De la causalité esprit-matière...

Bonjour et bienvenue sur ce blog

Si vous refusez comme moi la nécessité scientifique d'un monde absurde ;

Si vous n'acceptez pas que le hasard soit considéré comme une cause agissante ;

Si vous tentez d'imaginer que notre monde (non restreint à l'univers observable) est causal mais que vous tenez aussi à votre libre-arbitre ;

Si vous n’aimez pas faire intervenir de façon trop triviale un Dieu à la volonté insondable pour expliquer ce qui vous échappe ;

Si ce que je vous dis ici vous parle ;

Alors soyez les bienvenus :

nous sommes sur la même longueur d'onde pour tenter d'imaginer, ensemble, autre chose réconciliant ce que nous proposent la science et la religion d'aujourd'hui dans leur opposition manichéenne.


Patrice Weisz

36- La différence ontologique

Mots clés Technorati : , , , , ,
La distinction entre le réel et le phénoménal 36-oiseaux






Quittons un moment le point de vue scientifique concernant la matière et l'esprit pour aborder la question du point de vue philosophique.
Pour reprendre les termes de la métaphysique chers à Martin Heidegger, on pourrait poser :
l'être en-soi : la réalité du monde
l'étant : le monde phénoménal
en tant qu'équivalence conceptuelle à la vision cosmologique qui est proposée ici.
J'ajouterais l'être-là : par exemple un homme. L'être-là est doué d'existence, et d'un être intérieur (soi).
Du point de vue philosophique, la question à laquelle je tente de répondre pourrait se poser en termes métaphysiques de la façon suivante :
Quelle différence ontologique peut-on faire entre l'être et l'étant ?
L'être de l'étant est-il l'être lui-même ou simplement un paraître  de l'être ?
L'être existe-t-il ?
L'étant existe-t-il ?
Si exister est apparaître en tant qu'être-là pour l'autre, alors l'étant existe.
Si exister est être en dehors de tout paraître, alors l'être existe.
Mais il faut bien trancher. Donc on peut dire de l'être qui n'apparait pas qu'il n'existe pas, bien qu'il soit. L'être est, mais en dehors de toute existence. Car l'existence est un paraitre apparaissant pour soi et non en soi. Rien n'existe en soi. Exister c'est apparaitre dans le continuum espace-temps. Le continuum espace-temps est relatif à soi et n'existe pas non-plus en soi. Donc l'existence est relative et non absolue. L'étant est là pour celui qui l'observe. C'est celui qui observe qui construit l'étant lui apparaissant. Donc l'étant n'existe pas en soi. L'étant est un paraitre modal relatif à soi. Je n'ai pas pour autant une vue sollipsiste du monde, car l'étant tel qu'on le voit existe même quand on ne l'observe pas.
Disgression :
Ce n'est pas mon imaginaire qui crée la nuée d'oiseaux traversant le ciel à tire-d'ailes. Ces oiseaux traverseraient le ciel même si je n'étais pas là. Par contre c'est moi qui discerne ces formes rapides dans le ciel et qui les nomme. C'est moi qui leur attribue des propriétés descriptives par rapport à ma façon de les percevoir (ils sont noirs, ils sont petits, etc..). Ces propriétés n'ont de sens que pour l'humain qui partage mon langage. Mais ce ne sont pas des propriétés en-soi. L'être de ces oiseaux ne m'est pas accessible, seule leur apparence l'est à travers ma perception.
Ces oiseaux, tels que je les vois, font partie de l'étant que je perçois du monde. Ils font aussi partie de l'être en-soi mais sous quelle forme ? Sont-ils encore des oiseaux ? Ou simplement un composite de petites vibrations très serrées dans le vide qui se propagent comme une vague à la surface de l'eau ?
Imaginez d'être plus petits que les atomes et de vous faufiler à travers la matière, que cela soit de l'air ou un animal à plumes, les objets que vous définiriez seraient-ils encore les mêmes ? Vous passeriez de l'air à l'intérieur de la plume de l'oiseau sans sentir de réelle différence, juste un changement de paysage. Quels seraient alors vos objets quotidiens ?36-atomes
Maintenant imaginez d'avoir la taille d'un milliards de milliards de galaxies et de regarder la mécanique des cieux en embrassant du regard des milliers d'années-lumière. vous verriez des assemblage de matière dont les composants seraient les galaxies elle-mêmes, prenant la place de nos atomes habituels. Les objets qui vous apparaitraient seraient nécessairement différents. Peut-être verriez-vous des assemblages particulièrement actifs se déplaçant à des vitesses impressionnantes, Des formes se feraient et se déferaient, dans un bouillonnement tout ce qu'il y a de plus vivant....
Le changement d'échelle d'espace ou d'échelle de temps aménerait inévitablement une représentation du monde autre. Ce qui montre que la représentation que l'on se fait du monde est relative à notre condition d'être humain ici et maintenant...
L'être n'apparait pas en tant qu'être-là. L'être cause l'étant relatif à soi mais ne se localise pas dans le continuum en tant qu'existant.
Postuler que l'être de l'étant est l'être lui-même c'est donc ramener le monde à son paraitre pour soi et non lui reconnaitre un statut ontologique en-soi. C'est considérer le regard de l'homme comme absolu et non subjectif. Mais le regard de l'homme ne peut être absolu car il est limité par sa finitude. Or l'être ne peut se penser qu'infini car le poser fini pousse nécessairement à l'englober dans un être plus grand et donc à le redéfinir de plus en plus grand à l'infini.
Donc l'être en soi ne peut être circonscrit par le regard de l'homme.
Donc l'homme ne peut voir l'être en-soi mais le voit en tant qu'étant qui lui apparait.
Donc l'être de l'étant ne peut pas être l'être lui-même : l'être de l'étant n'est qu'un paraître pour soi de l'être en soi beaucoup plus vaste.
Le paraitre de l'étant est relatif à la spécificité de l'être-là (un homme) conscient du monde. Il n'y a pas qu'un étant pour tous mais une multitude d'étants pour chacun, autant que d'être-là contemplant le monde. 
L'être-là n'est qu'un paraitre pour l'autre car faisant partie de son étant relatif. L'être-là n'est pas un être pour l'autre.
Mais l'être-là est aussi un être en-soi pour soi. "Je" existe mais "Je" est aussi pour moi. "Je" est à la fois un étant et un être. En tant qu'étant il existe, mais en tant qu'être il est simplement, car en dehors du continuum. Mais quand l'étant de "Je" meure, l'être de "Je" se fond dans l'être en-soi. Il continue à être mais n'est plus localisable par son étant dans tout continuum espace-temps. Il n'est plus alors un étant existant pour-soi mais simplement une partie de l'être en-soi. En cessant d'exister, il n'est plus un étant et perd sa forme. Il ne constitue plus un être en-soi mais reste constituant de l'être en-soi. Les constituants de l'être en-soi sont éternels. Le continuum espace-temps a un commencement permettant l'avènement de l'étant et donc de l'existence des être-là.
L'être en-soi cause l'étant dans son rapport à l'être-là. L'être en-soi est infini et apparait en étant de mille façons selon le regard qu'on lui porte. L'être en-soi est, même si il n'y a aucun être-là. L'étant n'existe que pour les être-là et ne se conçoit pas en dehors de tout être doué d'une conscience du monde. L'étant existe mais il n'est rien si ce n'est une représentation du monde pour un être-là. L' étant n'est alors qu'une image.
L'étant n'est pas.
Donc il existe bien une différence ontologique essentielle entre l'étant et l'être et l'un ne peut pas se résumer à l'autre.
Patrice Weisz

Aucun commentaire: