De la causalité esprit-matière...

Bonjour et bienvenue sur ce blog

Si vous refusez comme moi la nécessité scientifique d'un monde absurde ;

Si vous n'acceptez pas que le hasard soit considéré comme une cause agissante ;

Si vous tentez d'imaginer que notre monde (non restreint à l'univers observable) est causal mais que vous tenez aussi à votre libre-arbitre ;

Si vous n’aimez pas faire intervenir de façon trop triviale un Dieu à la volonté insondable pour expliquer ce qui vous échappe ;

Si ce que je vous dis ici vous parle ;

Alors soyez les bienvenus :

nous sommes sur la même longueur d'onde pour tenter d'imaginer, ensemble, autre chose réconciliant ce que nous proposent la science et la religion d'aujourd'hui dans leur opposition manichéenne.


Patrice Weisz

3- La causalité élargie

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L'univers causal est borné

Qu'est-ce qui cause les causes ?

Ce texte est un peu plus technique que les précédents mais me paraît aborder une notion essentielle pour la suite. Pour étayer les notions avancées ici, voici l'exposition du concept qui renforcera l’idée qu’il doit exister un autre niveau à notre univers observable.
Tout d’abord quelques précisions de vocabulaire :
En physique on parle de réalité empirique ou encore de monde sensible pour ce qu’en astrophysique on intitule à quelque chose près (j’y reviendrais) lunivers observable ; en philosophie cela s’appelle le monde des phénomènes ; c’est ce qu’il nous est donné de percevoir par nos sens.
Quant à ce que j’appelle le méta-niveau ou le méta-monde, il correspond en gros à celui de réalité indépendante (Bernard d’Espagnat) ou de monde réel (Planck), ce qui correspond en philosophie à la notion de «la chose en soi » chez Kant ou d' « Être » chez Nietzsche ou Heidegger.

Un autre monde au-dessus du monde

Pourquoi cette notion de méta-monde ? parce qu'il est facile de se représenter ce monde là au-dessus du monde sensible et non en-dessous ni derrière ! Si on imagine un dieu transcendant, on le place plutôt au-dessus du monde et non en-dessous ; si on imagine une conscience universelle on la place également au-dessus et non derrière les apparences et les phénomènes. Et notre tête est en général au-dessus de notre corps.. Mais pour être complet il faut également imaginer simultanément cette méta-conscience à l'intérieur du monde, comme notre esprit à l'intérieur de notre cerveau, comme pourrait-être un dieu immanent. La méta-conscience est à la fois immanente et transcendante. Elle sort de la matière et elle vient aussi d'en haut.
Cette image est plus parlante mais peut-être moins exacte que de parler de l'intérieur et de l'extérieur formant une boite. Quand j'observe cette boite de l'extérieur, ce que je vois c'est de la matière, quand je l'observe de l'intérieur ce que je vois c'est de l'esprit. Mais quand j'ouvre la boite de l'extérieur, je ne vois rien à l'intérieur, et pourtant s'il n'y avait vraiment rien à l'intérieur, il n'y aurait rien non plus à l'extérieur, car l'intérieur et l'extérieur ne peuvent exister l'un sans l'autre, et de vouloir les séparer est aussi absurde que de vouloir dissocier le recto et le verso d'une feuille de papier, ou d'imaginer un bâton avec un seul bout..

La causalité*

La causalité est une notion étonnante et essentielle. C’est un principe clé que l’on retrouve un peu partout dans les sciences de l’univers. La causalité n’est pas une notion empirique mais un principe auquel toute la communauté scientifique adhère. Le sens commun y adhère aussi. Mais ce n’est pas une propriété de notre univers phénoménal prouvable ou mesurable. Dire que le monde est causal est un principe méthodologique, issu du constat que l'on fait mais qui ne peut témoigner de la réalité du fonctionnement du monde. L’homme observe simplement que quand un événement A se produit il est suivi d’un événement B. Et si cela se produit avec régularité, il en déduit que les évènements sont liés par une relation de cause à effet. Mais il ne peut le prouver autrement qu'en reproduisant le phénomène de façon expérimentale quand cela est possible. La création de l'univers, l'explosion du vivant, l'apparition de la conscience ne sont pas des évènements reproductibles, donc très sujet à caution quant à leurs explications causales.
Les mêmes causes engendrent les mêmes effets si le contexte est déterministe, sinon les mêmes causes ont une certaine probabilité d’engendrer les mêmes effets si le contexte est indéterministe.
La causalité est donc une croyance ou une façon de se représenter le monde qui dit aussi que le présent ne dépend que du passé, qu'il en est le résultat en tant que conséquences de l'application des mécanismes contenus dans les lois de la physique.
Tout ce qui arrive aujourd'hui est une conséquence physique de ce qui s'est passé hier : c'est le déterminisme matérialiste.
Bernard d'Espagnat, professeur de physique honoraire à l'université Paris XI, s’est penché sur la question de la causalité, notamment dans son ouvrage : « Le réel voilé ».Ce qui est séduisant dans son ouvrage, c’est sa notion de de causalité élargie entre une réalité indépendante et le monde des phénomènes qui apparaît indéterministe.
livre patrice4_html_m6e42de1b Bernard d'Espagnat

La causalité élargie

Si le monde des phénomènes était déterministe, le lien causal pourrait systématiquement être contenu dans celui-ci. En revanche comme il apparaît que la réalité observée est indéterministe, donc faisant intervenir le hasard, il en déduit logiquement que les phénomènes trouvent leurs causes ailleurs dans une réalité indépendante, car notre entendement exige que tout soit « causé », y compris ce qui n'apparaît pas de façon suffisamment régulière pour en modéliser les mécanismes.
Ce que Bernard d'Espagnat appelle la causalité élargie est cette passerelle entre le monde des phénomènes et celui d’une réalité indépendante, que l'on peut nommer le méta-monde.
Ce qui est particulièrement intéressant c’est que de l’introduction du hasard en physique mais aussi de la régularité des phénomènes, il en déduit la nécessité d'une réalité indépendante, d'un autre niveau de réalité.

Physique quantique et causalité

La physique quantique est d'ailleurs en train de faire voler en éclat la causalité spatio-temporelle classique comme l'a mis en évidence une expérience conduite par une équipe de physiciens chercheurs de l'université de Genève en 1998. Les particules (les photons dans l'expérience ) se comportent comme si elles étaient en plusieurs endroits à la fois, ce que l'on appelle la non-séparabilité de la matière.
Une autre façon de décrire cela, est de faire une expérience sur des photons jumeaux, c'est-à-dire ayant les même propriétés et émis simultanément. On constate que ces jumeaux gardent curieusement un comportement identique quel que soit la distance les séparant, comme s'ils communiquaient entre eux avec une vitesse apparente plus rapide que celle de la lumière (c=300.000 km/sec) ce qui est en contradiction avec le postulat d'Einstein. On peut aussi se dire que le temps entre eux n'existe pas, ce qui leur permet de communiquer de façon instantanée.
L'expérience a été menée de telle sorte qu'il faudrait que ces photons intriqués communiquent à une vitesse plus de 1000 fois supérieure à c ce qui ne satisfait aucun physicien sérieux et remettrait beaucoup d'acquis en cause.
On en déduit donc, que d'une certain façon ces deux photons pourraient n'être qu'une seule entité, vue dans notre espace-temps comme deux particules séparées, mais qui seraient, en ajoutant d'autres dimensions non accessibles, une sorte de petite corde élastique dont on ne verrait seulement que les deux bouts mais pas le corps, donnant alors l'illusion de deux phénomènes autonomes.
Ce qui par contre n’est pas évoqué ni dans ses textes ni dans celui indiqué plus haut pour sa définition c’est qu'implicitement cela sous-entend que cette réalité indépendante est déterministe ou plus exactement ne laisse pas de place au hasard !

Une réalité indépendante sans hasard

Si la réalité indépendante n’était pas déterministe, nous ne pourrions observer de régularités dans les phénomènes, et aucune loi ne se dégagerait de l’observation. L'existence de lois et de principes empiriques en physique, constituent alors la preuve observable qu'il y a des causes régulières à l'avènement de certains phénomènes.
Si la réalité n'était pas déterministe, alors elle contiendrait des phénomènes aléatoires qui eux-mêmes nécessiteraient des causes extérieures expliquant leur apparition, et donc on se retrouverait dans une cascade de niveaux de réalité jusqu'à un niveau ultime dans lequel l'aléatoire n'existe plus. Ce qui est compliqué et revient au même, donc autant, par principe d'économie, postuler un seul niveau extérieur.
Par contre on dénombre aussi des phénomènes aléatoires, n'ayant pas de cause affichée dans le monde physique. Ces phénomènes ont nécessairement (dans ce cas, c'est notre entendement qui l'exige) une cause également, car la création spontanée en physique n'a pas de sens. Cette cause est alors non observable ou non quantifiable autrement que de façon probabiliste.
Il paraît impensable de se départir du principe de causalité, qui est l’un des constituants majeurs de notre entendement, qui fait partie de notre structuration de pensée et sans lequel aucune science ne pourrait exister.
En résumé : la nécessité de trouver une causalité dans les phénomènes observés place celle-ci en dehors du monde des phénomènes à cause de l’indétermination qui y sévit.
Les phénomènes ont donc leurs origines dans un autre monde structuré sans hasard dont ils sont les effets visibles.
Cet autre monde est lié à celui des phénomènes par un lien de causalité élargie. On fait ici la distinction avec la causalité physique habituelle, située dans l'espace-temps, car ici on « sort » de l'espace-temps des phénomènes pour relier la réalité indépendante.
Arrivé à cette étape du raisonnement, il paraît important de faire une précision : quand on parle de causalité il y a toujours une ambiguïté liée au temps.

La sphère de causalité physique

En relativité, la causalité dans le monde des phénomènes suppose une antériorité de la cause sur l’effet, liée à la limite de la vitesse de la lumière : on parle alors de sphère de causalité. L’évènement A ne peut être la cause de l’évènement B que si la lumière a eu le temps de parcourir la distance les séparant. La vitesse de la lumière étant la vitesse limite de propagation de toute force ou énergie pouvant agir.
En d’autres termes chaque phénomène survenant possède une sphère de causalité s’élargissant avec le temps à l’extérieur de laquelle aucune interaction n’est possible et donc aucun lien causal ne peut exister.
Au passage c’est aussi de cette limitation que l’on peut déduire sans faire intervenir le hasard, que le monde des phénomènes est indéterminé, puisqu’il peut y exister des évènements totalement indépendants à un instant qui interagiront l'instant d'après, sans aucune possibilité de l'anticiper.
Ce qui fait que l’on ne peut à un instant donné tenir compte que de ce qui est contenu dans la sphère de causalité de ce que l’on observe ou dont on modélise l’évolution, et en conséquence on a toujours à faire face à l’imprévisible au fur et à mesure de l’élargissement de cette sphère. Le problème de la causalité se pose donc même dans un univers dit déterministe, à partir du moment où le résultat d'une action n'est pas instantané.
Bref.
Dans les théories scientifiques modernes, la causalité n'est donc pas simplement une façon d'expliquer les choses, mais prend une réalité physique qui induit une interaction de particules selon l’action des forces en présence. D’où la soumission à cette limite de propagation valable pour tous types de particules.
Mais quand on parle de causalité élargie, nous ne sommes plus dans le cadre de l’univers des phénomènes, ce qui fait que cette limitation de la vitesse de la lumière ne s’exerce pas et donc qu’il n’y a pas antériorité de la cause sur l’effet.
En d’autres termes le lien de causalité élargie est un lien de concomitance intrinsèque. Il y a simultanéité totale entre la cause dans le monde réel et l’effet dans le monde des phénomènes. Tout comme , et ce n’est pas un hasard, il y a selon toute vraisemblance simultanéité entre notre pensée et l’activité neuronale qui la sous tend.
En conclusion :
L’étude de la causalité dans le cadre de la physique moderne induit de façon hautement probable l’existence d’un monde dual à celui des phénomènes, non soumis à l’indéterminisme, avec lequel il entretient un lien de causalité élargie et de simultanéité.
Ces deux mondes sont connectés par un lien hybride du type esprit-corps pour lequel les outils descriptifs n’existent pas. Le monde dual est en dehors du champ physique tout comme notre conscience est en dehors de l’étendue et de la matière. Mais pour autant il interagit avec la matière, tout comme ma volonté peut me faire élever le bras et ainsi agit sur mon corps.
En allant plus loin encore, si l'on voulait utiliser une analogie religieuse, on pourrait aussi appeler cette causalité élargie qui relierait alors le monde spirituel au monde matériel la main de Dieu, car elle agirait sans y être visible.
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La main de Dieu ?
Patrice Weisz

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