démontre qu'il y en a alors une infinité non dénombrable, c'est à dire largement supérieur à l'intégralité déjà infinie de la suite des entiers naturels.

Qu'il y a une infinité non dénombrable, c'est à dire largement supérieure aux nombres infini des entiers, contenu dans n'importe quel intervalle aussi petit que l'on veut.

Et que chacune de ces dimensions soient fractionnelles voire réelles. Qu'à tous les nombres réels possibles correspondent à chaque fois une dimension réel existante.

Voilà ce qu'est l'infini réel du Grand Univers.

Des milliards de milliards de dimensions

En fait, on pourrait dire aussi bien qu'il n'a pas vraiment de dimension car les dimensions sont des notions humaines, des façons de percevoir le monde extérieur, mais ne sont pas des propriétés de celui-ci.

Le Grand Univers n'a pas de dimension car il est d'une densité absolue dans tous les sens. aucun axe ne peut être privilégié et tout axe est nécessairement arbitraire et correspond simplement à un angle de vue restreint.

Il est partout et contient tout

On peut le découper comme l'on veut, lui plaquer les modèles que l'on veut en cube, en sphère, avec autant de dimensions que l'on veut : il en sort toujours quelque chose car il est là partout.

Néanmoins, c'est le fait que l'on plaque quelques dimensions bien déterminées à cette réalité en voulant l'y circonscrire qui amène le paradoxe de l'infini en taille et en âge de notre univers.

Notre univers déborde de la boite dans laquelle on veut le mettre.

L'infini n'est pas physique

C'est précisément parce que l'on ne peut que mettre des infinis aux extrémités des dimensions qu'on lui prête que l'on peut affirmer que celles-ci ne sont pas adaptées à sa géométrie.

Poser des infinis, c'est reconnaître la limitation de l'entendement humain.

L'infini c'est le bug du modèle mathématique, c'est le point d'achoppement de toute théorie scientifique.

Car une théorie doit s'appuyer sur des faits d'observation, des grandeurs mesurables. Or l'infini n'est pas mesurable, donc ne peut correspondre à une observation. Trouver un infini dans une théorie, c'est reconnaître son inachèvement, son inexactitude, son instabilité.

Le concept d'infini n'a pas de signification physique, et son apparition dans un théorie indique que celle-ci est incomplète et fausse en certains points, donc réfutée rationnellement ! Mais toutes les théories actuelles sont alors fausses car utilisent l'infini pour circonscrire la géométrie de l'univers. Ce n'est pas une découverte, ce n'est qu'un constat d'humilité incontournable.

L'infini ne peut qu'être abstrait ; c'est une idée, une limite que l'on ne peut pas atteindre. Poser un infini sur quelque chose de matériel est absurde.

L'infini est nécessairement immatériel.

L'espace-temps reste un concept, une vision mathématique, un modèle mais sûrement pas une réalité. Car la réalité du monde ne peut se laisser englober par la pensée humaine.

Du coup on imagine bien devant cette compacité multi-directionnelle que la notion même de dimension entière est une façon extrêmement simplifiée de voir le monde.

Pourquoi l'univers serait restreint à nos 4 directions indépendantes, sous prétexte que l'on ne peut rien savoir de ces autres dimensions ? Que l'on ne possède pas de sens pour y percevoir quelque chose.

Je ne parle pas ici des univers parallèles, des multivers, hypothèse qui spécifie qu'en chaque instant notre univers à 4 dimensions bifurque et génère un autre univers un peu différent avec une existence autonome permettant ainsi la réalisation de tout ce qui est possible.

Je parle ici d'un même grand univers, dans lequel notre espace-temps est plongé.

Il suffit alors de mélanger ces deux notions pour obtenir le très grand univers (TGU) :

Le TGU est l'ensemble de tout ce qui est possible, déjà réalisé, dans lequel notre espace-temps navigue au gré de bifurcations, guidé par le principe de moindre action qui lui fait emprunter en chaque instant le chemin le plus court, optimisant ainsi ses déplacements.

L'espace-temps ne va pas n'importe où, son déplacement est sous contrainte. Car il se déplace de façon continue, tout simplement parce qu'il suit une surface pré-existante.

Volonté humaine et bifurcations de l'univers

Mais la trajectoire de l'espace-temps est également modifiée par nos choix.

L'homme par sa volonté, agit sur le monde et donc le modifie.

Ou plutôt modifie sa trajectoire. Ce qui se traduit par le fait que notre bouchon flottant d'espace-temps emprunte alors une autre direction légèrement différente.

Si je décide de me lever, notre univers bifurque pour aller dans la direction d'un monde où je me lève.

Si par contre je décide de rester assis, alors l'univers bifurque vers un futur où je suis assis.

Il parait assez étrange qu'un simple petit geste puisse faire déplacer tout un univers, mais en fait rien ne se déplace, car l'espace-temps n'est rien d'autre qu'un flux informatif. Quand il y a changement de direction, c'est qu'il y a simplement changement de point de vue. Ce que l'on voit, ce que l'on touche, n'est qu'informations transmises au cerveau pour peaufiner sa représentation du monde. On ne peut pas savoir si notre cerveau n'est pas dans une cuve1 car il ne fait que gérer quelques informations via ses sens, filtrant sans doute un flux incommensurable, tout comme une radio se fixe sur une fréquence précise pour recevoir un signal cohérent, dans le fourmillement inextricable des millions d'ondes se chevauchant dans lesquelles on baigne en permanence sans en avoir conscience. On peut voir alors le monde comme étant cette superposition inouï de possibilités concomitantes, nos sens étant nos capteurs suivant certaines longueurs d'ondes desquelles se dégagent une certaine vision du monde, et ne pouvant pas se caler sur d'autres flux nécessitant d'autres récepteurs de conception différente..

Et il en va de même pour tous les individus, mais aussi  pour tous les êtres.

Aucun être ne vit exactement dans le même espace-temps car le temps et propre à chacun : il est relatif et modal.

Le destin existe-t-il ?

Le monde réel apparaît comme déterministe. Le hasard ne peut exister réellement, il n'est qu'un phénomène apparent.

Cela implique donc que le futur de l'univers existe déjà ou plus exactement est déjà écrit.

Le futur est contenu potentiellement dans le passé et se déroule de façon déterminé.

Oui mais quel futur ?

Et si tous les futurs possibles étaient déjà là mais que seulement un seul nous est accessible ?

Voilà ce qu'est un TGU compact : C'est un paysage fait de montagnes et de vallées, que l'on découvre progressivement en marchant.

Différents chemins se présentent à nous et nous sommes libre d'emprunter celui que nous désirons. Par contre nous ne pouvons pas rebrousser chemin. Nous ne pouvons, hélas, englober tout le paysage : nous ne voyons qu'un côté, notre vue est limitée et ce qui nous apparait dépend du sentier emprunté. Ce n'est pas parce que nous empruntons un chemin différent que le paysage change. C'est nous qui nous déplaçons et non les montagnes, C'est notre point de vue qui varie et non le paysage. Notre point de vue est notre fenêtre d'espace-temps ; le paysage est le TGU. Pendant que nous sommes à l'écoute d'une certaine longueur d'onde, il se passe autre chose sur les autres chaînes mais nous n'avons pas le don d'ubiquité. Nous pouvons changer de chaîne, mais ne vivrons pas ce qui se serait passé en étant rester passif. Nous pouvons zapper mais ne pouvons ni inverser le temps ni assister à plusieurs programmes à la fois !

Dire que le futur n'est pas déjà écrit, c'est un peu comme soutenir que le paysage n'était pas déjà là bien avant d'y poser les yeux.

Mille chemins sont possibles : certains me sont imposés d'autres sont le fait de mon libre-arbitre mais tous sont déjà tracés dans une contrée immuable.

Du  point de vue géométrique, au fur et à mesure des détours de sa trajectoire, le chemin dévoilerait dans notre fenêtre d'espace-temps des formes, sans que l'on puisse toujours prédire à l'avance lesquelles. Les formes prédictibles seraient alors la partie déterministe de ce que l'on connaît du monde et les évènements indéterministes ceux qui seraient en dehors de notre sphère de causalité, impossibles à deviner à l'avance et pourtant déjà là.

Les évènements spatio-temporels déjà existant pour nous ou à venir (dans notre futur) sont ce que l'on appelle la matière.

Ceux que l'on ne rencontrera jamais sont la non-matière, l'immatériel car situés dans un ailleurs inaccessible.

Imaginez que ce que l'on appelle la matière est ce qui peut se percevoir dans nos quatre dimensions mais correspond à autre chose de plus vaste. Tout comme l'iceberg immergé ne laissant apparaître que 1/7 de ses glaces hors de l'eau, ne laissant aucunement deviner les formes spectaculaires des 6/7 restant, enfouies dans les profondeurs des eaux sombres.

L'en-dehors de l'espace-temps

On appellerait alors la partie cachée, non immergée dans les 4 dimensions de l'espace-temps le non-matériel, c'est à dire ce qui est en-dehors de l'espace-temps.

Le non matériel, l'immatériel, n'existe pas pour nous directement car il ne peut s'observer, n'étant pas localisable en x,y,z et t.

Étant en dehors de notre espace-temps il n'aurait selon nos critères d'entendement ni étendue ni durée.

L'immatériel serait partout et nulle part, d'âge infini ou nul, peu importe, car sans coordonnées localisables.

Une équation mathématique définissant une courbe à deux dimensions à partir de deux variables (x, y), exprimée dans un univers à trois dimensions a une variable libre (z) qui peut prendre n'importe quelle valeur : cela ne change rien à sa forme.

Il en est de même pour l'immatériel : on peut lui donner n'importe quelle valeur en x, y, z ou t cela ne change rien : la relation mathématique pouvant exister entre les points constituants son enveloppe fait appel à d'autres coordonnées, situées sur d'autres axes que les 4 premiers habituels.

Imaginez maintenant que le TGU soit en fait sans dimensions précises, que les dimensions que l'on utilise naturellement sont celles que notre entendement y plaque, qu'elles dépendent en fait de celui qui observe et qu'elles ne soient pas là en dehors de tout observateur.

Qu'on ne puisse voir autrement le monde qu'en lui imposant le carcan d'un repère orthonormé à 4 axes indépendants, mais qu'en fait ce carcan est constitutif de notre entendement et est donc d'une certaine façon arbitraire. En d'autres termes un être pouvant voir différemment les dimensions plaquerait son propre système de perception sur le monde et appellerait matière tout autre chose. Cet être serait à l'écoute d'une autre chaîne, sur une autre longueur d'onde, et ce qu'il y verrait formerait sa réalité, au détriment de ce qui peut se passer ailleurs, ne relevant alors pour lui que de la pure spéculation.

Et ce qui nous apparaît comme ayant une existence douteuse lui apparaîtrait tout à fait concret et tangible, alors qu'il pourrait être très dubitatif quand à l'existence de notre matière dans des dimensions que son entendement n'appréhende pas.

Imaginez que notre perception des phénomènes dépendent de l'angle selon lequel on observe les singularités qui nous apparaissent, de notre position ou de notre vitesse, et que la perception que l'on se fait ainsi du temps et de l'espace en dépende.

Que la relativité d'Einstein soit la première percée dans ce sens, et que Kant ait eu raison en disant que l'espace et le temps sont des modalités de notre conscience.

Imaginez que c'est notre entendement qui nous fait percevoir de la matière là où il y a quelque chose de plus vaste mais inaccessible à cause de notre finitude. Que la matière ne soit qu'une facette de la substance constituant le monde..

Imaginez maintenant la petitesse de notre espace-temps "observable", plongé dans le TGU réel dont une infime partie nous apparaît matérielle.

Si vous imaginez tout cela, l'immatériel bien que non appréhendable par notre entendement se retrouve exactement sur le même plan de réalité que la matière qu'il nous est donnée de toucher. Il est le flux informatif que nous ne pouvons écouter avec nos sens.

C'est la spécificité des sens extérieurs de l'homme qui crée la distinction arbitraire entre le matériel et l'immatériel.

Un peu comme le prisonnier qui, dans sa cellule, se dit que tout ce qui se trouve en dehors n'existe pas, sous prétexte qu'il ne peut ni le voir, ni le toucher, ni le sentir.

La prison de l'homme c'est son espace-temps modal.

A partir du moment où il y a consensus pour reconnaître la finitude de l'homme, alors il parait assez rationnel de supposer que des choses lui échappent et lui échapperont toujours.

Restreindre l'univers à ce que l'on peut en connaître c'est tenter de se persuader que la terre est plate, sous prétexte que l'on ne sait pas construire de bateaux permettant d'aller voir ce qui se passe au-delà de l'horizon. La pensée rationnelle dominante tend à imposer la négation du non observable, faisant une fois de plus dans l'histoire de l'homme un acte de positivisme abusif. Mais la logique élémentaire nous amène pourtant nécessairement à postuler que ce que l'on peut percevoir est négligeable par rapport à tout qui nous échappe.

Il ne parait pas abusif de dire que l'homme ne peut être qu'un être fini, pas plus que de dire que l'univers ne peut être qu'un être infini.2

Or le fini est assimilable à 0 (zéro) devant l'infini.

Donc l'immatériel, l'en dehors de notre espace-temps modal, "la matière spirituelle" non seulement existe nécessairement, mais remplit le Très Grand Univers autrement mieux que la quantité négligeable de matière que l'on calcule dans notre univers.

Et la distinction de substance entre la matière et la non-matière (l'esprit) n'est pas en conséquence une distinction ontologique, mais seulement une distinction de point de vue.

Ce qui est réel n'est pas observable et ce qui se voit n'est qu'apparence.

La dualité : tout dépend de l'angle sous lequel on regarde les choses...

La dualité constitutive de l'univers n'a de sens que par rapport aux modalités de perception de l'entendement humain.

Il s'agit donc non pas d'une dualité en-soi mais d'une dualité pour-soi (pour l'homme).

Penser l'immatériel, c'est simplement prendre la pleine mesure de la limite de l'homme, "être" infiniment fini, plongé dans les ombres d'une réalité incommensurable et totalement insaisissable, et qui n'a pour éclairer son chemin qu'une très faible lueur : celle de son entendement.

 Patrice Weisz

1"brain in a vat" expérience de pensée imaginée par Hilary Putnam en 1981 qui symbolise le summum du septicisme en postulant que le monde est un ensemble de stimuli artificiels envoyé électriquement par un ordinateur directement au cerveau. Thématique reprise dans le film Matrix.

2"Tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature " Pascal, Pensées n°72

 

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34- Philosophie de la matière

34- geopoliticus1

La fin de la philosophie de l'esprit

Après de nombreuses discussions sur le blog très instructif de François Loth :

http://francoisloth.wordpress.com/

Je me suis rendu compte que les philosophes de l'esprit d'aujourd'hui sont quasiment tous matérialistes et que les théories dualistes ne sont pas très prises au sérieux, car beaucoup moins attractives que les nouvelles théories computationnelles nées avec l'informatique. L'école américaine en étant le fer de lance avec des auteurs comme Daniel Dennett, David Putnam et autre Marvin Minsky sans oublier mon préféré Douglas Hofstadter. Parallèlement à ces auteurs , le Jeu de la Vie de J.H.Conway et les travaux de A. Turing sur sa fameuse machine, donnent l'apparence de démystifier l'avènement de la vie, mais aussi le fonctionnement du cerveau. La fascination pour les ordinateurs qui jouent aux échecs, résolvent des problèmes mathématiques ou assistent les experts médicaux dans leurs diagnostics amènent la plupart des scientifiques et une grande partie des philosophes modernes à réduire le cerveau à une machine de traitement symbolique.

La machine de traitement symbolique parait actuellement être ainsi le modèle le mieux adapté pour tenter de modéliser le cerveau. Le cerveau manipulerait alors des symboles formels vides de sens dont les mots du langage ("Je", "Voiture", etc.) en formeraient une partie ; une autre étant les images mémorisées reliées à des perceptions extérieures ( l'image de la voiture, etc..).

Curieusement, tout en comparant le cerveau à un ordinateur, pratiquement aucun de ces auteurs ne peut se résoudre à imaginer que les ordinateurs penseront un jour.

Mais si le fonctionnement du cerveau est comparable à celui d'un ordinateur il n'y a alors que deux choix possibles :

Notre cerveau "matériel" nous donne l'illusion d'être responsable de nos pensées en traduisant certaines de nos actions dans notre langue naturelle (1)

Notre cerveau génère une conscience "réelle" car son architecture matérielle a dépassé le niveau de complexité relationnelle nécessaire (2).

Examinons ces deux visions matérialistes :

1) On ne pense pas mais on a l'illusion de penser et donc l'existence de nos idées seraient  "une vue de l'esprit" si je puis dire. Les idées ne seraient alors que des symboles décrivant des processus neuronaux permettant grâce au langage de les nommer, tout comme les instructions d'un langage informatique décrivent des processus électroniques de plus bas niveau, sans qu'il n'existe de différences de nature autres que descriptives entre eux. Les instructions d'un langage informatique permettent en peu de mots de lancer des processus regroupant des millions d'étapes constituées par des instructions (opérations en binaire) du microprocesseur. Mais malgré le fait que le programme soit le soft (le logiciel) et commande le hard (le matériel), les mots contenus dans la syntaxe du langage informatique ne sont pas plus que l'ensemble énorme de successions d'opérations basiques qu'ils désignent. Rien n'émerge ni ne se crée quand on change de niveau d'approche. Le changement de niveau facilite le travail du programmeur, mais il y a identité totale entre les deux strates de codification. Les mots du langage de programmation

(exemple de programme : PrintScreen "Hello World !")

ne servent qu'à plus facilement désigner de façon résumée la longue suite d'instructions fastidieuses à mémoriser destinée au microprocesseur. De plus en introduisant un niveau d'abstraction supplémentaire, cela permet de se rapprocher de la syntaxe d'un langage naturel synthétique (en général l'anglais) au lieu d'utiliser la symbolique quelque peu hermétique et développée du langage machine.

Cette analogie tentante de l'ordinateur et du cerveau se traduit sur le plan neuronal de la façon suivante :

Au niveau bas il y a les milliards de neurones qui s'échangent de gigantesques quantités d'informations ; au niveau haut un langage appris (par exemple le français) permettant l'assemblage de phrases. La distinction essentielle néanmoins réside dans le fait que dans le premier cas, celui de l'ordinateur, il y a un informaticien programmeur qui décide d'un déroulement d'instructions en fonction d'un objectif précis; et une fois son travail accompli, le programme est lancé et ordonnance les micro-instructions nécessaires.

Par contre si l'on maintient cette analogie dans le cas du cerveau, il n'est pas aisé de définir qui est le programmeur...

Donc il parait assez logique, quand on est matérialiste, d'imaginer que l'assemblage syntaxique des phrases du langage dont sont forméees nos pensées soit lui-même aussi généré par l'activité neuronale. Donc les pensées ne peuvent précéder les processus neuronaux, mais leurs sont alors concommittentes ou postérieures.

Il y aurait alors des processus neurologiques qui s'exécuteraient de façon déterminés par des stimulis électriques intérieurs ou  provenant de l'extérieur et une certaine configuration du réseau qui engendrerait une réponse induite par cet état. Et il y aurait nécessairement d'autres processus en parallèle qui se chargeraient de traduire les premiers en entités syntaxiques de façon à assembler les phrases formant les pensées. Ce qui forme la conscience (la succession des pensées dans un langage appris donné) seraient alors des processus de bas niveau codifiant d'autres processus de bas niveau et permettant ainsi de les décrire. La causalité ainsi induite de l'esprit sur la matière (je lève mon bras) serait alors celle d'un processus physique (la volonté) sur un autre processus physique (l'action musculaire) décrit dans un langage par un troisième processus physique (la codification syntaxique de la pensée). Mais la pensée ne pourrait donc agir en tant que telle car elle serait elle-même le reflet passif d'une action physique.

Le cerveau serait alors une sorte d'ordinateur élaboré, générant au fur et à mesure de son action le programme écrit en langage naturel décrivant ce qu'il fait. Mais doté ou pas de système neurologique de transcription élaboré, il génèrerait une action (un comportement) de toute façon en réponse à ses stimulis. L'apprentissage du langage, nécessaire à la formulation des pensées, ne ferait que rajouter des processus de codification à haut niveau de ce qui se déroule au bas niveau, donnant l'illusion de les commander, mais n'étant qu'un épiphénomène passif.

De plus tous ses "processus" neurologiques ne seraient pas transcrits en langage naturel, et resteraient inconscients, principalement pour ne pas surcharger notre conscience d'un afflux excessif et trop rapide de descriptions répétitives du type "je respire" puis 10 secondes après "je respire" à nouveau, pendant que "je fais un pas" ; "je réfléchis à ma liste de courses", etc..Laissant la conscience se concentrer sur l'essentiel ; celle-ci étant de toute façon très lente, quasiment au rythme du langage oral.

La position matérialiste ici décrite empêche de pouvoir dissocier les pensées des processus physiques les portant et retire ainsi toute causalité possible à l'esprit, le ramenant alors à une activité descriptive. Seul les processus neurologiques (donc physiques) peuvent être causaux et engendrer un changement dans le monde, une action.

Cela se traduit donc par la perte totale de libre-arbitre ou d'autonomie des pensées. Les neurones répondant parfaitement aux déterminismes physiques découlant des informations qu'ils reçoivent engendreraient alors des pensées dont la succession seraient prédéterminées physiquement. Cette vision mécaniste laisse le sentiment désagréable d'être un robot dont le comportement (les outputs) sont directement liés à ses inputs et à son état à l'instant t comme dans les représentations mathématiques des automates cellulaires.

Le fonctionnement du cerveau pourrait alors se modéliser mathématiquement à l'instar de tout processus physique.

2) L'acte de penser est réel et ajoute quelque chose de tangible au fonctionnement des circuits neuronaux, mais alors dans ce cas il n'y a aucun empêchement à imaginer qu'un jour les ordinateurs puissent penser. Le passage à la pensée serait l'avènement du dépassement d'un certain seuil critique de complexité. En d'autres termes le jour où les ordinateurs seront aussi élaborés que le cerveau humain, alors ils penseront aussi. La grande complexité de systèmes de matière (neurones, condensateurs électroniques, interactions de l'écosystème, etc..)pourrait alors engendrer une conscience et les ordinateurs deviendront autonomes et intelligents à l'instar de toute autre système micro ou macroscopique d'éléments de matière d'un niveau de complexité relationnellle équivalent.

L'un des problèmes que cela pose, c'est justement le passage du non pensant au pensant, sous prétexte que le seuil de complexité est dépassé. En quoi l'augmentation parallèle d'un nombre d'éléments constitutifs et de leurs relations peut générer spontanément quelque chose de différent ? Cela fait penser aux vieilles théories de la génération spontanée de la vie (les vers qui apparaissent miraculeusement dans le fromage, etc..). Et ce quelque chose de différent, c'est-à-dire la conscience ainsi créée, est-il de nature autre que la matière ou reste-il encore de la matière ? Si nos pensées ne sont plus de la matière, alors le principe de la clôture causale n'est-il pas rompu ? En d'autres termes les interactions matérielles peuvent-elles engendrer autre chose que ce qu'elles sont, à l'image du courant électrique passant dans une bobine qui génère une force magnétique induite ? Il parait hasardeux de postuler qu'un haut niveau d'interaction matérielle engendre une autre substance dont seraient faites nos pensées et que l'on pourrait désigner par substance spirituelle. Ce point de vue ne peut être partagé par aucun matérialiste.

Réciproquement, si alors nos interactions neuronales n'engendrent pas une substance différente, alors nos pensées restent des processus matériels et la conscience une illusion, soumise aux mêmes déterminismes physiques que nos neurones et donc ne connaissent pas la liberté de penser. Le fait de franchir le seuil de complexité n'apporte rien de plus si ce n'est la capacité a transcrire de façon syntaxique dans un langage naturel des actions déjà décidées par le jeux de la nécessité des lois de la physique auxquelles tout système de matière est soumis. Et ce n'est pas en ajoutant "le hasard insondable" à cette "nécessité incontournable" que l'on peut plus défendre la liberté de penser, l'un des constituants nécessaires à distinguer notre condition d'être-humain par rapport à la condition d'être-machine d'un robot.

Mais apparemment aucun des "philosophes matérialistes de l'esprit" ne se résoud non plus à accepter de comparer l'homme à une machine.

Car à nouveau cela ne laisse pas de place à la liberté ou à la volonté. Mais la matière est régit par les lois de la physique, ce qui fait que de façon incontournable l'ordonnancement des pensées aussi suivrait la chaîne de causalité physique faisant évoluer le réseau des neurones en fonction de son état actuel et de ses caractéristiques. On voit bien là une sorte d'impasse.

Et pour en sortir différentes théories spéculatives voient le jour.

En résumé,  le débat actuel consiste à imaginer comment l'esprit peut interagir sur la matière et posséder des contenus sémantiques sans être d'une substance différente.

Pour tenter d'y arriver, un certain consensus se dégage, par exemple pour postuler :

une clôture causale incontournable (seule la matière peut agir sur la matière)

Un monisme matérialiste impératif ( la seule substance de l'univers est la matière)

Personne ne peut prouver à autrui qu'il pense ( donc les pensées ne sont pas des faits scientifiques), ce qui amène à des jeux  de l'esprit du type : comme être sûr que je ne sois pas le seul qui ressente des pensées ? Et si tous les autres étaient des zombies (sortes d'automates évolués mais écervelés) ?

L'externalisation des contenus sémantiques 

deux personnes strictement identiques (les clônes) peuvent avoir des pensées différentes dans la mesure où la sémantique d'une idée n'est pas contenue dans le cerveau de chacun mais indexe un contenu externe (le signifié) qui peut varier.

Le postulat de la clôture causale provient des équations fondamentales de la dynamique : si un esprit non matériel pouvait bouger mon bras, alors il y aurait sur le plan de l'univers matériel création d'énergie, car l'énergie nécessaire à lever mon bras ne viendrait pas d'un processus physique antérieur. Or il y a toujours conservation d'énergie même quand il y a création de mouvement. Donc le mouvement de mon bras est la résultante d'un transfert énergétique (le travail d'une force) et donc d'un processus matériel. Dans le contexte d'un monisme matérialiste, un esprit non matériel ne peut en conséquence actionner quelque chose de matériel. Du coup, l'esprit ne peut exister qu'autrement que de façon purement formel, syntaxique. Il n'est qu'un assemblage de mots sans action possible et vide de tout contenu. Il n'a alors aucune existence possible en dehors des processus matériels le codifiant. Les idées sont des symboles formels en attente d'interprétation. Et comme nous avons appris un langage, nous leur donnons un sens en les interprêtant, c'est-à-dire en associant un signifié, une sémantique à leurs constructions purement syntaxiques. Ce signifié est une relation désignant un contenu externe ou déjà mémorisé, dont l'origine est inévitablement par construction d'ordre perceptif. Le mot "voiture" est soit associé à l'image de la voiture se trouvant devant moi, soit à celle de la voiture dont je me souvient et qui a faillt m'écraser il y a quelques temps. Les mots se retrouvont donc être des symboles, construits les uns par rapports aux autres et dont les plus simples, ceux du 1er ordre, désignent des stimulis, ceux des ordres supérieurs d'abstraction étant construits par rapport à ceux du niveau en-dessous. Le symbole central et de plus haut niveau, qui permet de réunitarisé l'ensemble des processus sous-jacents, étant celui du "Je".

"Je" est donc un symbole dont la sémantique associée est l'intégration par sommation de tous les sens des autres symboles servant à le construire et dont certains désignent des "autrui" extérieurs.

La conscience de soi devient ainsi la capacité à pouvoir associer une sémantique au symbole "je" par un jeu de définitions en cascades de symboles d'ordre inférieur. Il faut d'ailleurs remarquer qu'un symbole similaire le "me" (moi en anglais) est déjà utilisé depuis plusieurs années en informatique, notamment dans les langages orientés objet et désigne soit le programme, soit une partie de celui-ci (un objet) en train de s'exécuter. Pour autant aussi élaborés que soient les nouveaux langages de programmation dont la syntaxe arbitraire est de plus en plus anthropomorphique si je puis dire, aucune personne à ce jour n'imagine que le programme qui s'appelle lui-même "moi" recouvre une réalité de pensées ou possède une quelconque conscience qui émergerait spontanément du choix des mots formant sa syntaxe.

Donc le point de vue matérialiste est dans l'incapacité de restituer une quelconque explication convaincante au phénomènre de la pensée et aboutit nécessairement à la négation de la conscience (et pourtant "je" pense de façon indéniable) ou une impossibilité d'agir de la pensée.

Par contre, dans une vision dualiste du cosmos, l'esprit et la matière sont intimement liés. La matière n'est que la face visible (phénoménale) d'une réalité spirituelle inaccessible aux sens. Il n'y a plus dans ce cas contradiction avec le principe de conservation de l'énergie si cher aux physiciens, car quand la matière agit, c'est en fait l'esprit qui agit et ainsi l'action de l'esprit sur la matière est la seule action possible.

La position dualiste originale que je défend ici , affirme que la matière n'agit pas sur la matière, mais qu'en chaque instant, c'est l'esprit qui agit sur la matière. Quand l'esprit humain croit déceler une relation de causalité entre une cause matérielle et son effet matériel postérieur, relation décrite nécessairement par le déterminisme des lois de la physique, alors il ne fait que modéliser une cause élargie d'ordre spirituel agissant simultanément sur deux phénomènes successifs.

Il n'est pas aisé de décrire comment une cause réelle, mais hors du temps, engendre deux phénomènes, qui n'en sont qu'un, perçus par l'homme comme "causaux" et successifs.

Tentons une fois de plus une approche géométrique de la relation entre la substance "esprit" et notre espace-temps fondant la seule existence reconnue scientifiquement, celle de la substance "matière" :

Nous découvrons la réalité phénoménale qui nous entoure à la vitesse d'écoulement continue de notre temps relatif. Mais en fait celle-ci n'est qu'une fenêtre à 4 dimensions (espace et temps) se déplaçant sur une hyper-forme pluri-dimensionnelle déjà là. La causalité n'est que l'expression de la continuité (au sens mathématique) de la surface de cette hyper-forme dans laquelle notre espace-temps découpe une intersection perceptible (les phénomènes matériels). Et le non-causal, l'imprévu, n'est que l'effet d'une discontinuité (au sens mathématique) de cette hyper-forme dûe à une rupture ou à un mouvement non complètement contenu dans l'espace-temps. L'esprit est la façon de nommer la partie de cette hyper-forme hors de l'espace-temps, et la matière, la partie qui s'y trouve. Toutes les formes "réelles" sont des hyper-formes d'une densité de dimensions infinie (car la notion de dimensions n'existe pas hors de l'entendement humain) et donc ont un "côté" fait d'esprit et l'autre de matière. Le cerveau est un point de liaison entre le phénoménal matériel que son entendement perçoit extérieurement en distances d'espace et de temps et le monde réel a-dimensionnel non contraint physiquement dans lequel celui-ci peut agir mais qu'intérieurement. Cela n'est pas propre au cerveau mais est la réalité constitutive du grand monde et est donc partagé par tous les systèmes quels qu'ils soient. J'y reviendrais.

Du coup, quand notre volonté décide de lever notre bras, ce sont les processus physiques supportant nos pensées qui transmettent l'énergie nécessaire aux muscles, mais c'est l'esprit qui en fait commande la matière. L'esprit bien que non palpable a une action concrête dans l'évolution du monde. Ma volonté a un sens est agit réellement sur le monde physique. Le libre-arbitre est possible. Mais à toute modification de pensée correspond de façon parfaitement "bijective" une modification matérielle, un chamgement d'état neuronal. L'esprit n'a aucune autonomie par rapport à la matière et réciproquement car ils sont comme le pile et le face d'une même pièce. Les changements d'états neuronaux suivent l'ordonnancement imposé par la causalité et les lois de la physique, qui ne sont en fait que la traduction mathématique du fonctionnement même de la réalité spirituelle.

Les deux substances sont une seule et même entité, la matière étant la partie "visible" immergée dans l'espace-temps et l'esprit celle sans dimension ni étendue, mais conduisant l'évolution du monde. L'esprit et la matière sont les Ying et les Yang formant l'univers au-delà de ses limites spatio-temporelle.

Les lois de la physique sont donc les lois de fonctionnement de l'esprit. Les lois de la physique sont invariantes dans l'espace et le temps, car l'esprit est en dehors de l'espace-temps. La vision dualiste ne fait qu'améliorer la vision matérialiste tout en préservant les acquis scientifiques existants ou à venir.

Le principal argument contre le dualisme est celui de la simplicité. Pourquoi introduire une 2e substance (l'esprit) quand une seule suffit (la matière) ?

Cet argument n'a aucune valeur, car il s'avère plus complexe voir impossible de tenter d'expliquer le fonctionnement du cerveau (ou de l'univers) avec une seule substance plutôt que 2 qui résolvent ensemble bien des questions actuelles.

La philosophie de l'esprit moderne, en adoptant le point de vue matérialiste, s'est retirée elle-même toute consistance et a basculé dans le plus pur physicalisme. La philosophie de l'esprit a tué l'esprit au profit de la matière cédant au chant des sirènes de la science moderne. Elle s'est elle-même privée de son objet et s'effacera progressivement devant les avancées du réductionnisme scientifique le plus pur, ne contribuant plus à la réflexion critique nécessaire du matérialisme roi.

En conséquence elle bute, tout comme la science matérialiste, sur les mêmes questions laissées sans réponse possible, car tournant en rond dans l'incomplétude d'un système de pensée "Gödélien" auquel il manque l'axiome de départ, incontournable pour en lever l'indécidabilité.

Patrice Weisz

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33- La cause première


Dieu peut-il se prouver ?

Au fur et à mesure des publications sur ce blog je tente de donner une vision du monde médiane, entre science et religion, montrant les limites des uns et des autres et esquissant un espace de conciliation possible.
En philosophie, des preuves classiques de l'existence de Dieu sont étudiées, forgées par les plus grands penseurs de l'histoire, mais hélas toutes discutables.
Le principe de causalité si cher aux scientifiques, en amène une, difficile à contourner, c'est la preuve de la cause première :

"Si tout évènement est l'effet d'une cause antérieure, alors il existe nécessairement une cause première à toute chose, non causée. On appelle alors Dieu cette cause à l'origine du Monde."

On a discuté ici le principe de causalité, qui s'avère être un principe non démontré, une attitude de pensée nécessaire à l'avancée scientifique. Sans ce principe, la science ne peut rien expliquer. Mais en introduisant ce principe, elle crée elle-même le mystère des origines qui remet en cause la vision purement matérialiste.
La causalité au sens strict est un principe déterministe, dans lequel le hasard n'intervient pas. C'est une vision du monde pré-relativiste et pré-quantique.
Mais la succession de causes purement déterminées doit nécessairement avoir un point de départ, et c'est là où le bas blesse.
Que l'on soit déterministe ou indétermiste, il est nécessaire d'introduire le hasard comme étant à l'origine du monde, ce qui se traduit selon la théorie actuelle du Big-Bang, par une vibration énergétique aléatoire un peu plus forte que les autres venant agiter le vide quantique originel et donnant naissance aux premières particules.
Carnot à une époque déterministe, définissait le hasard comme le croisement de 2 chaînes de causalité indépendantes.
Si le monde avait débuté par hasard, alors d'après sa définition, cela suppose au moins deux causes indépendantes antérieures à son commencement. Oui mais dans quoi ? Ces causes seraient donc antérieures au début du monde, situées avant et au-dehors de l'espace-temps de la cosmologie actuelle issue du vide il y a 13,6 milliards d'années.
Si on abandonne cette définition classique du hasard, le problème de l'origine reste entier.
Poser un hasard ontologique, non causé, et "causant" des phénomènes indéterministes, appartenant structurellement au monde de la matière, apaise l'esprit mais ne résoud rien.
Cela ne fait que déplacer le problème sur la vraie nature du hasard.
Si la cause première est le hasard, alors qu'est-ce que le hasard ?
J'ai essayé de montrer ici que le hasard ne pouvait pas exister, qu'il n'était que phénoménal, c'est à dire observable mais pas réel. Qu'il était ce que l'homme ne pouvait pas expliquer causalement. Soit par la limitation de ses sens, soit par la limitation de son entendement, soit par la limitation de ce que le monde nous donne à voir de part sa constitution.
La barrière de Plank qui fixe une limite infranchissable à notre investigation dans l'infiniment petit est la frontière incontournable entre la réalité du monde et celle des phénomènes observables.
Ce qui fait que dans le monde physique, phénoménal, le hasard peut apparaitre, comme étant à l'origine de phénomènes non déterminés causalement.
Cette dichotomie entre le causal et l'indéterminé est donc liée à la limite du champ d'investigation de l'homme.
Si le principe de causalité est un principe conditionnant par construction les schémas conceptuels de la pensée humaine, alors il pourrait très bien n'avoir aucune réalité ontologique.
Encore qu'il s'avère que l'ontogénèse de la pensée humaine répond à une construction darwinienne. Dit autrement, nos schémas de pensée collent au fonctionnement apparent de notre réalité, car ils se sont élaborés dans celle-ci, au cours de générations et de générations, nous donnant génétiquement des avantages sélectifs, adaptés à notre environnement.
Si le principe de causalité est si fortement ancré dans notre façon d'appréhender le monde qui nous entoure, c'est que celui-ci répond en partie à ce principe.
Les processus darwiniens ont dotés nos sens de possibilités adaptés à notre environnement, mais ont aussi dotés notre entendement de schémas nous permettant de nous rendre celui-ci compréhensible.
Mais cette compréhension est une compréhension de surface, adaptée à notre échelle et sur notre planète, qui n'a pas été élaborée empiriquement pour répondre à d'autres contextes et surtout pas à l'inobservable ou au passé lointain.
Ce qui fait que l'on plaque un principe explicatif généré par notre environnement quotidien à une réalité dépassant totalement les possibilités de notre entendement.
D'où les paradoxes et les questions laissées sans réponse.

Malgré tout il faut faire avec.
Et du coup, même si le monde ne répond pas au principe de causalité (ce qui est sûrement le cas, car pourquoi serait-il fidèle à l'image restreinte que l'on s'en fait ?) , on ne peut qu'imaginer qu'il y réponde. Car comment concevoir que chaque chose ne soit pas causée ? Comment imaginer un évènement sans cause ?
Pour ma part, malgré le fait d'être conscient de l'emprisonnement que je subis par les limites de mon entendement, je ne peux néanmoins me résoudre à imaginer qu'un phénomène apparaisse sans être l'effet de quelque chose. Du coup je ne peux me satisfaire du hasard comme étant à l'origine de quelque chose, car cela reviendrait à postuler que quelque chose survienne sans cause. Je ne parle pas ici du hasard comme étant une cause ignorée, une méconnaissance, mais comme étant l'absence de cause déterminante.
Si alors chaque chose possède une cause déterminante, le hasard ne peut être qu'apparent. L'indéterminisme observé, notamment en physique quantique est alors un indéterminisme phénoménal, cachant une réalité déterministe.
Chaque évènement a alors une cause certaine, mais celle-ci ne nous est pas accessible, non pas par ignorance mais comme étant la résultante de la conjonction des propriétés du monde et de celle de notre constitution mentale.
Le réel nous est inaccessible, donc les causes non visibles phénoménalement aussi , nous faisant appeler cette absence de causes observables le hasard.
Le hasard n'est pas ontologique, il n'est que physique, la physique ne s'occupant que de l'observable. Et le phénomène hasardeux ne l'est que pour nous, sans possibilité hélas de le voir autrement.
Ce qui fait que le problème de la cause première reste entier, que l'on soit scientifique ou non. Car les hypothèses actuelles faisant jaillir le monde du vide quantique font appel à des processus aléatoires qui ne peuvent qu'avoir des causes réelles certaines.
Ou alors le monde ne répond pas au principe de causalité, mais alors que penser d'un modèle cosmologique construit sur ce principe ?
Ou alors le monde ne réponde que partiellement au principe de causalité, donc le frémissement originel du vide n'a pas de cause ce qui choque l'entendement et parait bien arbitraire et posé là comme point de départ, moins crédible dans son explication que n'importe quelle croyance religieuse.
Ou alors le frémissement des origines a des cause multiples, et c'est cette multiplicité que l'on nomme l'incertain, ce qui ne retire aucune réalité à ce qui l'engendre et dont il faut aussi tenter l'explication. Ce qui ne fait que faire reculer d'un pas en arrière dans la chaine de causalité.

On voit bien ici l'impasse dans laquelle se trouve la science actuelle. Cette impasse est engendrée par le procédé de construction de la science et n'est pas une impasse en attente d'informations nouvelles. Cette impasse est la simple conséquence du principe de causalité qui imprègne notre entendement et du manque de définition du hasard, bouche-trou colmatant les failles du déterminisme.
Le hasard ontologique heurte la logique et remet en cause la démarche scientifique, le hasard de surface suppose une réalité déterministe et nécessite donc un point de départ non matériel, en dehors de l'espace-temps qu'il est supposé engendrer.


La preuve classique de la cause première nous amène donc rationnellement à postuler un élan créateur réel, déterminant le commencement du monde, que l'on voit celui-ci comme étant cyclique ou singulier, qu'il y ait eu des millards d'univers précédant le notre ou que notre univers soit singulier et premier.
Si le temps était infini, le présent ne pourrait être car il n'arriverait jamais. Le fait que le présent soit, suppose un passé fini, et donc un début. Il faut donc un début au temps, et donc une cause en dehors du temps à ce début. Si le temps est une dimension comme une autre, il a pu commencer à exister au même moment que l'espace, à partir du vide. Mais cette genèse originelle n'a pu être que le fruit d'un évènement primordial.
La science, ou plutôt l'esprit humain, se retrouve donc à devoir poser une singularité originelle comme point de départ à tout ce que l'on peut dérouler ensuite causalement.
Donc en conséquence, dans l'hypothèse minimaliste dans laquelle le principe de causalité n'est pas constitutif du monde mais simplement de notre entendement, celui-ci exige rationnellement un élan créateur comme point de départ à tout modèle cosmologique.
Cela revient à dire que l'on ne sait pas de quoi est faite la réalité inaccessible du monde, mais que la logique de construction de notre entendement et notre façon d'appréhender ce que l'on peut observer nécessite l'introduction d'un dieu (ou autre chose) comme cause première à tout.
Par contre dans l'hypothèse dominant actuellement chez les matérialistes scientifiques, où l'on pose le principe de causalité comme étant un principe réel, constitutif du fonctionnement de notre univers et indépendant de nos schémas de pensées, il faut aussi un dieu (peu importe le nom qu'on lui donne, le nom hasard étant préféré par certains) pour imaginer le début de l'univers.
Pour ma part je crois que le principe de causalité ne s'applique qu'à partir du moment où l'espace-temps existe. Il me parait constitutif de la réalité du monde, intégré progressivement par pur darwinisme dans nos schémas de pensées, et ne se laissant pas toujours voir.
En d'autres termes, l'avènement apparent d'une structure spatio-temporel a permis la création de matière, mais aussi l'ordonnancement des évènements, organisation nécessaire à ce que la causalité s'applique.
Avant cela point de causalité structurellement possible, et donc la preuve de la cause première n'a plus de sens dans un pré-monde sans dimension ni temps, ni matière.
Si le temps n'existait pas encore, pas de précédence possible, et donc pas de cause antérieure.
Du coup pas de cause première.
La notion de cause suppose que le principe de causalité puisse s'appliquer. Il faut donc trouver un autre concept pour expliquer le mystère des origines.
Ou une autre substance que celle de matière qui n'a d'existence que dans l'espace et le temps.
Si on postule une autre substance, qui existe en-dehors de l'espace et du temps, alors on peut imaginer qu'elle ait une réalité avant même la création de l'univers.
Cette autre substance ne répond pas aux principes de la physique et ne se localise pas dans l'espace ni dans le temps. Elle n'existe donc pas au sens physique et n'est observable qu'indirectement. Au passage, nous avions déjà vu (27- Les causes invisibles) que l'existence des forces de la physique est déduite de l'observation de leurs effets et non d'une observation directe. C'est donc la croyance dans le principe de causalité qui fondent la croyance en l'existence de forces invisibles auxquelles les scientifiques imputent les effets observés. La pierre chute, donc il existe une force de gravitation qui en est la cause. L'univers existe donc il y a une substance primordiale qui en est la cause (non physique) et qui ne peut être la matière.

Et cette substance primordiale  peut donc être-là avant même la création de toute structure spatio-temporelle. Elle peut même être à l'origine de notre univers ou du premier univers, sans pour autant en être une cause au sens physique.
Cette substance ne remplit pas le pré-monde, ne le peuple pas : elle est le pré-monde; mais celui-ci n'a ni espace ni temps, donc ni commencement ni fin. Cette susbstance est métaphysique, c'est la réalité originelle, ayant toujours été là, et encore présente.
C'est aussi la réalité inaccessible du monde, dans lequel est né un univers physique.
C'est plutôt ce qui a engendré la forme de l'univers physique, ce qui le modèle encore actuellement.
Le monde physique suit curieusement certains principes physiques dans son évolution que l'on constate quotidiennement : ils sont les reflets observables du mouvement que cette substance n'a pas fini d'imprimer dans la matière.
Quand ces mouvements ne répondent pas au principe de causalité, on les appelle hasard. quand ils répondent au principe de causalité on les appelle les forces de la physique ou la superforce des théories unificatrices.
C'est cette autre substance qui est à l'origine du monde. Osons l'appeler "Esprit".

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Patrice Weisz
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32- Le Corps-Univers


Le corps de l'esprit de l'Univers.

Pourquoi dit-on de certains êtres qu'ils sont animés et d'autres inanimés ?
Etre animé est-ce équivalent à être vivant ? Qu'est-ce que la vie ?
On s'accorde à dire que le règle animal est vivant, que le règne végétal est vivant également mais pas le règne minéral. Quelle différence profonde y a-t-il entre un être vivant et un être non vivant ? La capacité à se reproduire ? L'existence de processus homéostasiques ? L'auto-organisation apparente ? L'existence d'un cycle de vie impliquant une durée de vie ? Ce qui vit n'est-ce pas simplement ce qui peut mourir ? Le virus vit-il ? La planète Terre vit-elle ? Les cristaux qui se reproduisent vivent-ils ?
La définition de la vie est une définition aux limites floues, l'une de celles qui me parait la plus générale est :

Etat d'activité de la substance organisée

Cette définition, extraite du grand dictionnaire de la langue française (site Mediadico) , concentre en peu de mots les grandes caractéristiques de ce qui fait que l'on peut dire d'un être qu'il est vivant. Ce qui est inerte n'est donc pas considéré comme vivant. Le cristal, substance matérielle organisée, même s'il a la capacité à se reproduire ne contient pas d'activité donc n'est pas vivant. La vie suppose donc l'organisation et le changement, le mouvement.
Voici d'autres définitions... . tirées de Wikipedia :

Selon la NASA, est vivant tout système délimité sur le plan spacial par une membrane semi-perméable de sa propre fabrication et capable de s'auto-entretenir, ainsi que de se reproduire en fabriquant ses propres constituants à partir d'énergie et/ou à partir d'éléments exterieurs.

La vie est un état organisé et homéostatique de la matière.


Ou :

Mode d’organisation de la matière générant des formes diverses, de complexités variables, en interaction et ayant comme propriété principale de se reproduire presque à l’identique en utilisant les matériaux et l‘énergie disponibles dans leur l’environnement auquel elles peuvent s’adapter.

Les définitions précédentes sont plus complexes car elle se veulent scientifiquement correctes. Elles sont empiriques, car bien évidemment extraites de notre observation de la biosphère. Elles introduisent aussi la reproduction.
Peut-on effectivement désigner comme vivant un être n'étant pas doué de la capacité à se reproduire ?
De plus en plus, on entend les biologistes parler de la mort programmée génétiquement des êtres vivants.
Par exemple, l'homme se met à vieillir car ses gênes en ont décidés ainsi : il est, à un moment, temps de mourir pour laisser la place à d'autres êtres afin de renouveler l'espèce et ainsi assurer sa pérennité par une réadaptation possible à l'environnement, ceci de génération en génération. En veillisssant, les cheveux blanchissent, les cellules se reproduisent de moins en moins. En théorie, rien ne les empêchent de continuer à se régénérer de la même façon. En pratique, il y a des gênes responsables du vieillissement qui envoient les ordres de la mise "hors service" progressive.
Le corps ne s'use pas naturellement, il est de moins en moins bien entretenu au cours du temps. Les femmes ont un capital d'ovules limités décidé avant même leur naissance, au 6ème mois de l'embryon. Une fois ce capital épuisé, c'est la ménopause. Non pas que la femme serait trop vieille ou trop faible pour porter des enfants tardivement, mais simplement qu'il est temps de passer le relais.
Le corps humain est fait mystérieusement pour durer un certain temps (120 ans maximum) . Pourquoi ? Quelle mystérieuse loi de sélection naturelle pourrait aboutir à cette durée ? Afin d'éviter la surpopulation ? Mais comment les gênes pourraient intégrer la superficie habitable de la planète alors que la population de l'homme n'a fait qu'augmenter ?
Les gènes gèrent absolument tout du cycle de vie des être vivants, sans pour autant que l'on puisse expliquer d'où leur vient cette connaissance à priori, car elle ne peut être déduite d'expérimentations empiriques, d'un loi de sélection mémorisant curieusement certains avantages "concurrentiels" par rapport à un environnement en mutation et à d'autres espèces en compétition.
Les gènes décident de la durée de vie de chaque espèce, pronostiquant arbitrairement un taux de renouvellement nécessaire des générations, fonction de leur nombre, de leur complexité, et du nombre de leurs prédateurs. Difficile de se dire que cela s'est fait par ajustements successifs, empiriquement, Mais à défaut d'autres explications, celle de Darwin reste encore valide.
Le principe de la sélection naturelle induit donc la mort et la reproduction pour pérenniser l'espèce.
Mais est-ce cette mort programmée qui induit la reproduction pour ne pas arriver à l'extinction de la race ou l'inverse afin d'éviter la surpopulation ?
Et comment peut-on juger de la capacité d'un être à se reproduire si on ne détecte pas ses mécanismes de reproduction ?
Imaginons un être qui vivrait des millions d'années, détecterait-on qu'il se reproduit ? De la même façon comment peut-on juger de la capacité d'un être à mourir si sa longévité est supérieure à celle de la race humaine ?
Prenons un exemple : dans l'hypothèse Gaia, James Lovelock soutient que la terre est un organisme vivant, et donc que le réchauffement de la planète aura pour conséquence de briser les mécanismes qui maintiennent ses équilibres. Si on réchauffe trop la planète, elle mourra et ainsi ne préservera plus la vie des êtres qui la peuplent. Dans cette hypothèse, la terre a une certaine température d'équilibre (environ 13 degrés en moyenne) comparable au 37 degrés du corps humain.
Le corps humain ne support pas des écarts de plus de 5 degrés sans remettre en cause ses processus vitaux. Si la température intérieure de l'être humain augmente ne serait-ce que de 10 degrés, c'est la mort assurée, donc la cessation de toute activité de maintien de son organisation et en conséquence l'entrée dans des processus de dégradation irréversibles aboutissant à une mort certaine. Lovelock postule qu'il en est de même pour notre planète.
Elle peut donc mourir (et nous avec) si on continue à favoriser l'effet de serre. Aujourd'hui elle n'est heureusement encore que sous l'emprise d'une grosse fièvre.
Mais on peut tout aussi bien analyser la Terre comme un système inanimé et y observer les mêmes processus d'auto-régulation. Car la vie n'est peut-être qu'un point de vue.

A la lumière de cet exemple on se rend compte que les processus vitaux sont des processus physico-chimiques . La vie ne se caractérise pas scientifiquement par autre chose que des processus matériels. La science d'aujourd'hui dans sa vision essentiellement matérialiste, ramène la vie à des processus physico-chimiques, et plus du tout à un principe vital incarné dans la matière. Du coup, la Terre ressemble alors, du point de vue biologique, à un organisme vivant unique non doué de reproduction.
L'imbrication de tous les cycles naturels, le cycle de l'eau, de la transformation d'énergie, des cycles écologiques entretenus en commun par plusieurs espèces animales et végétales sont les processus homéostasiques de la terre pour essayer de se maintenir en vie.
L'auto-organisation de la matière qui aboutit aujourd'hui à l'existence de toutes les espèces vivantes, participe de la même façon à la maturation d'un vaste organisme vivant qui est la Terre, somme organisée des 3 règnes animal, végétal et minéral.
Le point de vue matérialiste stipule que la conscience est une propriété émergente de la complexité de la matière, de la même façon il stipule que la vie est une propriété émergente de la complexité de la matière. A ce titre, toute complexité d'organisation peut engendrer une conscience et également de la vie. Et ceci indépendamment de la nature de ses constituants.
Ce n'est pas parceque la vie sur terre est articulée autour de l'eau et du carbone qu'il doit en être obligatoirement ainsi pour tout être vivant. La vie n'est en définitive qu'un ensemble de processus issus de l'auto-organisation de la matière.
Mais un système constitué de systèmes complexes peut-il être autre chose que complexe ?
A priori la complexité résultante de l'organisation de systèmes complexes ne peut-être que d'un niveau plus complexe encore. En d'autres termes, l'interaction de milliards d'individus humains, animaux, végétaux avec leur environnement, eux-mêmes constitués chacun de millions de processus interagissant ensemble crée une organisation globale aboutissant à un organisme de très haut degré de complexité.
La science dans son approche réductionniste étudie les parties composant ce vaste ensemble, et donc ne peut en examiner les propriétés émergentes.
Les propriétés émergentes du macroscope (d'après la terminologie du biologiste Joël de Rosnay) ne se voient pas au microscope. Même si la Terre est réellement vivante, on pourra toujours interprété n'importe quel processus observé comme un processus naturel ne caractérisant pas spécifiquement la vie.
Au microscope, la vie n'est qu'une combinatoire de molécules, d'atomes sans vie répondant dans leurs comportement à l'actio de forces physiques. La vie ne peut s'observer, car elle n'est constituée que de processus mécaniques. La cellule, à la loupe, est une usine de fabrication moléculaire, une incroyable chaîne de montage miniaturisée. On ne peut observe la conscience au sein des neurones, et on ne peut observer la vie à l'intérieur des cellules.
La science dans son approche réductionniste ne peut que faire le constat d'une matière inanimée mais hautement organisée dans le vivant est faiblement organisée dans l'inanimé. Tout comme elle différencie la possible présence de conscience en introduisant des différents degrés de complexités dans les systèmes qu'elle décortique, elle différencie le vivant de l'inanimé par des différence de degrés d'organisation.
S'il y a certains principes (auto-régulation, auto-conservation, auto-reproduction) observés alors il y a de la vie, sachant que tout cela sort de l'auto-organisation de la matière. Tous ces "auto" rendent le hasard très intelligent ou très peu crédible !

Gaïa a un corps, c'est la planète Terre. La Terre est un corps vivant. Vraisemblablement doué d'esprit comme je l'ai montré précédemment. Esprit issu de l'interaction des milliards d'individus la peuplant.
Mais ce raisonnement peut lui-même s'étendre au tout, à l'univers. L'univers est un corps.
Il est né il y a 13 milliards d'années, il s'est organisé. Il est très actif. On observe une faible partie de son activité sur Terre, restreint dans notre investigation par des distances incommensurables.
Notre observation sur terre est comparable à celle de l'observation de l'activité interne d'une cellule composant une structure biologique vivante plus vaste. Si on regarde l'univers comme un vaste ensemble, alors l'organisation de notre planète est un exemple local. Mais la terre interagit avec le Système solaire, lui-même avec la galaxie, et elle avec d'autres galaxies. Les organisations imbriquées ne sont pas indépendantes malgré les distances.
Si l'expansion de l'univers est cyclique, et il est difficile de penser autrement l'univers à partir du moment on l'on fixe une origine , alors l'univers a un cycle de vie. C'est un être qui nait, grandit, évolue et va peut-être vers sa mort, source d'une autre vie future.

Une théorie prédit que la matière engloutie par les trous noirs donnent naissance à d'autres univers, que la singularité spatio-temporelle, la catastrophe (selon le vocabulaire du mathématicien René Thom) engendrée par l'hyperdensité ponctuelle de masses crève la structure de l'espace-temps. Le trou noir serait l'envers d'un big-bang. On peut y voir ici un mécanisme de reproduction de cet organisme-univers, agissant de son vivant. C'est une explication possible de la naissance de l'univers, des univers.
Mais il me semble malgré tout raisonnable de penser qu'il faille que la densité de matière absorbée soit identique à celle constituant notre univers, ceci afin de batir une hypothèse qui puisse s'appliquer à notre monde observable
Si la densité de la matière noire frène suffisamment l'expansion de l'univers il ira vers une contraction donnant à son tour un big-bang après un big-crunch.
Par contre si l'univers va vers une expansion infinie, il ira vers une mort lente, engendrant thermodynamiquement des points d'organisation de plus en plus complexes. Et les trous noirs finiront par happer au cours de leurs périgrination de plus en plus de matière jusqu'à peut-être n'en former plus qu'un seul par agrégation duquel un autre univers surgira.
L'univers est un être en perpétuelle gestation, c'est un système complexe vivant. Et de sa complexité émerge également une conscience, la métaconscience de l'univers, non observable.
Du point de vue déiste, la métaconscience de l'univers est la transcendance du Dieu-réalité et le corps-univers est l'immanence de Dieu.
Le corps univers est un méta-organisme constitué de l'imbrication de tout ce qui existe, de tout ce qui vit, de tout ce qui tourne, de tout ce qui nait et meure. Les étoiles, les galaxies sont son organisation.
Dieu est alors l'Un du "tout est Un", constitué à la fois d'un corps, l'univers matériel et d'un esprit, la réalité non observable, source de tout principe d'organisation. C'est l'esprit qui forge le corps, qui crée l'auto-organisation apparente de la matière. Et c'est cette complexité croissante du corps qui fait émerger la conscience localement parmi les êtres vivants mais qui fait tout aussi bien émerger la méta-conscience au niveau global de l'univers.
Rien n'arrive par hasard, mais le sens de ce qui arrive n'est pas à trouver dans une vision anthropocentrique du monde, mais dans une vision holistisque de l'univers.
Les voies du Seigneur sont impénétrables si on ne regarde que l'homme mais prennent un sens si l'homme n'est qu'une partie du Tout en évolution.
Le principe de l'évolution n'est pas anthropique, Dieu ne s'occupe pas plus des hommes que du reste. C'est un principe d'émergence de la conscience. Tout est fait pour que la conscience jaillisse
L'esprit de Dieu façonne l'univers vers une organisation permettant l'émergence d'une conscience universelle, dont notre propre conscience est le rudiment, l'embryon spirituel.
Le corps humain se développe progressivement à partir d'un ovule fécondé, selon un plan inscrit dans ses gènes. La conscience humaine émerge progressivement de l'organisation complexe du réseau neuronal, de sa structure qui en est à la fois la mémoire et le support.
De la même façon, l'Univers se développe progressivement à partir de l'oeuf big-bang selon des directives inscrites dans les lois de la physique qui dictent comment assembler la matière. L'évolution de l'Univers est la conséquence de la direction qu'impriment les spécificités des lois de la physique , celles de la superforce, dans l'organisation de la matière. Et cette organisation est actuellement arrivée à faire jaillir localement la conscience au niveau le plus bas, mais se continue à différents niveaux imbriqués de plus en plus élevés.
Mais le niveau supérieur de conscience, celui de l'univers dans son ensemble n'est pas encore atteint, car la complexification de la matière n'est pas terminée. On a déjà atteint celui de l'espèce humaine forte de ses 6 milliards d'individus conscients en interaction complexe.
D'autres espèces de par leur nombre et leur organisation, notamment dans le règne des insectes (on estime à 30 millions le nombre d'espèces restant à connaître et donc à des centaines de milliards leur nombre total) ont vraisemblablement aussi atteint un niveau de conscience collective qui expliqueraient certains comportements de masse.
Mais ces exemples sont terrestres et suggèrent que la conscience peut exister à des niveaux d'imbrication différents selon le principe des poupées russes.
Où en sera l'organisation de la matière dans 1 milliard d'années ? S'il a fallut quelques millions d'années à la nature pour faire apparaitre la conscience humaine, sachant que l'évolution s'accélère, que va-t-elle faire apparaitre ensuite ? Si la matière continue son rythme effreinée d'organisation où en sera-t-elle à cette époque ? Sans faire intervenir aucune supposition farfelue, uniquement en regardant le chemin parcouru, il parait rationnel de conjoncturer l'émergence d'une conscience globale, infiniment plus élaborée que la notre et utilisant comme support matériel l'univers dans son ensemble.
Pour ma part je pense que comme l'esprit se cache derrière la matière, dès qu'il y a organisation, il y a déjà une forme de conscience même rudimentaire. Et cette idée, à l'échelle de la complexité de l'univers suggère déjà la présence d'une proto-conscience universelle en devenir. L'avenir spirituel de l'univers est l'avénement de sa méta-conscience, localisée précisément là où l'auto-organisation est la plus active, rien ne permettant de dire que c'est notamment sur terre que la complexité est la plus avancée.
Dieu a un corps et un esprit, et nous en faisons partie.

Et c'est dans cette unité du tout que réside la nouvelle espérance.
Patrice Weisz








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31-Existence et Réalité


Réalité de l'existence
ou existence de la réalité ?

Etre conscient, c'est être conscient du monde.
C'est percevoir des phénomènes en dehors de nous. Quand je me cogne dans un mur je ne peux nier l'existence du mur. La douleur est là pour me rappeler que ce n'est pas une illusion, que le mur est tangible et palpable. Que le mur existe bel et bien et qu'il faut que j'en tienne compte lors de mes déplacements. Le mur est localisé précisément dans l'espace. Mais ce mur est là, maintenant. Il est aussi localisé dans le temps. Il en est ainsi de tous les objets tangibles qui me sont donnés à percevoir par mes sens.
J'existe depuis ma naissance et mon existence prendra fin à ma mort. Il en va ainsi de tout ce qui compose le monde dans lequel je vis. Tout a une durée de vie, une durée d'existence. Le mur a été construit puis sera détruit un jour. Il a aussi une certaine durée d'existence.
L'existence du mur est constatable "objectivement", est partageable.
Ce qui existe est aussi partageable par d'autres. Tout le monde peut constater la dureté du mur.
Il n'y a rien qui me parait plus réel que ce mur cause de ma douleur momentanée. Son existence se constate par les sens, par la vue, le toucher.
Si nous étions privés de tous nos sens, pourrait-on affirmer que le mur existe ? Sans pouvoir le voir ni le toucher ? Imaginons un isolement total des sens, que nous resterait-il de notre conscience du monde ? Pas grand chose. Sans toucher, sans vue, sans ouie, sans odorat, que resterait-il du monde ? Comment constater alors ce qui existe, comment l'appréhender ?
Peut-on encore dire que quelque chose existe si on ne peut pas le percevoir, l'observer, d'une façon ou d'une autre ?
Ce pourrait-il aussi que des "choses" échappent à nos sens, ou que nos sens ne nous permettent que de percevoir une toute petite partie du monde ? Et peut-on trouver une quelconque nécessité dans nos sens à nous retranscrire tout ce qui appartient au monde ? Ou a nous retranscrire le monde tel qu'il est ?
Et si nos sens nous jouaient des tours ou que l'apparence de ce qui nous entoure dépendait de la particularité humaine de nos sens ? Je vois le mur d'une certaine couleur parce que mes yeux interprètent la longueur d'onde de la lumière qu'il réfléchit comme étant une couleur donnée. Si mon oeil attribuait une autre couleur à cette fréquence lumineuse particulière, sans aucun doute je verrais le mur différemment.
Les propriétés des objets sont ainsi dépendantes des spécificités des sens. C'est pour cela que l'on parle de phénomène, car ce qui nous apparait exister dépend de notre façon de percevoir.
Les phénomènes existent dans l'espace et dans le temps : ils sont des observations mesurables.
L'oeil est beaucoup plus affiné dans le vert que dans le rouge : l'oeil humain distingue beaucoup plus de nuances de verts que de rouges. Et la nature à l'état sauvage contient ces nuances dans les mêmes proportions. Le rouge se rencontre peu dans la nature et jamais sur de grandes étendues. Le manque de nuances que nous avons dans le rouge n'est pas pénalisant pour distinguer les contours d'un relief, par contre les nuances de vert sont nécessaires pour interpréter la constitution d'une forêt, pour y percevoir ses détails.
Il n'y a rien d'objectif et d'indépendant de nous qui soit observable, il n'y a que des phénomènes observables. Ce que l'on voit dépend de la "réponse" en fréquence de notre oeil, de sa constitution. Et on ne peut pas percevoir autre chose qu'une information transmise par nos sens.
L'oreille humaine n'est pas non plus linéaire : quand un son double de volume, la perception qu'on en a ne croit que de 3 décibels. La courbe de notre perception sonore croit beaucoup plus doucement que l'augmentation de volume. C'est une courbe logarithmique. L'oreille ne perçoit pas les sons en-dessus de 20.000 hz. Elle ne perçoit pas les ultra-sons. L'oreille du chien monte au moins jusqu'à 40.000 hz.
Les sens humains sont limités et donc ne nous montrent qu'une petite partie du monde en la déformant
, en faussant ses proportions.
L'homme a construit des appareils permettant de capter des phénomènes en dehors de notre champ d'investigation possible et qui, par un système de translation, remettent ces phénomènes dans notre "fenêtre observable". Microscopes, téléscopes, capteurs de rayons X, et autres appareils divers et variés viennent agrandir notre fenêtre d'observation du monde. Mais cette fenetre reste néanmoins limitée par la technologie.
Le monde physique mesurable ou enregistrable a des limites qui sont liées à la constitution même de l'univers. Aussi loin que puisse aller le progrès technologique, la physique quantique a montré les barrières infranchissables constitutives de ce monde. Il y a une plus petit longueur mesurable, un plus petit temps insécable, une plus petite valeur d'énergie non divisable. Ce qui se cache derrière cette "pixelisation" de l'observable ne nous est pas connaissable même par les instruments les plus élaborés. Pour autant peut-on dire qu'il n'y a rien, sous prétexte qu'il nous est impossible d'y voir quelque chose ?
Notre entendement a lui aussi ses limites dans l'interprétation des phénomènes : il ne peut pas interpréter ce qu'il ne peut pas concevoir, imaginer ou relier à quelque chose de tangible. On ne peut qu'interpréter que ce qui fait sens, ce qui dénote d'une régularité, d'une forme particulière identifiable. On ne peut qu'interpréter par analogie avec quelque chose de déjà connu.
Quelque chose de totalement nouveau ou de totalement irrégulier ne peut être expliqué, n'est même pas signifiant, nous laisse indifférent : on passe à côté car cela ne nous parle pas.
On ne peut également pas observer l'en-dehors du temps, l'en-dehors de l'espace tri-dimensionnel. S'il y a d'autres dimensions elles nous sont inconnaissables. Mais pourquoi la richesse du monde serait limitée aux trois dimensions que nous en percevons ? Pourquoi l'univers serait restreint à cette fenêtre spatio-temporelle dans laquelle on vit ? Peut-on dire alors qu'il n'y a rien au-delà car on ne peut en faire d'observations ?
Doit-on restreindre le verbe exister à ce qui est localisable dans l'espace-temps et considérer que ce qui est en dehors de celui-ci n'existe pas ? Et si on le fait, n'est-il pas abusif de considérer qu'en dehors de ce qui existe il n'y a rien ? Et comment alors parler des phénomènes en dehors de notres sphère de causalité ? Ils ne sont pas observables par définition car rien ne nous relie causalement à eux. Et pourtant ce n'est qu'une question de distance liée à la vitesse de la lumière car ils sont destinés à faire partie de notre univers dans le futur, quand notre sphère de causalité aura grandie. Donc ils n'existent pas encore pour nous, mais ils sont pourtant déjà là ! Ils n'existent pas mais ils sont.

Une super novae explose dans l'horizon lointain. Son image ne nous parviendra que demain. Aujourd'hui elle n'existe pas mais demain elle existera car on la verra. Elle est pourtant bien réelle et non observable. Et sa réalité se traduira par le phénomène qui sera perceptible demain. Aujourd'hui, elle ne fait pas partie de notre univers causal et demain elle y entrera.
Le monde ne se limite donc pas à ce qui existe dans notre espace-temps.
Le monde ne se limite pas à ce que l'on peut observer.

Si je perds tous mes sens que me reste-t-il alors comme phénomène observable ?
Celui de ma conscience intérieure. La perception de ma propre conscience n'est pas assujettie à la particularité de mes sens. Elle peut s'en affranchir. Si je ne jouis plus de mes sens, alors le mur n'existe plus pour moi. Donc finalement, est-il bien réel ? La perception de son existence dépend de l'étendue de mes sens. Par contre cela ne change rien pour ma propre conscience. Ma conscience est bien là sans doute possible.
C'est en cela que la conscience est plus réelle que les phénomènes extérieurs. Je peux toujours douter de la fidélité de mes sens à me retranscrire mon en-dehors mais je ne peux douter de mon en-dedans.
Ce qui est le plus réel pour moi n'est, par contre, pas observable pour les autres. L'existence de ma conscience intérieure peut être plus facilement mise en doute par quelqu'un d'autre. L'existence du non-observable est plus facilement discutable que celle de l'observable.
Il n'est en effet pas facile de soutenir l'existence de ce que l'on ne peut pas montrer ni faire toucher à autrui. Ce n'est pas pour autant que cela n'est pas réel.
Je peux imaginer être le seul être doué de conscience car je ne peux observer directement aucune autre conscience chez un autre. Et cet autre peut tenir le même raisonnement à mon encontre. Je ne peux soumettre ma conscience à la perception de ses sens et lui non plus.
Je peux imaginer tout aussi bien que j'ai rêvé m'être cogné dans un mur, et que je vais bientôt me réveiller. Je peux même imaginer que le monde est un rêve. Mais je ne peux imaginer que ma conscience est un rêve, qu'elle ne soit pas réelle. Car il faut que ma conscience soit là pour me permettre d'imaginer, pour me permettre de rêver. Ma conscience n'existe pas au sens où elle n'est pas une perception des sens ni un observable ; elle n'est pas un phénomène physique mais elle est bel et bien là sans doute possible.
Le monde observable est donc dans un sens moins réel que ma conscience, car pourrait être, à l'extrême limite, imaginé par celle-ci et est, en tout cas, perverti par la particularité de la perception humaine.

Notre monde, dans sa version restreinte, c'est l'ensemble de tout ce qui existe, donc c'est l'ensemble des phénomènes observables. Pourtant il ne parait pas abusif de dire que cela correspond à quelque chose de tangible, de non imaginé.
Néanmoins la nature des phénomènes observés est uniquement fondée par la particularité de nos sens, et donc dépend de celle-ci.
Mais derrière ces apparences, il se cache nécessairement quelque chose, cause de l'existence de phénomènes observables. S'il y a phénomène, c'est qu'il y a nécessairement quelque chose qui le produit. Un phénomène ne peut exister sans cause, car le phénomène n'est que l'information issue de quelque chose et perçue par les sens. Une information nécessite un émetteur d'où elle provient. Donc il y a un émetteur au phénomène observé. S'il y a couleur, il y a couleur de quelque chose, s'il y a rayonnement, il y a rayonnement de quelque chose. Le phénomène est phénomène de quelque chose.
Chaque système de perception "voit" des phénomènes différents, mais tous sont nécessairement la partie observable d'un même quelque chose.
Les mouches ne voient pas comme nous, les chauve-souris, les daltoniens non plus ; pour autant on se cogne dans les mêmes murs. Et le mur est là même si je ferme les yeux en marchant. Donc il y a quelque chose de bien réel dans ce mur là. Il fait partie de la réalité, alors que peut-être sa couleur, elle, n'est que phénoménale, et peut varier d'une perception à l'autre.
Si je le vois rouge pour autant peut-on dire que sa couleur rouge existe ? La chauve-souris ne voit pas en couleur avec son sonar, mais elle verra la dureté grâce au type de réflexion des ondes que le mur réfléchit, ce que mon oeil ne peut voir.
La réalité du mur ne nous est pas directement accessible, car on n'en perçoit que son existence phénoménale. Et nos sens sont limités. La réalité est invisible, inobservable directement. Seules certaines informations partielles et déformées par nos sens nous en parviennent.
Les forces de la nature sont invisibles, nous n'en percevons que les effets. Je ne peux toucher ni voir le champ magnétique terrestre, ni le champ gravitationnel. Et pourtant ils sont bien réels.
La réalité du monde ne nous est pas accessible par les sens, n'est pas observable et la réalité de notre conscience non plus. La physique tente de décrire la réalité mathématiquement mais ne peut l'observer.
Nos sens ne nous donnent aucune connaissance directe de la réalité du monde. Ils nous en donnent quelques informations partielles sous forme de phénomènes. Mais rien ne dit que tout ce qui forme la réalité soit transcrit en phénomènes observables par l'homme.
Pourquoi le monde serait limité à ce que les hommes peuvent en percevoir ? N'est-ce même pas une contradiction logique qui introduirait la finitude du monde afin de le circonscrire à l'entendement humain ? A partir du moment où l'on se met d'accord pour dire que le monde est infini, alors il ne peut être limité à un système de perception et t'entendement.
Il y a donc des pans de réalités non observables, dont on ne peut soupçonner qu'ils soient là, car n'existant pas phénoménalement.
Mais si on limite ce qui existe aux phénomènes, alors la réalité n'existe pas, bien que cause "productrice" des phénomènes. La réalité est alors là en dehors de toute existence.
La réalité n'existe pas : elle est simplement réelle.
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30- Le passé du futur

Le passé passe son temps à changer le futur



Il y a quelques temps j'ai regardé un film se passant à Jérusalem. L'intrigue portait sur la découverte faite par des archéologues d'ossements vieux de 2000 ans. Ces ossements comportaient des traces de rouille aux poignées et aux chevilles, signes d'une crucifixion. D'autre part les côtes du squelette portaient les traces d'un fer de lance. Tous ces signes alertèrent le Vatican, qui dépécha un prêtre enquêteur, craignant de se retrouver devant le même problème que le Suaire de Turin. L' église catholique tremblait rien qu'à l'idée que ces ossements soient ceux de Jésus-Christ, contredisant par là le récit de l'ascension décrivant son retour au Ciel, quarante jour après Pâques.
Car dans l'évangile selon Saint-Luc, ce retour auprès de Dieu Le Père s'accompagne de la disparition de sa dépouille mortelle. Retrouver la dépouille du Christ, c'est remettre en cause sa nature divine.
Le film dit que les ossements sont les vrais. Fort heureusement les péripéties de l'histoire font que toute trace est détruite dans une explosion, permettant ainsi que tout rentre dans l'ordre. Cette fiction montre à quel point certaines découvertes peuvent ébranler le monde.
Dans un autre contexte qui n'est plus une fiction, mais aussi avec des conséquences beaucoup plus modestes, de grandes découvertes scientifiques peuvent également ébranler le monde scientifique.
Yves Coppens le célèbre paléontologiste français découvrit en 1974 l'Australopithécus Afarensis, appelé plus simplement par son petit nom Lucy en hommage à la chanson des Beatles "Lucy in the sky with Diamonds". Cette découverte, effectuée en Ethiopie, consacre un peu la "Eve" de l'humanité, le squelette de Lucy étant vieux de 3,2 millions d'années.
Lucy ne devait mesurer que 1,20 mètres et peser environ 25kg. Ce qui rendit si célèbre Lucy, c'est qu'elle représentait le chaînon manquant entre le singe et l'homme. Son buste permit de déduire qu'elle grimpait aux arbres, et l'articulation de ses jambes, malgré ses pieds plats, permit de prouver qu'elle marchait debout. Ce fut une grande confirmation de la théorie de l'évolution des espèces de Darwin. Ce fut aussi la découverte de la grande ancienneté de la lignée des primates. En effet, l'homo sapiens que nous somme tous n'est apparu qu'il y a quelques dizaines de milliers années.
Cette découverte retentissante dans l'univers des paléonthologues a changé même modestement le cours des choses, a orienté le futur dans une direction dans laquelle Lucy est une célébrité et du coup Yves Coppens aussi.

La terre est la mémoire de l'humanité car elle garde en son ventre les traces de nos lointains ancêtres. C'est ainsi que de nombreuses découvertes ont eu une incidence sur notre vision du monde, et par la-même ont changé le cours de l'histoire, de nos croyances aussi bien scientifiques que religieuses.
La mémoire est un témoignage du passé venant influencer le présent.
Le présent est issu du passé. Le futur sort du présent.
Ce qui est étonnant c'est que la mémoire du passé vient changer le présent issu du passé.
Chaque jour, une découverte apporte une meilleure compréhension des origines du monde, changeant ainsi de façon plus ou moins importante le futur du monde.
Le présent n'est en conséquence pas issu "linéairement" du passé, déterminé une fois pour toute.
La mémoire vient sans arrêt enrichir le passé du futur, changeant les futurs possibles.
Le passé passe son temps à venir changer le futur !
L'homme a une conscience qui s'appuie sur sa mémoire et agit en fonction de son vécu.
Ses actes sont définis une première fois par le passé, mais sa volonté vient les modifier en s'appuyant aussi sur le passé. La liberté surgit donc de notre mémoire qui conditionne nos raisonnements et nos choix. Sans mémoire, nous serions des êtres constitués uniquement d'inné, et par là même nous exécuterions sans lassitude toujours les mêmes actions en réaction aux mêmes stimulis. Mais la mémoire nous change et change nos raisonnements et donc nos actions. C'est de l'acquis, de l'expérience, que sort notre libre-arbitre, la non pré-détermination physique de nos actes.
Le passé est plusieurs fois sources d'informations, de détermination du futur.
Nos connaissances piochent à des époques différentes pour donner notre connaissance actuelle.

Deux atomes se rencontrent dans l'univers et s'associent. Un troisième atome arrive. Ils vont composer ensemble une molécule. La matière s'organise. Si la matière n'avait pas gardé la mémoire de la rencontre initiale des deux atomes, alors la molécule n'aurait pas existée. Et cette nouvelle molécule devient ainsi à son tour le point de départ d'une nouvelle organisation.
Les rencontres passées sont stockées en structure, en organisation.
Sans organisation pas de mémoire, sans mémoire pas d'organisation.
L'organisation est la mémoire de l'univers. Et cette mémoire est toujours là, influençant le présent et changeant la "détermination" de l'avenir.
Le passé passe son temps à venir changer le futur.

Le passé n'est jamais révolu, il vient sans cesse faire des incursions dans le présent pour changer le cours du temps.
L'univers nous bombarde d'images anciennes des étoiles. La terre nous submerge de trésors paléolithiques. Ces informations viennent changer notre perception du monde, nos pensées et les agissements qui en découlent, donnant lieu à un futur différent. En effet, dès que quelque chose est changé, même très modestement, on ne peut plus parler du même futur. L'avenir a bifurqué.
Il existe potentiellement un futur différent pour chacun de mes actes, pour chaque éventualité. Ces futurs ne sont pas réels (sauf si on croit à la théorie des univers parallèles), un seul futur est déterminé une fois mon acte réalisé. Si Yves Coppens n'avait pas découvert Lucy, je ne serais pas en train d'en parler. Et nous serions alors dans un monde différent, même si la seule différence était que je ne parle pas de Lucy ici. Ce qui est important, c'est qu'il puisse y avoir une différence, non le degré d'importance de cette différence.
Notre mémoire guide chacun de nos pas. On ne sait pas marcher sans apprentissage, sans acquis. Je fais des choix en fonction de mon passé, de mes bonnes ou mauvaises expériences. La mémoire est la présence du passé dans le présent.

L'histoire du futur n'est jamais écrite d'avance, car elle est sans arrêt réécrite par la présence du passé dans le présent.

Voyons le présent comme un état E de l'univers à l'instant t, issu des états antérieurs et situé à un endroit précis P (le centre de notre sphère de causalité).
A l'instant t+1, l'univers en P sera dans l'état E' déterminé à partir de E par l'information I regroupant tous les déterministes causaux issu de t. L'état E' sera conséquence physique de E.
Soit une information J, non encore connue qui arrive en P à t+1 aussi.
Cette information met l'univers en P dans l'état E'', résultant de la somme des informations I+J.
Donc l'univers en P passe de E à E'' directement. La méconnaissance de J à l'instant t empêche de prédire un E'' juste et prédit à la place, par ignorance un E' faux. Ce qui rend toute prédiction erronée.
L'information J bien que située à l'intérieur de la sphère de causalité de P est cachée (par exemple un ossement sous-terre). Cette information entre dans la sphère de causalité de P, quand il y a découverte. Elle devient alors une cause de plus du changement d'état de l'univers.
La mémoire, la découverte agissent sur l'avenir du monde comme la limitation de la sphère de causalité issue de la relativité. Il y a une indétermination dans le futur qui n'est pas dûe au hasard, ni a une condition initiale manquante, ni à un paramètre trop imprécis, mais à la méconnaissance de ce qui va venir changer le cours des choses et qui ne peut pas encore être connu.
Mais on peut aussi considérer qu'il était écrit que Yves Coppens irait en Ethiopie faire sa découverte et ainsi contribuer modestement à changer le cours de l'histoire. On peut considérer qu'il était écrit que l'histoire changerait. Qu'une chaîne de causalités déterminées a amené Yves Coppens à faire sa découverte. Que Lucy existerait deux fois, une première fois il y a 3,2 millions d'années en sautant d'arbre en arbre, et une deuxième fois posthume, après son exhumation des strates d'une falaise éthiopienne.
Il y a donc potentiellement un futur sans la découverte de Lucy et un futur avec la découverte de Lucy.
Mais notre futur est celui du 2e cas. Le premier cas existe-t-il dans un autre univers avec un déroulé différent ? La théorie des univers parallèle le prédit, sans pour autant pouvoir le montrer. Ce premier cas, l'univers dans lequel Lucy n'apparait qu'il y a 3, 2 millions d'années, correspond à un déroulé du monde selon une ligne temporelle ordonnant les événements du plus ancien au plus récent. Les causes sont donc antérieures aux effets et suivent un ordre chronologique simple.
Par contre dans le 2e cas, Lucy réapparait et devient encore cause de la réorientation de l'univers comprenant cette fois-ci au moins deux célébrités de plus et un inconnu en parlant ici.
La cause est toujours antérieure à l'effet, mais cette cause est une cause réapparaissante. Lucy a donné le jour aux humains il y a très longtemps, mais revient ensuite à notre époque pour témoigner en tant qu'aïeule de l'origine de l'homme. Lucy est donc 2 fois cause. La chaine de causalité devient alors un épi et non plus une ligne droite. Le présent est ainsi enrichi deux fois par Lucy. Ou plutôt un nombre considérables de fois car des centaines d'hommes ont pu l'observer et en parler, engendrant ainsi des effets multiples.
Donc le futur n'est pas issu de façon déterminé de conditions initiales situées dans le passé, mais est multidéterminé par les réapparitions du passé dans le présent.
La mémoire est une accumulation d'événements passés accessibles dans le présent, et le futur est la conséquence de cette accumulation sans cesse en augmentation. Le nombre de causes déterminant le futur se densifie à chaque succession d'instant-présent.
L'augmentation incessante des causes conditionnant le futur empêche le monde d'être déterministe,
car la notion de conditions initiales n'a plus aucun sens en dehors du laboratoire isolant un processus du reste du monde.
Le monde est un système à mémoire. Il est un système complexe, au sens de la théorie des systèmes complexes et est donc imprévisible, ayant des propriétés globales, émergentes, ne pouvant pas être déduites de l'étude de ses composants. La démarche scientifique est réductionniste , s'attache à observer des constituants et leurs relations et donc ne peut appréhender les propriétés globales émergentes qui orientent l'évolution du monde.
Les lois physiques créent de l'organisation ; cette organisation est une mémoire engendrant la complexité des causes agissantes. Cette complexité rend l'évolution du monde physique imprédictible, et nous met face à un futur imprévisible.
Le futur est donc scientifiquement imprévisible.
Ce qui ne veut pas dire qu'il ne va pas dans un direction donnée, mais plutôt que cette direction ne peut se déduire des phénomènes observés.
Dans ce constat, aucun indéterminisme ontologique n'a été introduit, aucune loi de probabilité n'a été utilisée, ni incertitude de nature quantique. Aucune sphère de causalité engendrée par l'introduction de la limitation de la vitesse de la lumière non plus. On reste ici dans un contexte purement déterministe, à l'identique de celui des phénomènes décrits par la théorie du chaos.
Le constat qui est fait ici est que l'organisation engendre l'imprévisiblité du futur de l'univers, car l'organisation crée une mémoire du passé et ainsi la possibilité à des causes antérieures de réapparaître dans le présent.
Dans un univers où l'organisation apparait, les cause physiques se multiplient et nécessairement l'imprévisible, le hasard surgit, car la causalité temporellement linéaire disparait. Du coup la densité des causes empêchent de les identifier et s'apparente alors à une absence de causes déterminées.
Les cause passées réapparaissent dans un jeu sans fin de complexification de l'origine du présent.
On arrive par conséquent en conclusion à ce paradoxe apparent :
Ce que l'on nomme le hasard est une conséquence de l'organisation progressive du monde.
Autrement dit : le hasard n'est pas à l'origine de l'organisation du monde, mais l'organisation du monde est à l'origine de ce que l'on nomme le hasard.

Patrice Weisz
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29- Dieu et la réalité

Le Divin de la Réalité
La Réalité du Divin


Nous avons vu en étudiant de près la physique, que la notion de matière disparaissait au profit de la notion d'énergie, et que la notion d'énergie disparaissait au profit d'un vide contenant du mouvement plus ou moins ordonné. Nous avons vu que l'ordonnancement du mouvement se faisait par une superforce invisible, décrite par des lois mathématiques.
Nous avons vu également que cette superforce était réelle, cause du hasard apparent et de la pseudo-causalité du monde des phénomènes.
Il est temps maintenant de voir quelle approche est retenue par les différentes théologies afin d'essayer de dégager les points de convergences possibles entre sciences et religions.

Quelques attributs de Dieu (Allah) repris pour exemple dans la théologie musulmane :
Dieu existe sans endroit et Il n'est pas dépendant du temps.
Dieu est unique, Dieu est éternel, il n'a ni début ni fin
Il crée et anéantit tout ce qui existe à part Lui.
Tout ce qui se passe dans cet univers advient par le vouloir de Dieu, et toute chose est caractérisée par Dieu
Dieu est vivant sans âme ni chair ni coeur. Sa vie n'a pas de ressemblance avec la notre. Il est vivant et ne meurt pas.
Dieu n'a pas de ressemblance avec les créatures.
Al Hacq, l'un des 99 noms de Dieu veut dire : le Réel.

Dans la Kabbale Juive, Dieu est l'absolue divine réalité

Dans les 3 grandes religions monothéistes, Dieu est l'Etre suprême, créateur de notre univers et doué de perfection absolue.
Néanmoins, le christianisme, à travers la Trinité, reste un peu à l'écart de cette vision de Dieu, en complétant sa nature non matérielle par deux apparences physiques.
Le Christianisme est la seule religion monothéiste reconnaissant à un homme ayant véritablement existé, Jésus-Christ, l'état de divinité humaine, car Fils de Dieu sur Terre. A travers le dogme de la Trinité, il reconnaît également la nature phénoménale du Souffle de Dieu : le Saint-Esprit. Le Saint Esprit procède du Père et du Fils selon l'Occident et seulement du Père en étant "consubstantiel" au Fils selon l'église orthodoxe de l'Orient. Ces deux églises n'ont à ce jour toujours pas trouvé un terrain d'entente sur ce sujet, malgré de grandes discussions oecuméniques en cours, preuve de la complexité du sujet.
La vie est sortie de l'eau grâce au souffle de Dieu dans la Genèse. Les êtres vivants sont donc composés d'eau et de l'énergie vitale du souffle divin d'après l'Ancien Testament. Dans le Christianisme, l'Esprit-Saint, agit directement dans le monde phénoménal. L'esprit Saint est à l'origine de la naissance de Jésus-Christ, ayant soufflé sur Marie pour lui permettre l'immaculée conception.
Il est même observable d'après les textes du Nouveau testament:

« Et il se fit tout à coup du ciel un son, comme d'un souffle violent et impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Et il leur apparut des langues divisées, comme de feu ; et elles se posèrent sur chacun d'eux. Et ils furent tous remplis de l'Esprit Saint, et commencèrent à parler d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'énoncer. »
décrivant ainsi dans l'Acte des Apôtres Sa venue prédite par Jésus le jour de Pentecôte.
Je prendrais ici cette description "physique" comme une parabole, une apparition subjective, une illusion collective afin d'essayer de dégager une généralité sur le concept de Dieu. Car la Trinité, en donnant un corps humain au Fils de Dieu, et une existence réelle au Souffle de Dieu dans le monde observable, se rapproche de la mythologie grecque, et marque peut-être là la transition entre le polythéisme historique et le monothéisme clairement affiché de l'Islam, la plus jeune des religions révélées.
Malgré cela, le concept que l'on retrouve le plus fréquemment dans les textes est celui de Dieu le Père, donc je laisserais volontairement de côté la Trinité, dont les explications théologiques génèrent la plupart du temps une rhétorique complexe dont la logique est difficile à saisir.
L'unicité de Dieu reconnue par les 3 grandes religions du livre, doit permettre de ne garder que les attributs qui sont commun à toutes ces religions, indépendamment des aspects culturels et cultuels. Dieu doit pouvoir se définir en dehors de la perception humaine, en dehors de tout particularisme religieux, en dehors de toute sensation phénoménologique liée à la foi.


Dans la religion hindouiste, le symbole Om signifie l'esprit cosmique. Il permet de symboliser Brahman.
Brahamn est la Réalité Ultime, l'âme Absolue ou Universelle.
Brahman est indescriptible, inépuisable, incorporel, la première existence infinie, éternel.
Il est le principe ultime sans commencement et sans fin qui est caché dans tout et qui est la cause de toute création.
L'Hindouisme est souvent pris comme une religion polythéiste, à cause des différents avatars de Brahman : Vishnu, Shiva, Rudra, etc.. Mais les hindous ne se considèrent pas eux-mêmes comme une religion polythéiste. Ils sont hénothéistes, c'est à dire considèrent qu'il y a qu'un seul Dieu représenté par plusieurs divinités dont chacun peut choisir de célébrer le culte. Là aussi,il y a ambiguité entre Dieu et ses différents représentants de nature divine.
Néanmoins, on retiendra comme grands attributs communs des différentes théologies pour définir le concept de Dieu :
Dieu est unique, créateur du monde, situé en dehors du temps et de l'espace, et donc éternel et infini.
Dieu est aussi réel, inconnaissable et cause de tous les phénomènes.
Cette idée de Dieu est dissociée des différents cultes pratiqués. Tous les être humains ne croient pas en Dieu, et ceux qui croient en Lui ne croient pas tous de la même façon. En conséquence, il existe plusieurs attitudes possibles caractérisant les positions individuelles face à Dieu :

Le panthéisme : Dieu n'est pas un être distinct du monde mais il lui est immanent : tout ce qui est existe non seulement par Dieu mais en Dieu.
Le théisme : il admet l'existence d'un dieu unique, mais y ajoute l'obligation de lui rendre un culte, d'obéir à ses lois. Dieu est au-dessus du monde, il est transcendant.
Le déisme : c'est la croyance en un dieu créateur, dont la nature est inconnaissable. Les déistes ne reconnaissent pas la nécessité de la pratique religieuse, ne reconnaissent pas la vérité des textes sacrés ni des messies.
L'agnosticisme : c'est l'attitude de pensée consistant à exprimer le fait que l'on ne peut pas savoir si Dieu existe ou pas. Que c'est une proposition indécidable. Qu'il est possible que certaines personnes aient eu des révélations mais qu'elles ne peuvent pas le prouver. Qu'aucun témoignage ne peut être vérifié.
L' athéisme : C'est l'attitude refusant toute croyance en une entité divine, et donc le bien fondé de toute religion. Les athées ne caractérisent pas leur position comme une croyance mais comme un état d'esprit.

A l'intérieur de ces différentes attitudes, il y a encore des nuances secondaires possibles. Mais ce qui devient intéressant dans l'analyse de ces attitudes principales, c'est d'essayer de faire le parallèle avec les croyances scientifiques.
Dans un texte précédent, intitulé la cosmologie dualiste est-elle scientifique ? , on a vu que, concernant la problématique de l'esprit et la matière, on trouvait plusieurs attitudes : idéaliste, matérialiste, dualiste.
On a rencontré également, concernant les phénomènes observés et l'existence d'un réalité inconnaissable des points de vues différents : phénoménalisme, rationalisme, réalisme, intentionnalisme, etc.. On se rend compte que l'on peut ainsi rapprocher les attitudes scientifiques et les attitudes religieuses, il suffit pour cela de poser l'égalité suivante :
Dieu = Réalité
En faisant cette analogie des concepts, plutôt en les fusionnant, tout se simplifie, car le parallélisme des croyances scientifiques et des croyances religieuses apparait alors très prononcé. J'appellerais désormais cette égalité : la Divine Réalité.
L'attitude scientifique et l'attitude religieuse se retrouvent alors dans le même bateau, faisant cause commune pour tenter de parler de l'inconnaissable de façon objective, empiétant toutes deux sur le sujet au coeur du discours de la métaphysique.
Science ->Métaphysique <-Religion
La science ne fait que tenter d'expliquer le fonctionnement du monde observable et ainsi doit se définir par rapport à la cause des phénomènes.
Pour cela elle tente de démontrer que les causes sont dans les phénomènes, dans la substance de la matière. Elle se retrouve finalement en train de décrire une super force à l'origine de tous les phénomènes et faisant émerger la matière du vide, la vie et la conscience de la matière. La science reconnaît l'existence de principes non démontrables à l'oeuvre en permanence dans l'évolution du monde.
Certains scientifiques reconnaissent l'existence d'une réalité indépendante et inobservable dont les phénomènes sont les effets, d'autres nieront cette réalité et limiteront le monde à ce que l'on peut en percevoir de façon objective. Ce qui pose alors le problème également de l'origine des phénomènes hasardeux, des principes physiques constatés et de la nature de la conscience qui ne peut s'observer autrement que subjectivement et donc crée des divergences d'attitude quant à son identité d'avec la matière.

La religion quant à elle ne fait que décrire l'action d'une entité divine sur le comportement humain et le devenir du monde. Cette entité est à l'origine du monde, sorti également du vide, et est tantôt constitutive du monde observable, tantôt en dehors de ce monde mais agissant dessus. A travers les différents cultes, des principes explicatifs se dégagent également, déterminant l'action de la force de l'entité divine selon des règles morales et non simplement énergétiques comme en physique. En ce qui concerne la conscience, la religion reconnaît un rapport certain entre elle et l'entité divine à travers la notion d'âme, d'essence divine.

La métaphysique quant à elle cherche à définir l'Etre qui se cache derrière le monde, derrière les phénomènes et les observations. Elle cherche à définir ses attributs unicité, infini, etc..La métaphysique s'attelle aussi à essayer de définir la notion de substance, en l'opposant à celle d'essence. L'essence étant tantôt d'origine spirituelle, tantôt d'origine réelle.
La métaphysique se vide de son sens face à l'attitude formaliste des scientifiques niant tout signifié aux équations, mais également face à celle des agnostiques postulant la vanité de toute tentative de description de l'en-dehors du monde sensible.

On voit ici assez aisément que la fusion du concept de Dieu transcendant et du concept de réalité est facile à faire, bien que les terminologies souvent éloignées tentent à produire des images mentales de ces concepts ayant des différences.
Bien sûr un scientifique réaliste ne se sentira pas pour autant nécessairement déiste à priori. Mais en essayant d'extraire de sa croyance en une réalité indépendante la substantifique moëlle, en essayant de définir par l'addition d'attributs ce qu'est la nature de la réalité se cachant derrière les phénomènes, il se retrouvera à postériori en train d'emprunter les mêmes mots que ceux définissant Dieu. Et si deux signifiés se caractérisent par les mêmes attributs, les mêmes propriétés, alors c'est qu'ils sont logiquement tout simplement identiques.
D'autre part une autre fusion conceptuelle est possible entre l'esprit et le mouvement dans la réalité. L'esprit en tant que matériau "non matériel" de la conscience, prend sa source dans cette réalité non observable. Mais l'esprit est action, donc mouvement. L'esprit est ainsi une substance faite de réalité et de mouvement, pouvant agir sur la matière. L'esprit ainsi défini, contient du réel "divin" et du mouvement "physique".
Donc on peut poser :
Esprit= Mouvement + Divine Réalité
Cette fusion est moins évidente à priori, mais se trouve à la convergence des notions d'âme, d'immanence et de dualité des substances, une fois un réalisme posé.
L'esprit agit sur la matière sans en être, l'esprit n'a pas d'étendue et n'est pas observable objectivement car c'est un phénomène intérieur. L'esprit modifie le mouvement (c'est la notion de liberté qui s'affranchit du déterminisme matériel). L'esprit prend sa source dans la Divine Réalité.


Les différentes attitudes tant scientifiques que religieuses évoquées marqueront toujours les fissions possibles à cette fusion conceptuelle.
Si la moitié de l'humanité croie et l'autre non, peut -il y avoir raisonnablement 3 milliards d'être humains dans l'erreur ?
Pour ma part je soupçonne et je soutiens ici que le vocabulaire est différent, que les approches sont différentes mais que les signifiés sont les mêmes.
Que celui qui ne croit pas en Dieu croit alors en la science et donc reconnait implicitement la création du monde à partir du vide, l'existence d'une superforce responsable de l'auto-organisation de la matière jusqu'à la conscience, et la nécessité d'une réalité inconnaissable causant les phénomènes observés.
Et que celui qui croit en Dieu croit en un Dieu créateur du monde à partir du vide, croit en l'action de ce Dieu sur l'organisation du monde, sur l'avénement de la vie et de l'être humain conscient, et reconnait que Dieu est en dehors du temps et de l'espace.
Donc que, moyennant une épuration de concepts galvaudés et leur mise en parallèle, tout le monde parle in fine du même Etre.
De plus, concernant les agnostiques et les scientifiques formalistes, il me semble que leur position prônant l'indécidabilité incontournable du choix ne tient pas.
Car il me semble que le raisonnement rationnel consistant à dire que
si "quelque chose" arrive, alors il y a forcément une cause à l'origine
de ce "quelque chose",
pousse le scepticisme dans ses retranchements. En effet, quelque soient les différentes approches utilisées au cours de l'histoire pour tenter d'expliciter cet axiome de la pensée humaine, il me parait totalement incontournable pour s'autoriser à parler de quelque chose. Sans accord initial sur cet à priori, peut-on formuler la moindre proposition logique, y compris celle postulant que la proposition théologique : "Dieu existe" est indécidable ? Ou que la proposition scientifique : "Les lois de la physique décrivent quelque chose de réel " n'est pas vraie ?

Tout comme on ne peut pas nier logiquement la perception subjective de la pensée, on ne peut pas nier logiquement que les phénomènes ont une cause certaine.
Reconnaitre ceci, c'est alors nier l'inexistence du réel inobservable. C'est donc reconnaître qu'il est impossible que (Dieu=Réalité) n'existe pas. C'est donc invoquer la nécessité logique de l'existence de la Divine Réalité.

La fusion des concepts effectuée ici, permet de fonder dans un ensemble plus cohérent , une cosmologie transdiciplinaire plus simple ayant l'avantage de ne dénigrer aucune approche existante.
Patrice Weisz
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28- l'anthropie de l'entropie


De l'ordre dans le désordre ?

Du désordre dans l'ordre ?

Structure fractale du chou romanesco


Revenons un peu sur l'évolution de l'univers. Nous avons vu que les théories cosmologiques actuelles font sortir l'univers du vide. Le
Chaos est à l'origine du monde. C'est ce que décrit la tradition bouddhiste. C'est ce que décrit aussi la cosmologie matérialiste moderne. Il est d'ailleurs intéressant de voir que la tradition judéo-chrétienne définit aussi le chaos comme :
un état vague et vide de la terre avant l'intervention créatrice de Dieu.(..) il représente la confusion initiale, indifférenciée et informelle de la matière et des éléments, antérieure à l'organisation du monde par l'intervention de Dieu


La vision matérialiste est paradoxale : elle postule l'émergence de l'ordre à partir du désordre et en même temps que l'ordre est condamné à retourner au désordre, car l'entropie de l'univers augmente.
L'entropie, comme je l'ai déjà spécifié dans les texte précédents, est la mesure du désordre.
Quelle est la valeur d'entropie du Chaos initial ?
Les théories actuelles ne peuvent que lui donner une valeur infinie, puisque à l'état originel il n'y a aucun ordre donc le désordre le plus absolu. Ne pas lui donner la valeur de l'infini revient à pouvoir penser un désordre plus grand et donc à faire exister dans le vide quantique initial un peu d'ordre, donc à postuler un chaos pouvant être encore plus grand. Or par définition le chaos primitif est ce qui n'a pas d'ordre.
Donc l'entropie du chaos primitif est infinie.
Maintenant examinons ce qui ce passe après le Big-Bang :
Le deuxième principe de la thermodynamique stipule que
l'entropie d'un système fermé ne peut que croître.
Toute tranformation irréversible produit de l'entropie. La somme de la variation d'entropie du système et de son milieu extérieur est toujours positive. Donc si le système est fermé alors son entropie augmente.

Ce qui conduit les physiciens actuels à postuler que l'entropie de l'univers ne peut que croître aussi. L'univers ne pouvant qu'être un système fermé car il est tout et donc ne peut recevoir de l'énergie de l'extérieur ni en donner. Ce raisonnement thermodynamique n'est pas très satisfaisant, j'y reviendrais un peu plus loin pour montrer qu'en fait il faut préciser de quel univers on parle. Mais pour l'instant considérons qu'il soit juste.
L'entropie de l'univers ne pouvant alors que croître, le deuxième principe veut également dire que sa quantité de désordre aussi.

Mais comment une valeur déjà infinie au départ, peut-elle encore croître ? Il y a là aussi un raisonnement qui demande à être approfondi.
D'autre part, quand on prend des systèmes dynamiques isolés "sans vie" on observe qu'ils ont tendance à aller naturellement vers une recherche de plus grande stabilité (principe de moindre action), c'est à dire vers leur désorganisation (tout retombe en poussières).
Pour les systèmes isolés, l'état d'équilibre correspond au maximum d'entropie.
Ce qui veut dire aussi que l'univers tend vers son état d'équilibre.
Mais comment alors peut-il aller du désordre maximum vers aussi un autre désordre maximum ? Et pourquoi constatons-nous une complexification de la matière, donc une augmentation de l'ordre ? Pour répondre à cette question, Hubert Reeves m'a aidé (sans le savoir) dans sa passion sans cesse renouvelée de faire partager sa vision limpide du fonctionnement de notre univers.

Il y a quelques années, j'ai "séché" mes cours en école d'ingénieur pour aller assister à une conférence d'Hubert Reeves, à l'université Jussieu. Je venais de terminer son livre passionnant "Patience dans l'azur" qui m'a empêché de dormir plus d'une fois.
Le thème qu'il a abordé lors de cette conférence était :
"Pourquoi fait-il noir la nuit ?"

Évidemment, même sans être un astronome hors-pair, la réponse apparaît évidente : C'est parce que la terre tourne sur elle-même. Quand la nuit tombe, on se retrouve sur le côté non éclairé par le soleil, dans l'ombre nocturne.


Une infinité de petites lumières...


Hubert Reeves a alors écrit une intégrale sur le tableau derrière lui dans l'amphithéâtre.
Cette intégrale était le calcul de la quantité de lumière contenue dans le volume d'une grande sphère entourant la terre et remplie d'étoiles.


Une intégrale est simplement une somme gigantesque de termes en général très petits. Cette équation mathématique simple additionnait la lumière émise par toutes les étoiles du ciel en-deçà d'une certaine distance, le rayon de sa sphère.
La quantité de lumière reçue par la terre d'une étoile est inversement proportionnelle au carré de la distance entre la terre et l'étoile. Les étoiles étant éloignées, la lumière reçue d'une étoile est forcément très faible car divisée par le carré de sa distance. Par contre, la somme de toutes les lumières faibles émises par les étoiles, contenues dans la sphère que l'on considère, est proportionnelle au cube du rayon (c'est un volume).
Si on fait augmenter le rayon de la sphère jusqu'aux confins de l'univers, on obtient une somme qui grandit selon le rayon de la sphère, car le volume considéré augmente. Peu importe La taille retenue pour ce rayon, car le cube du rayon augmente plus vite que l'inverse du carré du rayon.
Plus les étoiles sont éloignées et moins on reçoit leur lumière. Par contre plus le volume est grand, et plus il englobe en théorie un nombre important de nouvelles étoiles. On considère aussi que l'univers est relativement homogène, donc que sa densité d'étoiles est la même partout. Que l'on se situe loin ou près de la terre, ne change rien,il y a en gros toujours la même quantité de matière, d'étoiles, de galaxies et donc de lumière.
Les calculs montrent que la quantité de lumière reçue est égale au rayon du volume d'étoiles considéré (à un facteur constant près)
Hubert Reeves démontra ainsi que la quantité de lumière émise par toutes les étoiles de l'univers devrait être absolument gigantesque, et donc largement supérieure à celle que le soleil peut irradier sur la terre ! Si on considèrait que le rayon de l'univers était infini, alors la quantité de lumière émise serait elle aussi infinie.
Donc la nuit devrait être d'une clarté éblouissante. Et l'éclairage diurne aussi. Aucune vie ne serait alors possible à cause de la température trop élevée à la surface de la terre.
Que le soleil soit là où pas en est même négligeable devant la profusion de l'éclairage reçu sur Terre par l'ensemble des étoiles (qui sont là, de nuit comme de jour bien sûr).
La seule explication possible étant alors la confirmation que l'univers est en expansion, et donc que la densité des étoiles contenues dans la sphère diminue car les galaxies s'éloignent de nous.

Ce qui fait que la baignoire de l'univers grandit et donc que le robinet de lumière ne peut la remplir. On montre même que l'univers se refroidit et donc que sa densité d'énergie (ou de lumière) diminue. Cela vient de la loi des gaz parfaits qui dit que quand le volume augmente, la température diminue.

Hubert Reeves venait de nous donner une preuve de la théorie de l'expansion de l'univers, accessible à tous !
Quelques explications :
Les galaxies s'éloignent entre elle à la vitesse observée de la constante de Hubble Ho= 71 km/sec/megaparsec. Cette vitesse, appelée vitesse de récession, est la même partout. Tout s'éloigne de tout.
Ce qui a un autre effet réduisant également la quantité de lumière pouvant nous atteindre, c'est celui de l'horizon cosmologique.La il faut faire une distinction essentielle entre l'univers en soi que j'appelerais le Grand Univers et l'univers observable qui est celui pouvant nous envoyer de la lumière.L'univers observable est contenu dans le Grand Univers. Chaque point de l'espace est au centre d'un univers observable. Tous les univers observables ont la même taille fini.
Seul le Grand Univers peut être considéré comme une infinité d'espace.
Les théories considèrent le Grand univers sur le plan mathématique comme une sorte de fluide ou de gaz en tout point homogène, ce qui permet d'appliquer le principe d'invariance de la mesure par translation. C'est au passage cette invariance de la mesure qui engendre le concept d'infini et permet de chercher un modèle géométrique de l'espace.
Notre univers observable a un bord.
En effet, la vitesse de la lumière est limitée (c=300.000 km/sec) donc la lumière pouvant atteindre la terre est inclue nécessairement dans une sphère dont le rayon est inférieur à la distance ayant pu être parcourue par la lumière dans un temps correspondant à l'âge de l'univers (obtenu par l'inverse de la constante de Hubble), c'est à dire environ 13,7 milliards d'années. La lumière met du temps à nous parvenir donc si l'univers existait depuis une année, elle ne pourrait provenir que des corps célestes situés à la distance qu'elle parcourt en un an , c'est à dire une année-lumière. Ce raisonnement est le même pour une durée correspondant à l'âge de l'univers. Age de l'univers : 13,7 milliards d'années,
donc rayon de l'univers observable égal à 13,7 milliards d'années-lumière (une année-lumière fait
9 460 895 208 536 km en tout, à peu près 10^21 km.Rayon de l'univers observable: 1.000.000.000.000.000.000.000 km
(obtenu en négligeant l'expansion. Si on calcule le rayon de l'univers en tenant compte de son expansion à la vitesse de la constante de Hubble on obtient entre 40 et 78 milliards d'années lumière, soit 3 à 5 fois plus grand)
Age du Grand Univers : 13.700.000.000.000 années.
C'est très grand mais ce n'est pas infini. Donc selon la théorie du Big-Bang, ni l'espace ni le temps de l'univers ne sont infinis. L'univers observable étant pris ici comme la sphère de causalité limitée par la vitesse de la lumière. Car toute intéraction, toute information, selon la relativité se propage à une vitesse au plus égale à celle de la lumière. Donc toute cause physique apparente d'un événement est nécessairement contenue dans l'univers observable de l'événementLe bord de l'univers observable est sa la limite causale déterministe.
A de très grandes distances, les galaxies s'éloignent de nous à une vitesse apparente supérieure à celle de la lumière, ce qui ne pose pas de problème car en fait c'est l'espace qui grandit entre les galaxies, et non les galaxies qui se déplacent à l'intérieur d'un espace fixe, notion qui n'a aucun sens. Ce qui fait que des corps célestes sortent de notre univers observable. Donc la lumière des corps célestes éloignés, et donc aussi toute autre influence causale possible ne peuvent nous atteindre.
Si un événement est si éloigné dans l'espace que la lumière ne peut nous en parvenir, alors cet événement ne peut être la cause de quoi que ce soit ici.Il ne fait donc pas parti du passé "causal" de ce qui se passe ici. Il ne fait donc pas partie de notre univers observable (ou causal). L'univers observable contient aussi les phénomènes que l'on ne peut pas observer directement (matière noire), il englobe tous les phénomènes dont notre présent peut être issu. Il est notre passé.
Au fur et à mesure que le temps "s'écoule", que l'âge du Grand Univers augmente, l'horizon cosmologique grandit à la vitesse de la lumière, donc le rayon de l'univers observable augmente aussi proportionnellement. Mais la vitesse de récession est encore plus grande à cette limite.
Les corps célestes observables les plus éloignés sont aussi les plus anciens, ce sont les mystérieux quasars.Ces corps célestes hyper-énergétiques nous renseignent sur l'histoire ancienne de l'univers.
Mais un jour ou l'autre, ils ne seront plus observables, car le passé ancien va petit à petit disparaître de notre causalité déterministe.


Le quasar aux confins de l'universLa limitation de la vitesse de la lumière ne contrecarrant pas la vitesse d'expansion de l'univers, la sphère de causalité se vide, car l'espace grandit.
Donc le passé originel de notre univers fuit à jamais dans les limbes de l'en-dehors causal.

Ce qui contribue aussi à assombrir la nuit, car la matière émettant de la lumière fuit en dehors de notre univers, plus vite que l'augmentation de son rayon.
Les objets visibles aujourd"hui aux limites de notre horizon cosmologique "actuel", l'étaient en fait il y a 13 miliards d'années, donc ils sont actuellement encore plus éloignés, mais nous ne le saurons qu'avec un temps de retard.
On retrouve ici l'ambiguité de la notion de présent dans lequel tout est forcément déjà passé depuis une durée proportionnelle à la distance.
Néanmoins, au coeur des galaxies proches, on peut assister à la création déjà ancienne de nouvelles étoiles, venant apporter une nouvelle contribution de lumière dans notre univers, mais cette contribution est visiblement insuffisante pour éclairer les cieux nocturnes.
La théorie de l'expansion de l'univers, dans un univers dans lequel la vitesse de la lumière est limitée, explique donc le noir de la nuit.
Mais pose aussi le problème de considérer notre univers comme un système fermé, car il y a des fuites ! Ce qui passe en dehors de notre horizon cosmologique est perdu à jamais car en dehors de toute causalité possible avec nous. Donc il y a perte de la lumière (donc de l'énergie) émise par les objets poussés par l'expansion à passer de l'autre côté du bord de notre univers observable.
Donc j'en arrive à la conclusion suivante grâce au coup de pouce d'Hubert Reeves :
Notre univers observable n'est pas un système fermé car l'expansion lui fait perdre de l'énergie.Dans cette formulation, le "notre" est important, car en tout point de l'univers, le raisonnement de la limitation de la sphère de causalité peut se tenir. Donc en tout point le système dynamique définit par la notion d'univers observable n'est pas fermé, ce qui ne présage en rien de l'infinité de l'univers en soi, du Grand Univers ni de sa fermeture globale en tant que système thermodynamique global.

La quantité d'énergie contenue dans notre univers observable diminue, donc
pourquoi alors ne pas appliquer ce raisonnement à l'entropie ?Revenons à notre augmentation d'entropie. Peut-on encore considérer à la "lumière" de cet exemple, que l'entropie totale de l'univers observable augmente ?
L'émission d'entropie s'assimile au rayonnement thermique désordonné. Les infra-rouges ne sont qu'une fréquence particulière de la lumière. Donc l'augmentation d'entropie de l'univers observable peut s'assimiler à un rayonnement lumineux. L'entropie globale augmente dans une baignoire qui augmente aussi et en plus qui fuit. Donc sa densité diminue. La quantité d'entropie générée dans l'univers observable croît moins vite que l'expansion, ce qui fait que sa densité diminue.
D'autre part, si l'univers observable est considéré comme un système ouvert, toute transformation irréversible se traduit par une augmentation de l'entropie à l'extérieur du système, donc en dehors de son horizon. Cette perte d'entropie , de désordre, crée localement de l'ordre.
Donc le désordre diminue par rapport à l'ordre. Donc l'ordre augmente localement.Voilà enfin ce que je voulais démontrer.L'expansion du Grand Univers crée de l'ordre dans l'univers observable, tout comme le refroidissement de l'eau crée des cristaux de glace, des flocons de neige.
Huber Reeves fait d'ailleurs l'analogie entre le passage de l'état liquide à l'état solide d'un fluide et la tranformation de l'énergie de l'univers en matière. La glace se forme en tourbillonnant et en s'agrégeant, ce qui n'est pas sans rappeler la forme des galaxies spirales.


Un beau flocon de neige

La matière se condense, passe de l'état fluide des hautes températures de l'univers primitif à celui de la formation de structures qui s'ordonnent par agrégation de matière.

Il y a là un principe de création d'ordre que l'on retrouveaussi bien dans les plus grandes structures de l'univers que dans les phénomènes naturels à notre portée.
Mais regardons de plus près le passage de l'eau, contenue dans les beaux nuages de notre planète, à la neige.
Les flocons de neige sont des cristaux. Ils se forment par de minuscuels agrégation de matière, qui suivent une complexification progressive et symétrique.
Les flocons de neige ont une structure très particulière, ils ont une structure fractale. C'est à dire que les branches du cristal sont composées de petites branches ayant la même forme que la branche initiale.
La partie est identique au tout. On dit qu'elle est homothétique, c'est la proriété dite d'auto-similitude.
Et si on regarde à la loupe les petites branches, elles sont elles-mêmes constituées de toutes petites branches identiques aux petites branches.
Les fractales sont des courbes très complexes, définies par des équations très simples. La complexité apparente de leur forme vient de leur géométrie récursive, imbriquée.
Les courbes fractales ne sont ni des lignes, ni des surfaces, elles sont entre les deux.
Ce sont des courbes infinies pouvant entourer une surface finie.

Elles portent leur nom car leur dimension est une fraction. Tout comme une ligne a une dimension et un plan en a deux, et bien la courbe fractale peut être de dimension 1,2 ou 0,58, etc.

La courbe fractale de Koch

La courbe de Koch, par exemple, par d'un triangle.
Chaque côté du triangle est scindé en 3 parties égales, servant à construire 3 nouveaux petits triangles. Ce procédé de construction peut être répété par itération autant de fois que l'on veut. L'équation de la courbe la décrit jusqu'à l'infiniment petit, en une fois.
A chaque itération, la longueur du périmètre du triangle augmente. Ce qui fait qu'à l'infini, la longueur de ce contour est infini, malgré le fait que la surface ainsi délimitée tient dans un cercle, de surface tout à fait modeste.
L'étrangeté des fractales vient delà. En faisant varier les paramètres de construction de la courbe, on obtient des formes d'une variété infinie, dont beaucoup rappellent celles rencontrées dansl a nature ou dans le règne vivant. Par exemple, chez l'homme, la structure des poumons est fractale, le circuit des vaissaux sanguins est fractal aussi.
Curieusement on retrouve les fractales partout dans la nature, dans la forme des montagnes, des fougères, des côtes de la Bretagne, etc. On retrouve également les fractales dans la théorie du chaos.

La théorie du chaosest celle qui tente de décrire les processus naturels comme l'écoulement d'un fluide, le refroidissement du magma, le réchauffement d'un liquide, etc..Ce sont des processus imprédictibles, décrits par des équations déterministes.
Au niveau macroscopique, dès que l'on étudie un système naturel ayant beaucoup de composants individuels, alors on tombe sur la théorie du chaos. L'évolution des systèmes "chaotiques" on dit plutôt
"stochastiques" fait apparaître des formes extraordinaires, des attracteurs étranges.Le système est déterministe mais son évolution ne l'est pas.Et cette indétermination ne peut être imputée au hasard.
Car les équations sont déterministes, sans probabilité ni incertitude.

Un attracteur étrange...très étrange !


Mais quelque soit la précision des données de départ, le système évoluera vers un équilibre qui ne pourra être anticipé.


Plusieurs états d'équilibre sont possibles sans que l'on puisse déterminer celui que le système choisira. Le système répond au principe de moindre action, à la conservation de la quantité d'énergie, mais son avenir est voilé, n'est pas connaissable.L'univers s'organise, des formes apparaissent, mais son avenir n'est pas prédictible.
L'univers répond à un principe très simple, celui de moindre action, de recherche d'équilibre, mais les états d'équilibre à venir ne nous sont pas connaissables.
Du présent on ne peut prévoir le futur, et pourtant le hasard n'intervient pas dans les équations. La théorie du chaos est l'introduction du désordre dans l'ordre, sans raison apparente. En chaque instant l'application du principe de moindre action fait bifurquer l'évolution du système, qui n'optimise pas toujours les mêmes variables d'états. C'est comme une boule qui roule naturellement sur un pente irrégulière, contourant telle bosse et puis préférant tel ou tel petit sillon.
Il n'y a rien d'erratique dans son comportement si on connait le terrain, mais si on n'observe que sa trajectoire, alors on ne peut la prévoir à l'avance. Ce ne sont pas les conditions initiales qui déterminent son évolution, mais le chemin qu'elle doit prendre pour minimiser son énergie potentielle.
La bulle de savon représente la surface la plus optimum pour minimiser les forces élastiques de la solution savonneuse venant combattre la pression de l'air. De la même façon les micro-bulles des émulsions, les tourbillons dans un torrent, optimisent en chaque instant les forces en présence pour gaspiller le moins possible d'énergie. La recherche d 'optimum n'est pas une opération linéaire, le trajet le plus "économe" n'est pas forcément la droite.
Il y a au coeur des fractales et au coeur du chaos un principe identique qui transforme une infime variation initiale en formes très différentes :
C'est une itération qui définit l'état suivant à partir de l'état précédent, sans relation linéaire entre eux. Et cette itération, quand elle est répétée un très grand nombre de fois peut donner des états divergents, convergents, cycliques, les attracteurs.
Lorsque l'on étudie les grandes structures de l'univers, on retrouve des formes fractales dans les configurations des galaxies, dans la répartition de la matière interstellaire.


Quand on va de l'infiniment grand àl'infiniment petit, on retrouve un emboitement des formes de nature fractale. Quand on étudie les formes de l'organisation que la nature a trouvée on retrouve les fractales. Les fractales sont un processus de construction itératif.
Le principe le plus simple donne la forme la plus complexe.
M51, la galaxie tourbillon


Maintenant au lieu d'imaginer une courbe fractale dans le plan à deux dimensions, essayons d'imaginer un "plan fractal" dans l'espace tri-dimensionnel. On obtient alors des formes creuses d'une complexité surprenante.
Allons plus loin et imaginons des fractales de volume (en 3d) dans l'espace-temps
On obtient alors la complexité de notre monde. On obtient des formes de dimension non-entières, à cheval entre l'espace et le temps.
Les fractales sont des êtres mathématiques dont l'auto-similitude va jusque dans l'infiniment petit. Les fractales volumiques ont une surface tri-dimensionnelle infinie pour un volume quadri-dimensionnel fini.
Ce n'est pas la peine d'essayer de circonscrire ces formes avec des dimensions entières d'espace et de temps cela ne peut marcher. Tout comme les côtés de notre flocon ne sont pas lisses, les surfaces générées par les fractales (du latin fractus "brisé)ne sont pas lisses, elle sont brisées, rugueuses. Cela donne des surfaces non continues. Si on imagine à nouveau un temps spatialisé, le passage d'un instant à l'autre suit une courbe brisée, donc phénoménalement indéterministe. En effet, le déterminisme induit un passage continu d'un instant à l'autre, donc des hyperformes ayant des enveloppes temporelles continues. Les trajectoires temporelles des événements cahotiques ne sont pas continues, elles sont fractales donc nécessairement imprédictibles.Tout organisme vivant a une structure comparable à une fractale. Le système-univers est fractal.
L'organisation du monde est fractal.
La réalité du monde est une forme fractale.
La topologie du champ unifié au-delà des phénomènes est fractal.
Les phénomènes naturels sont stochastiques, car la nature profonde du monde est fractale. L'ordre sorti du chaos ne peut pas être déterministe.
Le futur ne peut pas être prédit.
Les phénomènes observés ne sont pas le fait du hasard, mais d'un principe simple tendant vers l'équilibre qui génère de la complexité apparente dans le monde observable.
La loi de la nature est simple, c'est la recherche de l'équilibre.
Mais cette recherche de l'équilibre engendre la complexité de la matière. L'auto-organisation de la matière qui se voit aussi bien dans la production des structures cristallines que dans le règne du vivant est l'effet d'une force simple, déterministe, s'exerçant sur le champ unifié.

Cette force primordiale donne au monde des phénomènes une forme fractale dont la complexité du monde est l'apparence.
Le monde va vers l'équilibre thermodynamique, mais il n'utilise pas la ligne droite, et en chemin il fabrique nécessairement la complexité de la matière. La complexification de la matière vient de l'itération de cette force, qui agit toujours de la même façon.
Là où l'itération creuse la matière jusqu'à l'infiniment petit, la force fait surgir la réalité, le champ pur.
Là où la densité fractale se continue en-deça de la taille des particules élémentaires, le nombre de dimensions géométriques apparentes de l'infiniment petit explose, n'a plus aucun sens. Le champ pur apparaît alors au sein de la matière, la force spirituelle pure du champ unifié apparait alors à l'échelle intra-particulaire.
La complexification du monde qui conduit à l'équilibre conduit aussi à faire émerger l'esprit pur au sein de la matière. Donc à l'émergence de la conscience.
En conséquence, le principe d''évolution du monde conduit nécessairement à l'homme-conscient.
Le principe entropique est le principe anthropique.L'augmentation de l'entropie conduit inéluctablement à l'avénement de la conscience.
Qu'y-a-t-il au centre d'un trou noir ? Quand la matière et l'espace-temps sont effondrés en un point, une singularité ?
Qu'y-a-t-il au centre d'une particule ? Quand la densité fractale a dépassé l'horizon voilé de la matière, quand les formes fractales sont en-deçà de la longueur de Planck ? Il reste une singularité dans le champ pur, dans la réalité. L'organisation fractale se continue jusque dans l'infiniment petit, au-delà de l'apparence phénoménale, jusqu'à plonger dans le champ unifié de la réalité du principe d'évolution du monde.
Les particules élémentaires sont la limite de la matière, contingente à la texture de l'univers, discrétisée quantiquement par la longueur de Plank.
Mais la complexification fractale ne s'arrête pas à la barrière quantique, elle continue au-delà.
La complexification fractale est une complexification géométrique qui se continue dans l'en-dedans de la matière.
Elle se continue jusque dans la réalité inobservable du monde, jusque dans le champ unifié.
Le centre des particules a une géométrie récursive plongeant jusque dans l'essence de la réalité.

Cela crée une singularité du champ, une discontinuité ponctuelle. Cette singularité est une parcelle de la substance réelle, du champ spirituel unifié, du principe d'évolution du monde, de l'esprit.
La particule élémentaire est parcelle de matière, son intérieur est parcelle d'esprit.
Patrice Weisz




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